Autant en France on généralement l'habitude de diviser le pays en Nord et Sud ( langue d'oil et langue d'oc, nord ou sud de la Loire, etc...), autant les japonais ont pour habitude de parler de l'Ouest et de l'Est de leur pays. Avec pour symbole de cette distinction, deux grandes régions principales (qui toutefois ne devront pas faire oublier les spécificités et l'importance de toutes les autres régions): des barrières douanières ayant été installées depuis longtemps sur le route Tōkaidō qui longe le Pacifique, on a fait rapidement la distinction entre la grande région qui étaient à l'Ouest de celles-ci, Kansai, et celle qui était à l'est, Kantō. Aujourd'hui, japankansaile Kansai, autrement appelé Kinki, désigne la grande région d'Ōsaka, Kyōto et Kōbe notamment ( Nagoya en fait également partie selon certains ). Quant à la région du Kantō, c'est bien évidemment celle de la mégalopole formée essentiellement par Tōkyō, Kawasaki et Yokohama. Il ne s'agit pas là de "régions" dans le sens administratif du terme, mais plutôt historique, économique, commercial et surtout culturel. Et malgré que Tōkyō soit aujourd"hui la capitale administrative et politique du pays et la ville à laquelle on pense souvent en premier quand on évoque le Japon, une très grande majorité de Japonais considèrent que "l'âme" du Japon est plutôt à trouver dans le Kansai.

Tout d'abord pour des raisons historiques. Ce n'est qu'au début du 17ème siècle, sur décision du shôgun Tokugawa Ieyasu, que la capitale du Japon fut installée à Edo, ancien nom de Tōkyō, initiant ainsi l'ère du même nom qui allait durer jusqu'à l'ère Meiji (1868). Afin notamment de bien montrer que le pouvoir politique et militaire n'était plus propriété de l'empereur, qui depuis des siècles résidait dans l'ouest du pays, principalement à Nara et Kyōto. De cette décision, découle en grande partie la distinction actuelle entre l'Est et l'Ouest. Car si bien entendu Tōkyō s'est développé dans tous les domaines, notamment économiques, financiers ou culturels et fait figure de ville incontournable pour quiconque, et notamment tout étranger, qui voudrait entreprendre des relations professionnelles avec le Japon, c'est bien à Kyōto et à Ōsaka que l'on trouvera encore l'essentiel de la culture traditionnelle japonaise, aujourd'hui alliée à un très grand dynamisme économique, industriel et commercial.

Itsukushima_torii_angleAu premier plan de cette culture traditionnelle, celle que connaissent le mieux les touristes: les temples bouddhistes et les sanctuaires shintō. A propos, savez-vous comment les distinger d'un coup d'oeil? Seuls les sanctuaires shintô possèdent un Torii, portail qui symbolise dans cette religion le passage du monde réel au monde spirituel, du profane au sacré: celui dont vous voyez ici la photo est sans doute l'un des plus célèbres, le torii du sanctuaire Itsukushimajinja à Miyajima.

Horyu_ji11s3200C'est incontestablement à Kyōto et à Nara que l'on trouve les temples les plus connus et les plus visités du Japon. Juste quelques exemples pour mémoire. A Nara, le Hōriūji, dont la construction initiale remonte au tout début du 7ème siècle. Un de NaraTodaiji0195ses bâtiments est considéré comme la plus vieille construction en bois du monde et l'Unesco l'a classé au Patrimoine mondial de l'Humanité. Egalement le Tōdaiji, considéré lui comme le bâtiment en bois le plus grand du monde et qui abrite un très majestueux Bouddha.

800px_Kyoto_Ryoan_Ji_MG_4512A Kyōto, le Kiyomizudera, construit sur un impressionant échaffaudage, ou le Rokuonji et son célébrissime "Pavillon d'Or" ou Kinkakuji. Ou encore le Ryōanji, au coeur duquel se trouve le jardin de pierres considéré comme le plus abouti des jardins zen.

Autre particularité culturelle qui distingue (et parfois oppose) Kantō et Kansai: la langue. A Tōkyō, on parle le hyōjungo, la langue dite standard. Ou officielle, pour ceux qui auraient tendance à s'enorgueillir d'une langue qui en réalité ne comporte pas grand charme. Par contre, à Ōsaka ou Kōbe, sévit le plus célèbre des dialectes régionaux qui sont extrêmement nombreux au Japon, le Kansaiben (cliquez donc, vous trouverez de nombreuses explications et expressions). C'est une langue qui chante autant que l'accent provençal chez nous, et qui comporte de nombreux mots qu'on ne retrouve pas à Tōkyō. Un seul exemple ici: dans la capitale, on dit arigatō pour dire merci, dans le Kansai, on préfère le mot ōkini... Et c'est d'autant plus charmant que c'est dit par une femme, celles de Kyōto sont réputées pour être parmi les plus belles du Japon...!

Coté gastronomie, le goût qui prédomine dans le Kansai est considéré par de nombreux Japonais comme plus Geisha_kyoto_2004_11_21fin, plus élaboré et meilleur que celui que l'on trouve à Tōkyō. Et c'est principalement à Kyōto que l'on trouve les plus grandes écoles de celles qui accompagnent les repas dans les plus grands restaurants traditionnels ou Ryōtei, que l'on appelle Geiko ou Maiko mais qui sont plus connues sous le nom générique de Geisha (littéralement "personne des arts").

En fait, quand on écoute les Japonais parler, on s'aperçoit qu'ils entretiennent volontiers une certaine rivalité entre habitants du Kantō et ceux du Kansai. Les Tokyoïtes (un peu comme les Parisiens?) considérent parfois les autres Japonais et en particulier ceux du Kansai comme des "provinciaux" en appuyant sur la nuance péjorative de ce terme. En contre partie, il existe au Japon ce même snobisme provincial que l'on rencontre parfois chez nous et qui consiste à se moquer (gentiment) des habitants de la capitale: "ils sont tous fadas, ces parigots!" comme on entend souvent à Marseille...

Et si je cite ici la cité phocéenne, celle-ci peut nous aider je pense à mieux comprendre cette "rivalité" Kantō - Kansai à travers l'exemple suivant. Le premier sport français est le football. Et même si l'Olympique Lyonnais est le champion incontesté de ces dernières années et attire l'attention d'un grand public, ce sont toujours, et quelque soit le classement de ces deux équipes, les matchs PSG - OM qui déclenchent les plus grandes passions et ce sentiment de rivalité éternelle. Il en est exactement de même dans le sport national japonais qu'est le baseball. Quelle que soit l'équipe championne, les grandes "affiches" sont constituées par les rencontres qui opposent les "Tigers" d'Ōsaka et Kōbe et les "Giants" de Tōkyō!

Bien sûr, cette rivalité est plus symbolique et sympathique que vraiment concrète ou belliqueuse. Cependant, les Japonais reconnaissent eux-même qu'il existe une réelle différence de mentalité. Le résumé est un peu simpliste et caricatural, mais il est néanmoins intéressant de le prendre en compte car il n'est pas pour autant entièrement faux, loin de là. Parce qu'ils vivent dans la capitale dont la vocation depuis ses origines est d'être le centre politique et administratif du pays, les habitants de Tōkyō sont souvent considérés comme ayant développé une mentalité de légalistes, de besogneux des procédures administratives voire d'êtres un peu psychorigides, selon la définition que donne Wikipedia de ce mot: "le caractère manque de souplesse, l’autocritique est absente, en revanche l’autoritarisme et la méfiance sont très actifs". A l'inverse, les habitants du Kansai, essentiellement parce qu'ils sont des commerçants dans le sens noble du terme, ont un coté plus accueillant, plus chaleureux (même si cela peut n'être que de façade, comme savent si bien le faire les "commerciaux"...), plus facilement ouvert au visiteur, que celui-ci soit japonais ou étranger, et surtout plus pragmatique et plus pratique. On m'a encore récemment rappelé cette histoire qu'on raconte au Japon pour montrer la différence de mentalité: un habitant de Tōkyō, à qui on donne l'indication de traverser un carrefour deux fois pour se rendre sur le coté "diagonalement" opposé, suivra scrupuleusement les conseils de traverser d'abord une rue puis ensuite la seconde, dans l'ordre que son interlocuteur lui aura donné. Un habitant d'Ōsaka à qui on donne les mêmes indications, choisira... de regarder lequel des feux est vert pour choisir laquelle des rues il traverse d'abord et ainsi aller plus vite au but!

Et c'est sur cette dernière remarque que je terminerais cette (trop) courte présentation des principales différences entre Kansai et Kantō: je crois qu'il serait dans l'intérêt de beaucoup de Français qui souhaitent initier ou développer des relations commerciales avec les Japonais de se tourner, non pas systématiquement vers Tōkyō parce que c'est la capitale et que tout le monde en parle, mais de plus s'intéresser au Kansai et notamment à Ōsaka. Parce que les critères de succès y sont aussi bien réunis qu'à Tōkyō (dynamisme airportéconomique, marché potentiel important - plus de 20 millions d'habitants, soit presque le tiers de la population française - ou encore moyens de transport locaux très importants et grande ouverture internationale - je rappelle, pour ce qui nous concerne directement, que plusieurs vols au départ de CDG-Roissy desservent quotidiennement l'Aéroport International du Kansai ou Kansai Kokusai Kūkō  (deuxième aéroport d'Ōsaka) qui a pour particularité d'être construit sur une île entièrement artificielle).

Bien des Français pourront sans doute témoigner qu'au niveau privé, ils ont développé une bonne communication et de vraies relations d'amitiés avec des Japonais originaires du Kansai. Il peut tout à fait en être de même pour ce qui concerne les relations professionnelles. Peut-être mieux, plus facilement et surtout plus rapidement qu'avec des partenaires potentiels de Tōkyō.


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