ShinjukuParktower_20070317Qui a voyagé au Japon, s'est balladé à Tōkyō, et n'a été étonné, surpris, émerveillé ou subjugué par l'audace architecturale de nombreuses constructions que l'on qualifie souvent du terme générique et global "moderne"? Avec toujours cette habitude d'y associer le mot de tradition, la modernité du Japon est sans cesse évoquée dès qu'on parle de ce pays. En raison du spectacle qui saute aux yeux du visiteur qui découvre la capitale japonaise et ses grands centres que sont Ginza, Shinjuku et autres Shibuya.

Un homme est véritablement la grande figure de l'architecture moderne Sans_titre_1japonaise. Un nom est aujourd'hui aussi mythique que celui de Le Corbusier chez nous. Un nom qu'on se doit de connaitre - à défaut de savoir en détail ce qui a fait que ce personnage est devenu une légende au Japon. Ce nom, c'est celui de Tange (prononcez Tangué...). Incontestablement LE grand monsieur de l'architecture japonaise moderne.

Tange Kenzō est né en 1913 dans la commune de Sakai, située dans la partie sud de la préfecture d'Osaka. Mais c'est en Chine qu'il passera les toutes premières années de sa vie, à Hankou puis à Shanghai dans les concessions britanniques, en raison de mutations successives de son père qui est employé de la banque Sumitomo. Il revient au Japon à l'âge de sept ans, et s'installe dans la ville d'Imabari d'où est originaire son papa, dans la préfecture d'Ehime (île de Shikoku) qui borde la Mer Intérieure ou Setonaikai. Sans_titre_2Il y effectue sa scolarité primaire et la première partie de ses études secondaires. Il intègre ensuite le Lycée d'Hiroshima, (ancien nom de l'Université d'Hiroshima actuelle). On raconte que c'est dans la bibliothèque de cet établissement que son destin se décidera, grâce à la rencontre avec un livre sur Le Corbusier. Il en sera profondément marqué, jusqu'à sa réflexion philosophico-politique qui passera du marxisme, alors en vogue dans les milieux estudiantins japonais, à l'existentialisme, qui prône la liberté, la responsabilité et la subjectivité individuelle.

En 1935, il intégre la prestigieuse Université Impériale de Tōkyō (actuellement Université de Tōkyō, en japonais Tōkyō Daigaku ou Tōdai, encore aujourd'hui considérée comme la numéro 1 toutes catégories confondues de l'enseignement supérieur japonais) où bien entendu, il choisit la branche architecture. Il quittera cette Université en 1938 au bout des quatre années du premier cycle pour intégrer la vie professionnelle, mais il y retournera en 1941 afin d'y pousuivre ses études de second et troisième cycle. Et en 1946, il achève ses études et devient professeur assistant au sein de cette même Université, en formant ce qu'on pourrait appeler le "centre de recherche Tange".
TokyoTocho_Office_BuildingEn 1951, invité par le CIAM (Congrès International d'Architecture Moderne) qui se tient cette année là à Londres, il y présente, 6 ans après le bombardement atomique qui a marqué de façon indélébile et bouleversé l'Histoire mondiale, le "Projet pour Hiroshima" dont sont issus "le Parc et le Musée pour la Paix".
Tout au long de sa carrière (dont vous pouvez voir les principales réalisations dans l'album photo qui lui est consacré), Tange a reçu les plus grandes récompenses ou distinctions nationales et internationales. Yoyogi_GymnasiumEn 1966, il est honoré par la Médaille d'Or AIA (American Institute of Architects). Andō Tadao sera le seul autre architecte japonais à le rejoindre en 2002 à ce palmarès qui a célébré les plus grands, dont Le Corbusier en 1961. Distingué en 1980 dans l'Ordre de la Culture japonais, il recoit le Prix Pritzker en 1987; en 1993, il est honoré par le "Praemium Imperiale", parfois considéré comme le Prix Nobel des Arts, et l'année suivante il est décoré de "L'Ordre des Trésors vivants". Il s'éteint en le 22 mars 2005, à l'âge de 91 ans.

Les spécialistes en architecture (que je suis bien loin d'être...) pourraient sans doute disserter sans fin sur le Kagawa_Prefecture_Gynasiumstyle, l'originalité, l'esprit, l'inventivité, la modernité, bref en un mot le génie de Tange. Bornons-nous ici à souligner ce qui saute à nos yeux d'amateurs: des constructions aux formes particulièrement originales, souvent en béton, d'abord brut, puis plus tard recouvert de parois de verre ou de pierres, FujiTVStudioOdaibamélant des lignes épurées à une rare complexité des structures ou de la conception. Pour moi, Tange est éminemment japonais, il compose en architecture ce que les nippons aiment. Il me semble retrouver dans ses réalisations l'esprit de l'art floral nippon: au delà de l'esthétisme qui se dégage d'emblée, il y a comme une simplicité du résultat masquant un savoir-faire extrêmement approfondi au niveau technique, et surtout cette chose qui est un élément essentiel de l'Ikebana, la maîtrise de l'espace. Celui qui est à l'intérieur même de l'oeuvre, comme celui dans lequel celle-ci se situe.

Je ne saurai reproduire ici la longue liste des projets conçus et dessinés par Tange, bien d'autres sites le font déjà à merveille, et je ne suis pas sûr qu'il soit important de connaitre le nom, le lieu ou la date d'une construction pour en apprécier l'architecture. Mais allez plutôt faire un tour dans l'album photo et vous  verrez quelques unes de ses réalisations parmi les plus connues. Ce sont pour l'essentiel des oeuvres que l'on trouve au Japon, dans la capitale, mais aussi dans des villes de province (une seule photo représente Singapour). Et si sa carrière et son talent l'ont conduit à travers le monde entier, la France doit aussi quelques bâtiments à Tange, dont celui qui héberge le Musée des Arts asiatiques de Nice, érigé en 1997. Tentez-donc de découvrir parmi toutes les photos laquelle nous montre une oeuvre parisienne que l'on doit au Maître japonais, située Place d'Italie dans le 13ème arrondissement...

Et pour les passionnés, retrouvez la quasi intégralité de la vie et des oeuvres de Tange sur le site officiel "Kenzo Tange Associates".


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