Mon Japon à moi

Créé par un franco-japonais, enseignant la langue japonaise et conférencier, ce site présente une série de m"mini-conférences" sur le Japon et les Japonais tels que je les vois et que je les comprends. Avis aux organisateurs de conférences et à tous ceux q

01 mars 2008

"Vous connaissez le Japon?"

"Vous connaissez le Japon?
- Oui, bien sûr!
- Ah! bien... et qu'est-ce que vous en savez?
- Eh bien, je connais le Fujiyama, le saké, le sushi et les yakitori, d'ailleurs je vais souvent manger japonais..."

N'avez-vous pas souvent entendu ce genre de petite conversation? Moi si, d'où ma volonté de rédiger ce petit article. A l'attention de certains qui croient savoir, en savent certes un peu mais... font des erreurs sans le savoir!

Reprenons. Le volcan le plus connu du Japon, et qui constitue son point culminant avec 3776m, a bien pour nom Fuji. Cela, peu de Français l'ignore, et c'est un bon point. En revanche, l'appeler Fujiyama en croyant que c'est son appellation d'origine est une erreur que beaucoup de nos compatriotes commettent de toute Fujisanbonne foi. Quelques mots d'explication: le japonais est une langue qui s'écrit avec des kanji, qu'on traduit par le terme "idéogramme". J'y reviendrai un peu plus bas. Or ces kanji ont au moins deux lectures différentes, appelées on-yomi (dite lecture chinoise, correspondant à des sons ou des syllabes) et kun-yomi (dite lecture japonaise, correspondant à des mots), et cela peut aller parfois jusqu'à plusieurs dizaines de lectures différentes... Pour en revenir au Mont Fuji, celui-ci s'écrit à l'aide de trois kanji, les deux premiers se lisant Fu et ji, et le troisième signifiant bien "montagne" ou "mont". Et comme il peut se lire yama, on a pris l'habitude en France de dire "Fujiyama". Malheureusement pour tous ceux qui croient connaître un mot fujisan_2japonais, ce kanji a une autre lecture, que l'on utilise le plus souvent lorsqu'il est accollé à un autre, et qui est san. C'est pourquoi, en japonais, on ne dit jamais Fujiyama mais Fujisan...
Je sais, beaucoup d'écrivains l'ont écrit, Henri Salvador l'a chanté...: le mot Fujiyama est entré dans la langue française, et je crains même que personne ne comprenne ici si l'on évoque le Fujisan. Alors un conseil: entre Français, continuez de dire Fujiyama. Mais si vous voulez montrer un vrai savoir à des interlocuteurs japonais, dites-leur donc Fujisan. Habitués comme ils le sont à notre erreur toujours répétée, vous verrez que vous les surprendrez!

Je viens de parler des kanji, en disant que ce mot était traduit en français par le terme "idéogramme". Or je pense que ce terme est lui-même assez obscur, et beaucoup de Français n'ont je pense que l'illusion de savoir ce qu'est vraiment un kanji. Car si l'on consulte des dictionnaires pour en connaitre la définition, beaucoup d'entre eux décrivent l'idéogramme comme étant un symbole graphique représentant un mot, quelques-uns comme une idée. En fait, je crois qu'il faut employer le pluriel et écrire: ...représentant "des" mots ou des "idées". Prenons un exemple concret. Voyez ce kanji: en lecture dite chinoise umareruou on-yomi, on le lira sei ou shô, parfois san. En lecture dite japonaise ou kun-yomi, seul, on le lira nama, et cela sinifie "cru", le contraire de "cuit". Mais il sert en japonais à fabriquer des dizaines de mots, en ajoutant à ce kanji les hiragana ou caractères syllabiques (qui, contrairement au kanji, n'ont pas de signification en soi et ne représentent qu'un son) nécessaires. C'est ainsi qu'on peut le lire, entre autres : ikiru ou ikeru (vivre), ikasu (laisser vivre), umu (faire naître, pondre), umareru (naître), haeru (pousser), hayasu (faire pousser)... Comme vous le voyez, il ne s'agit ni "d'un" mot ni même "d'une" idée mais de plusieurs. Et s'il fallait trouver une sorte de "grande idée", une notion de base qui explique pourquoi les Japonais utilisent ce kanji pour former tant de mots en apparence bien différents les uns des autres, je serais tenté de proposer celle de "vie" ou "vivant". tai_ikezukuriVivre, c'est "être en vie". Naître, c'est "accéder" à la vie. Pousser, c'est également vivre pour un végétal. Et même cru, c'est en quelque sorte l'état de l'aliment "le plus proche de son état vivant". On retrouve aussi cet idéogramme dans l'expression ike-zukuri, qui littéralement désigne le poisson cru "fabriqué dans le vivant". A la différence du sashimi classique, le ike-zukuri est parfois réalisé avec un poisson encore vivant, qu'on découpe alors qu'il n'est même pas tout à fait mort. Et tandis qu'on en déguste les fines lamelles de chair, on peut parfois apercevoir la bouche du poisson qui s'ouvre et se ferme encore! Vous vous en doutez, c'est parfois un peu... difficile (!) pour nous Français, et c'est considéré au Japon comme le top du top!...

Restons dans les plaisirs de la bouche et parlons du saké. J'ai parlé dans un autre article (Nomi ni ikimashō!) de la confusion qu'on faisait régulièrement en France en expliquant que le sake japonais était de "l'alcool de riz". En fait, il s'agit pour le coup d'une erreur de français plus que de japonais, puisque dans notre langue, le mot alcool désigne le produit de la distillation. Or le sake est élaboré à partir d'une fermentation. Il convient donc de parler de "vin de riz". Avis donc à tous les amateurs qui croient ou croyaient savoir...

Et concernant la cuisine japonaise en général, plus regrettable encore est l'illusion de ceux qui croient la connaître en fréquentant les restaurants japonais de la capitale ou de la province. Car à part quelques exceptions que l'on ne trouve que fort peu même à Paris (moins de 10% des restaurants je pense...), la très grande majorité de ces établissements ne proposent qu'une version très limitée et très francisée de cette cuisine. Permettez-moi de vous expliquer exactement en quoi ce qu'on nous propose en France ne sont que de pâles copies de l'original.

Neuf restaurants dits « japonais » sur dix offrent invariablement le même menu : sushi ou sashimi (poisson cru avec ou sans riz) et yakitori, composé de diverses brochettes de poulet grillé. Premier reproche : cette japonnais_1183537244uniformité engendre une méprise parfaitement regrettable, suggérant une relative pauvreté de cette cuisine en terme de variété. Cela va même au point que, parlant de cuisine japonaise, mes interlocuteurs français ne me parlent le plus souvent que de poisson cru ou de brochettes… Or, est-il besoin de le préciser, la cuisine japonaise est au moins aussi variée que la cuisine française. Elle offre toute la gamme des spécialités régionales ou des produits saisonniers et constitue l’une des cuisines les plus équilibrées et les plus digestes du monde… Tous ces établissements qui pêchent par un manque certain d’originalité sont à mes yeux bien coupables et ont de ce fait conditionné une clientèle qui de son coté se satisfait d’une connaissance culinaire bien pauvre en terme de variété...

D’autant que le choix même de ces deux types de plats est sujet à caution : ils font croire qu’ils sont les plus représentatifs de la cuisine nippone courante, ce qui est loin d’être le cas. Le sushi est certes typique, mais il l’est presque au même titre que le foie gras chez nous : c’est quelque chose de cher et donc de peu Tuna_Sushifréquemment consommé. Car pour être véritablement bon, le poisson cru présenté en sashimi ou en sushi se doit d’être d’une très grande fraîcheur, laquelle, dans notre monde moderne, a bien entendu un coût, surtout si cela concerne un poisson très recherché comme peut l'être le thon actuellement. Et même si les techniques de congélation, de stockage, de transport ou de décongélation se développent sans cesse, les produits qui ont été une fois surgelés sont loin d’offrir une qualité gustative comparable à celle des produits frais. De plus, un véritable repas de sushi réuni une très grande variété, non seulement de poissons, mais aussi de coquillages, de crustacés et autres fruits de mer. Dans les très bons restaurants, il s’accompagne également de quelques petits plats chauds. La différence avec ce que nous servent la plupart des restaurants japonais de Paris ou d’ailleurs est flagrante. Comme on le voit sur cette photo, pas de préparation chaude, pas de coquillage sauf très rares exceptions, un choix de poisson extrêmement limité et sushi_saumonessentiellement basé sur le thon dans ses parties les plus rouges, les moins appréciées au Japon, et le saumon, qui comme par hasard, n'est traditionnellement jamais consommé cru par les nippons. Pour des raisons sanitaires et sauf très rares exceptions qui sont de l’ordre de la curiosité régionale ou même locale, les Japonais ne mangent crus que les poissons qui vivent exclusivement en mer… Ils ont toutefois commencé à déguster le saumon cru depuis que les étrangers le mangent, un peu comme ils ont importé chez eux des inventions étrangères comme le California Roll... Quant à la  fraîcheur et donc à la qualité des produits, disons qu’elles satisferaient sans doute à peine le pire restaurant de sushi de Tōkyō… Je ne conteste pas le fait que, ignorant ce que peut être le véritable sushi, de nombreux Français apprécient celui qu’on leur propose. Il peut malgré tout leur être utile de savoir qu’il existe meilleur. Bien meilleur. Et il serait heureux qu'ils cessent au moins de s’imaginer connaître la cuisine japonaise, celle qu’ils consomment n’en est qu’une très pâle et bien pauvre imitation ! 

En ce qui concerne les « yakitori », le problème se pose en des termes un peu différents. Loin de moi, cette fois, l’idée d’en contester le goût, qui là encore semble plaire aux Français, et qui est du reste globalement  correct dans la plupart des restaurants. Ils n’en ont toutefois guère de mérite, le poulet est un produit yakitori760de base qui est bon dans notre pays, et les sauces qui l’accompagnent sont très standardisées : pas vraiment d’erreur possible… Deux aspects de cette cuisine m’interpellent davantage. Tout d’abord, le fait que ces brochettes soient systématiquement accompagnées, quel que soit l’établissement ou presque, de la même salade de chou et de son quartier de tomate, du même bouillon de poulet (souvent insipide) et du même bol de riz, comme s’il s’agissait d’une règle absolue à laquelle il ne faudrait surtout pas déroger. Alors que cela ne prouve qu’une chose : la standardisation du menu proposé et la médiocrité de cuisiniers dépourvus de toute imagination… Mais plus encore que ce point de vue qui peut ne pas être partagé par tous, le consommateur français doit savoir que, bien que servis dans des restaurants se réclamant du Japon, un tel menu est tout sauf… de la cuisine japonaise ! En voici la raison.

Au Japon, lorsque les employés des entreprises achèvent leur journée de travail, généralement vers les six heures du soir, il est de tradition d’aller, une ou plusieurs fois par semaine, boire un verre avec ses collègues de bureau ou ses partenaires, clients ou fournisseurs (voir également l'article Nomi ni ikimashō!). Ou même simplement entre amis. Et à vrai dire, cela s’arrête rarement après un simple verre...! L’alcool, comme le climat des établissements qui accueillent ces employés, contribue à créer très rapidement une ambiance conviviale, détendue, propre aux discussions joyeuses ou aux confidences. Et s’il coule effectivement à flot (surtout la bière), il est toujours accompagné de petits plats que l’on grignote YakitoriCookingcomme coupe-faim pour retarder l’ivresse. Deux ou trois tranches de poisson cru du jour, un peu de tōfu – pâté de soja – chaud ou froid, cent sortes de petits légumes de saison soigneusement cuisinés ou… quelques brochettes de poulet grillé, si possible sur charbon de bois : voilà comment et dans quel contexte on déguste les yakitori au Japon. L’idée d’en faire un menu complet, à midi comme le soir, à travers une formule comprenant entrée, plat et dessert est une invention purement française! Une idée sans doute excellente, à en juger par le succès d’estime ou économique qu’elle rencontre, mais une idée française, qui justifie donc mal là encore qu’on puisse à partir d’elle affirmer sérieusement connaître ou apprécier la cuisine japonaise…

Pour peut-être consoler un peu quelques désillusions et montrer que les Français ne sont pas les seuls à être – gentiment – abusés, je dirai que cela me rappelle le camembert que je trouvais lorsque je vivais au Japon, une espèce de pâte blanchâtre, totalement aseptisée et plâtreuse, vendue en boite de conserve, et que les pauvres Japonais dégustaient avec conviction en lisant l’étiquette : « Véritable Camembert Français » !…

Alors certes, tout ce que je viens d'écrire doit être relativisé. La connaissance "moyenne" qu'ont les Français du Japon ne se résume bien sûr pas à cela. Je n'ai cité ces quelques erreurs partielles qu'à titre d'exemples d'un savoir parfois un peu aléatoire, un peu imprécis. J'ai la conviction que, dans notre monde actuel fait d'informations de plus en plus nombreuses et de plus en plus variées, ce sont les détails, la justesse et l'exactitude d'un savoir qui peuvent faire la différence. Si je me permets ainsi de pointer le doigt sur des choses qui peuvent paraître finalement assez insignifiantes, c'est parce que rien ne dit que ces erreurs ne concernent pas aussi des choses plus importantes ou même essentielles dans la connaissance du Japon ou la compréhension de la mentalité de ses habitants. Et c'est dans le but de susciter chez le lecteur un seul désir, une seule envie: celle de ne pas en rester là, celle d'en savoir encore plus, et surtout mieux, sur ce pays. Ce pays qui, de son coté et depuis des dizaines d'années déjà, en fait beaucoup pour s'informer, avec le plus possible d'exactitude, sur notre pays, sur nous, ce que nous sommes et ce que nous pensons. Et à mon avis, ils ont pris une certaine avance dans ce domaine. Une avance certaine, même...


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05 mars 2008

Tradition et modernité

Quand on parle du Japon en général et de Tōkyō en particulier, on a coutume d’associer à l’évidente modernité de cette ville le mot de « tradition », que l’on illustre par des images qui montrent des 23constructions anciennes. Ce sont le plus souvent des édifices religieux, qui sont aujourd’hui autant des temples dédiés à la prière que des sites touristiques. Ces images représentent aussi très souvent un autre site touristique très visité, le Palais Impérial avec ses douves, ou encore de l’une des nombreuses portes qui permettent 26l’accès aux zones ouvertes au public, notamment à de très beaux jardins...
Et afin de prouver que modernité et tradition cohabitent réellement à Tōkyō, on vous montrera ce genre d’images, où effectivement, sur un seul et même cliché, se côtoient deux types de constructions tout à fait différentes, quant au style, quant aux matériaux et bien sûr quant à l’époque…

Ceci dit, j’aimerais m’arrêter un moment sur cette idée de modernité et tradition, et soulever avec vous quelques points qui pourraient sans doute agrémenter un débat et permettre de mieux comprendre la mentalité japonaise.

Tout d’abord, cette notion de modernité et tradition est souvent présentée comme étant une spécificité de Tōkyō ou du Japon. Or, même si ces photos offrent, il est vrai, un contraste évident et assez… exotique, dirons-nous, je ne crois pas que cela constitue pour autant une particularité si remarquable : pour établir une de ces comparaisons qui, vous l’aurez compris, me sont chères, Paris a aujourd’hui quantité d’immeubles modernes, tout en préservant des constructions bien plus anciennes, et il n’y a je pense aucune difficulté à associer sur une même photo le dôme des Invalides aux grandes tours du 15ème  arrondissement situées un peu plus loin, ou encore l’Arc de Triomphe aux gratte-ciels de la Défense, certes administrativement en-dehors de Paris mais que la réalité contemporaine inclut à la capitale.

Deuxième point, j’aimerais évoquer l’âge de ces constructions réputées anciennes : la plus vieille église de Paris est St-Germain des Prés, dont la construction précède de quelques dizaines d’années celle de Notre-Dame, ce qui fait grosso modo 1000 ans ; les arènes de Lutèce sont des vestiges bien plus anciens encore. 28Or Tōkyō n’a été fondée par le shôgun Tokugawa Ieyasu qu’au tout début des années 1600 sous le nom de Edo : tout ce que l’on pourrait donc y trouver d’ancien ne remonterait en théorie qu’à environ 400 ans. Je dis en théorie car, de plus, Tōkyō a subi deux destructions presque totales au cours du 20ème siècle, la première à cause d’un séisme et de l’incendie qu’il provoqua au début des années 20, la deuxième en raison du bombardement pendant la Seconde Guerre Mondiale qui rasa pratiquement toute la ville. Ainsi, à part certes quelques exceptions, la majorité de ce que l’on présente comme ancien n’est en réalité que le fruit d’une reconstruction, une copie de l’original.

Cela est même valable en-dehors de Tōkyō, à commencer par le temple peut-être le plus connu du Japon, le Pavillon d’Or de Kyōto qui fut maintes fois détruit et reconstruit, et dont ce que nous admirons aujourd’hui ne date que d’une cinquantaine d’années. Attention cependant, il reste tout de même en province de nombreux édifices, temples ou châteaux, qui ont plusieurs siècles d’existence.

Est-ce à dire pour cela qu’il conviendrait alors de reconsidérer la valeur patrimoniale ou historique des temples et autres constructions japonaises dites anciennes? Je ne parle pas ici de la dimension culturelle ou artistique de ces édifices, qui sont des notions plus intemporelles, mais de la dimension historique.
J’ai le sentiment qu’en France ou en Occident, les constructions n’ont de valeur historique que si elles datent effectivement de l’époque de leur création, et que seules quelques petites restaurations sont à la limite acceptables. Par contre, je pense que les Japonais reconnaissent plus volontiers une valeur historique à un édifice, même si celui qu’il contemple n’est pas l’original mais, disons-le, une simple copie. Cette différence d’appréciation a certainement plusieurs explications.


Tout d’abord, le matériau utilisé. En Occident, c’est principalement la pierre, qui sans être bien sûr éternelle, 31a néanmoins une durée de vie potentielle considérablement plus longue que les matériaux traditionnellement utilisés au Japon, à savoir le bois, le papier ou la paille. Le bois qui, naturellement plus fragile que la pierre, est de surcroît bien plus exposé aux intempéries naturelles de même qu’aux accidents d’origine humaine, comme le sont les incendies ou aujourd’hui les pollutions de toutes formes. Ce bois qui, donc naturellement, réclame d’être régulièrement restauré, voire remplacé.

Deuxième raison, la mentalité japonaise a été sans doute beaucoup plus influencée que la mentalité occidentale par des théories philosophiques ou religieuses qui affirment le caractère éphémère des choses matérielles (voir aussi A la gloire de l’éphémère).

Ainsi, même si d’autres raisons l’expliquent plus complètement, je pense que c’est principalement la combinaison, d’une part de cette notion du caractère éphémère de la matière, et d’autre part de l’exploitation de matériaux effectivement éphémères, qui conduisent les Japonais à attribuer une juste valeur historique à un monument dont l’érection initiale remonte à des centaines d’années, même si son apparence matérielle actuelle ne date, elle, que de quelques années. L’important n’est plus la chose matérielle mais ce qu’elle représente depuis des siècles. C’est ainsi que la restauration, qui lorsqu’elle devient totale, s’appelle reconstruction, ne porte pas nécessairement atteinte à la dimension historique d’un édifice, bien entendu lorsque celle-ci est réalisée en reproduisant fidèlement le modèle original.Avons-nous en France une attitude différente ? Bien sûr, comme je l’ai évoqué plus haut, nous sommes, nous aussi, sensibles à la conservation des monuments dont nous essayons de prolonger la durée de vie par l’entretien ou la restauration. Mais dans le même temps, nous avons chez nous des monuments qui nous sont parvenus à l’état de ruine et il semble que nous ayons beaucoup de réticence à y toucher, à les reconstruire pour qu’ils retrouvent leur aspect originel : nous préférons les conserver tels qu’ils sont, et continuer de    34transmettre des ruines aux générations futures.
Par comparaison, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu au Japon de monument historique sous forme de ruine : ou il a été reconstruit à l’identique, ou il a totalement disparu… Le seul que je connaisse et qui subsiste mais pour une raison très particulière, celle de la mémoire, c’est ce témoin, à Hiroshima, du bombardement nucléaire…

D’un autre coté, nous avons peut-être, nous Français, un comportement finalement assez similaire dès lors que nous reconnaissons aussi le caractère fragile et donc éphémère de l’objet matériel considéré. Je pense par exemple aux parties ornementales des bâtiments, comme les feuilles d’or qui recouvrent les dômes ou les statues, ou encore aux tableaux ou aux fresques murales que le temps ou l’influence humaine (les flashs des appareils photos, le souffle des visiteurs, etc…) ont avarié et auquel on redonne leur éclat premier. Mais il est vrai aussi que nous ne le faisons que… assez rarement, ce qui fait que nous sommes surtout surpris par le résultat que nous jugeons parfois trop brillant, trop éclatant, trop différent de ce que nous avions pris l’habitude de voir. Et bien souvent, nous avons oublié l’aspect originel de bien des monuments...

Alors, pour en revenir à cette idée de modernité et tradition qui caractériserait donc Tōkyō, non pas qu’elle soit fausse, mais peut-être serait-elle à considérer un peu différemment de ce que nous serions tentés de le faire d’emblée. Ce qui est moderne n’est pas à trouver uniquement dans une architecture dite contemporaine ou même un peu avant-gardiste. Tōkyō est moderne parce qu’elle s’inscrit dans le mouvement, le changement, et que le changement autorise la mise en œuvre des dernières technologies et qu’il stimule 35l’innovation. C’est une ville en perpétuelle mutation, les travaux y sont permanents, elle est en constante transformation. En d’autres termes, sa vraie modernité ne s’exprime pas uniquement dans l’architecture de tel ou tel gratte-ciel, mais peut-être plus dans le fait que cet édifice n’existait pas deux ou trois ans auparavant et qu’il est très possible qu’il soit détruit et remplacé par un autre dans les dix ans à venir, lequel utilisera à son tour les toutes dernières technologies et stimulera encore  38davantage l’innovation. A Tōkyō, même le béton armé est éphémère…
Au hasard d'une ballade, on peut deviner les immeubles que l’on ne verra sans doute plus lors du prochain séjour… Et l’on peut comprendre, en observant cette ville qui se transforme sans cesse, un aspect caractéristique de la mentalité de ses habitants : le modernisme, qui est le goût et la recherche de la modernité. Un trait de la mentalité japonaise qui se confirme bien, par exemple à travers leur production industrielle : dans les secteurs où ils ont choisi d’être présents, ils sont souvent à la pointe de l’innovation, et leurs produits ne cessent de se transformer et d’évoluer.

Mais ce modernisme s’accompagne d’un véritable goût pour la tradition qui est la transmission intergénérationnelle de coutumes anciennes, d’un certain mode de vie ou de penser qui appartiennent au passé. Et ce goût se retrouve incontestablement dans l’urbanisation de Tōkyō.


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06 mars 2008

Tōkyō l'insolite

Résolument tournés vers le futur et le modernisme, parfois négligeant l'héritage du passé mais souvent fidèles gardiens des traditions qu'ils s'efforcent malgré tout de transmettre de générations en générations, les Japonais sont également capables de toutes les excentricités. Et Tōkyō la sage, Tōkyō la paisible, se transforme parfois en Tōkyō l'insolite... Voici, dans un article presque autant illustré qu'un manga, quelques exemples qui illustreront cet aspect non négligeable de la mentalité japonaise.

Dans l'architecture et l'urbanisme, tout d'abord. Voici quelques exemples qui font que Tōkyō est une capitale décidément bien unique, et surtout bien éloignée de son homologue française! Voilà de quoi, pour un 101100Français en mal de découvertes, de quoi satisfaire son besoin de dépaysement, non? Une ville où les fils électriques tissent une toile d'araignée géante, et où certains hôtels ne sont guère rassurants (à droite, le Sofitel)...!

47Une ville qui,  malgré de très strictes normes 49parasismiques, ne semble craindre aucune excentricité architecturale, ce qui peut néanmoins se concevoir pour une école d'architecture (à droite)...

51et ne redouter aucune atteinte à l'esthétisme ou au bon goût...même s'il 116est vrai que certains adoreront peut-être le Château-Restaurant Taillevent-Robuchon (à droite)...





Les sous-sols de la ville, s'ils sont moins visibles par le grand public ou les touristes, peuvent parfois offrir un 104105spectacle digne des décors les plus futuristes du cinéma. Il s'agit ici de galleries aménagées pour recevoir un événtuel trop plein de pluie en période de mousson. Qu'en pensez-vous, M. Luc Besson? Pour un "Sixième élément" peut-être..?


La nourriture n'est pas épargnée par l'insolite. Beaucoup ont sûrement entendu parler du boeuf dit "de Kōbe", dont les soins apportés (massages à la bière, ambiance 125HPIM8374Mozart dans les fermes...) justifient peut-être les prix records atteints par cette viande (on peut lire 5.250yens, soit environ 30 euros...les 100g!!). Mais plus surprenant encore, cette boîte de deux melons. 21.000yens, soit environ 120 euros pour ces deux fruits... A faire rêver les producteurs de Cavaillon,non?

Bien plus accessibles mais peut-être tout autant exotiques, ces 119tablettes de Kit Kat au thé vert qu'on ne trouvera probablement jamais en France... Et pourtant, beaucoup de nos compatriotes qui y ont goûté les trouvent excellentes! C'est là la marque de toute l'ingénuosité et le talent des Japonais pour toujours essayer d'améliorer un produit et le faire évoluer... avec il est vrai plus ou moins de bonheur.


Ils sont nombreux, nos compatriotes qui ont été touchés par la beauté de la femme japonaise. Quelques uns ont même trouvé en elles l'épouse attentionnée dont ils rêvaient. Avec toutefois quelques difficultés 6769insoupçonnées, dues à deux cultures difficiles à concilier par moments. Une culture japonaise parfois mystérieuse, qui fait aujourd'hui que certaines jeunes femmes nippones ne correspondent plus tout à fait aux canons que l'on a conservés chez nous...! Mais que le lecteur soit rassurée, elles ne sont pas toutes comme ça!


La visite d'un parc de loisirs peut elle aussi réserver quelques surprises. Celle de panneaux indicateurs qui sont surtout très mignons me semble-t-il, mais 103également celle d'attractions particulièrement... décoiffantes! J'imagine ce trou dans la façade de l'immeuble, que l'on doit 102voir particulièrement petit, quand on l'aperçoit au loin! On doit se dire que les Japonais passent sans peine puisque réputés de petite taille (ce qui au passage est de moins en moins vrai, la taille moyenne de la génération actuelle n'a plus rien à enviée à celle des Français...). Mais qu'en est-il des "grands" étrangers? Attention, baissez la tête!!


Une caractéristique de Tōkyō que je trouve particulièrement insolite: la cohabitation de deux styles totalement opposés dans tous les grands centres de Tōkyō. La modernité et la richesse d'un coté, autour de laquelle, à quelques dizaines de mètres seulement, on peut trouvé des ruelles paraissant d'un autre temps. 1745Nous sommes ici à Shinjuku, quartier d'affaires aux gratte-ciels de plus en plus nombreux, dont celui du Tochō, ou Hôtel de Préfecture (à gauche). Mais comme les salaryman doivent à midi se restaurer et, le soir, répondre aux settai quasi-quotidiens (voir aussi Nomi ni ikimashō!), subsistent, pratiquement au pieds de ces tours, des sortes de vestiges des siècles passés, remplis de petits boui-bouis en apparence parfois bien sales et bien pauvres. Mais ne vous y trompez pas! L'ambiance populaire y est plus que typique, sympathique et conviviale, et la cuisine souvent excellente...!


Et pour terminer cette petite ballade dans l'insolite, voici comme un petit détour virtuel par un musée de la capitale: je vous laisse 137135contempler ces oeuvres des grands maîtres de l'Ukiyo-e ou estampe, Hiroshige ou Hokusai, sans doute bien moins connues que la célébrissime " Grande Vague de Kanagawa" (à gauche). Mais qui sont des estampes tout à fait représentatives 136d'une littérature très fournie et d'un art issu 138du goût prononcé des Japonais pour le fantastique, l'étrange et le monde des fantômes ou Yūrei. Ce goût fait totalement partie intégrante de la culture populaire japonaise, influencée notamment par le shintoïsme dans lequel on retrouve ces fantômes et d'autres êtres fantastiques tels les oni. Des dessins qui sont à l'origine même des manga actuels...




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07 mars 2008

Survol historique

Si l’on estime en général qu’elle débuta il y a plus de 10.000 ans avec la civilisation Jōmon, on considère 1213_Kamakura_1qu’une des premières grandes dates de l’Histoire de l’Empire du Soleil Levant se situe au 6ème siècle, avec l’introduction en provenance de Chine et de la Corée, du Bouddhisme
(voici le Grand Bouddha de Kamakura, statue de 13m de haut fondue vers 1250) et de l’écriture,
les idéogrammes ou kanji, littéralement « caractères chinois ».

Puis un siècle plus tard, la présence du régent Shōtoku Taishi qui 14_Sh_toku_Taishientrepris de nombreuses réformes politiques, contribua fortement à développer la 16_idem_Kondoculture et l’éducation, et fut notamment à l’origine de la construction de nombreux temples, dont le plus remarquable est le temple Hōryūji, à Nara, considéré aujourd’hui comme le bâtiment en bois le plus ancien du monde.
S’en suivirent une succession d’ères dont les changements indiquent le plus souvent un changement de capitale, Nara, Kyōto ou encore Kamakura, qui vit à la fin du 12ème siècle, l’avènement de clans, de grandes familles, qui formèrent des gouvernements militaires ou shogunal qui allaient durer près de 700 ans, jusqu’à l’ère Meiji en 1868.

L’un de ces clans ou dynasties les plus célèbres est sans doute celui des Tokugawa, dont le premier shôgun 17_TokuIeyasu prit le pouvoir et installa son gouvernement à Edo en 1603. L’ère dite d’Edo, ancien nom de Tōkyō, allait durer près de 270 ans, avec comme fait marquant la fermeture quasi complète du pays à l’étranger et au commerce international (Sakoku), à une seule exception près, l’île de Dejima en face de Nagasaki. Une période relativement paisible, qui vit le développement des arts de toutes sortes, et durant laquelle le développement économique et commercial ainsi que celui d’un mode de vie urbain très sophistiqué mirent de plus en plus en évidence l’archaïsme du système féodal mis en place par les Tokugawa. CommodoreMatthewPerryCelui-ci fut définitivement voué à la chute lorsque, sous la pression de l’amiral Perry qui obligea le gouvernement à ré-ouvrir ses frontières au commerce international en 1853, eut lieu la rencontre d’un pays quasi féodal avec l’Ouest et ses technologies avancées. Le Japon se retrouva dans l’obligation de rattraper les pays occidentaux, ce qu’entreprit de faire l’empereur Meiji dès 1868 : c’est à cette date que l’on situe le début de l’ère moderne du Japon.

J'aimerais compléter ce rapide survol des grandes lignes historiques en vous parlant de quelques grandes figures ou événements entrés dans la légende du pays. Les connaître peut être profitable à un étranger, et notamment à un homme d'affaires qui voudrait susciter l'admiration de ses partenaires japonais... Je pense utile de vous narrer l’histoire des 47 rōnin et vous raconter la célèbre vengeance des samourais d'Akō après le suicide ou seppuku imposé à leur seigneur. Parce que celui-ci, ne supportant pas l’outrage et les injures que lui avait fait un grand fonctionnaire du palais du Shōgun, avait tiré son sabre dans l’enceinte du Palais et l’avait blessé. Les 47 rōnin (samourai sans maître) décidèrent de le venger 10 ans plus tard en décapitant ce haut fonctionnaire. Puis, sur l’ordre du 18_Sengakuji_tombes_des_47_ronins_1Shōgun qui ne pouvait pardonner cet assassinat même s’il le considérait comme héroïque, ils se donnèrent aussi la mort. Nous étions au tout début des années 1700, et aujourd’hui, leurs tombes se trouvent encore dans le temple Sengakuji à Tōkyō, dans le quartier de Shinagawa et c’est un haut lieu du tourisme historique au Japon.

Je voudrais également évoquer la mémoire de Miyamoto Musashi, sans doute le samourai le plus connu au Japon. Né en 1584, il participa très jeune à l’une des batailles les plus célèbres au Japon, la bataille de Sekigahara en 1600, contre les troupes de Tokugawa Ieyasu. Battu, il devint un rōnin, un samourai sans maître, et erra à travers le Japon en profitant de cette période pour peaufiner une méthode de combat à deux sabres, le « nitō-ryū », qui lui permit de remporter de nombreux duels (plus de 60 dit-on…) et de devenir un maître d’armes réputé, qui fut même finalement engagé par ses anciens adversaires au service du Shōgun Tokugawa. Auteur d’un célèbre « Gorin no sho » ou Livre des cinq 19_Miyamoto20_Livre_Pierrecercles sur les arts martiaux ou encore peintre reconnu, sa vie fut portée de nombreuses fois à l’écran (on le voit ici incarné par Mifune Toshirō, l’un des plus célèbres acteurs japonais) et racontée dans de nombreux livres, dont le roman et best seller (tiré à plus de 120 millions d’exemplaires à travers le monde !…) de Yoshikawa Eiji intitulé « La Pierre et le Sabre ».



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Ma J-music à moi (7)

Pour continuer dans les grands tubes des années '60 et '70 au Japon, une artiste qui débute en 1965, mais qui connaîtra le succès 5 ans plus tard avec "Tegami" :Yuki Saori est déjà une "million seller" et consacrée star en 1970 avec cette chanson...





Mori Shinichi fait ses débuts en 1966 et déja en 1968 pour sa troisième année, il est sélectionné pour le "Kôhaku Utagassen" de la NHK. Grande figure du Enka au japon, il atteint la gloire avec "Erimo misaki" (composée par Yoshida Takurô) en 1974 en remportant le "Nihon Record Taishô". Un temps marié à l'actrice Ôhara Reiko, il épousera en 1986 celle qui fut l'une des trois idoles avec Yamaguchi Momoe et
Sakurada Junko: Mori Masako... qui n'aura donc pas besoin de changer de nom à cette occasion! C'est un peu l'Adamo japonais...vous ne trouvez pas?





Deux ans après Mori Shinichi, le "Nihon Record Taishô" 1976 revient à Miyako Harumi pour l'une des chansons de Enka les plus connues et les plus chantées depuis: "Kita no yado kara". Comme quoi, il n'y a pas que le "pops" qui se vende bien dans ses années-là...




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08 mars 2008

Tabe ni ikimashō!

Vous aurez compris ce qui vous attend si un Japonais vous invite à aller boir "un verre" (voir Nomi ni ikimashō!). Ce piège n'est plus du tout à redouter s'il vous dit cette fois "Tabe ni ikimashō!" ou "Allons manger!". Et pour que vous ne soyez pas à court d'idées, parce qu'il y a neuf chances sur dix qu'il rajoute "qu'est-ce qui vous ferait plaisir?", partons faire un petit tour des plats et menus que je vous recommande. Je prends ce risque (qui normalement n'en est pas un...) parce qu'ils sont généralement très appréciés des Français et ne présentent pas de difficulté particulière, même pour les personnes peu habituées aux cuisines exotiques. Mises à part quelques petites spécialités locales peut-être... mais je vous les signalerai: "Attention! danger..." !!
Et je vous les conseille surtout parce que c'est... rudement bon!!

Et pour commencer par les plus connus, je vous propose deux types de "fondues japonaises" comme on les shabushabuappellent chez nous. Le shabu shabu, où la viande et les légumes sont cuit dans de l'eau bouillante juste parfumée d'un petit morceau algue Kobu (à gauche). Le goût est donné par des sauces dans lesquelles on les trempe avant de les manger. sukiyakiEt le Sukiyaki, où les ingrédients sont cuits dans une sauce et s'en imprègnent donc; on les trempe dans un oeuf battu avant de les déguster(à droite). Les Japonais sont très friands de ce genre de repas, d'abord parce que la viande est un produit cher, donc plutôt rarement consommé de cette manière, c'est-à-dire en abondance. Et d'autre part pour leur convivialité: une casserole posée au centre de la table dans laquelle chacun se sert permet une ambiance bien différente et bien plus sympathique que des plats individuels. Et puis là, au moins, tout le monde mange la même chose, il n'y a pas de jaloux!

Moins connus en France mais extrêmement populaires, les Nabemono, qui varient en goûts et en ingrédients selon chaque région. On pourrait presque dire que chaque ville au Japon a une recette qui lui est propre et 765px_Nabe_Kansai_stylequi en fait son meibutsu ou "spécialité locale"! Ici, le chankonabe, célèbre pour constituer le plat principal des lutteurs de sumo. On y met toutes les sortes de légumes qu'on veut, de la viande (de poulet en général) et des morceaux de poissons. Toutes les saveurs se mélangent dans la sauce de cuisson dans laquelle, pour terminer le repas, on versera du riz blanc. On laisse cuire quelques minutes, et l'on obtient une sorte de risotto savoureux qui conclut un repas souvent très copieux!

Peut-être serez vous convié à un grand diner gastronomique: vous découvrirez alors ce qu'on appelle kaiseki ryōri, un menu extrêmement complet et varié qui n'est pas sans rappeler les menus "dégustation" kaiseki5000de nos plus grands restaurants. Vous pourrez y découvrir les caractéristiques culinaires essentielles au Japon: les plats crus, les mets bouillis ou cuits à la vapeur, les produits grillés et ceux qui sont frits. Avec également une grande variété d'ingrédients, viandes, poissons, légumes, céréales, produits marins... Avec pour première règle, celle d'utiliser principalement des produits de saison. Un festin pour privilégiés!...

Pour se restaurer quotidiennement plus simplement, mais sans que le plaisir n'en souffre, sachez que les restaurants japonais proposent le plus souvent deux formules: le menu complet, qu'on appelle teishoku, qui 800px_Tonkatsu4587Sanma_2C_miso_soup_and_rice_by_jetalonese compose presque toujours d'un bol de riz, d'un bol de soupe, souvent au miso, parfois un ou deux petits plats de légumes cuits ou de condiments, avec un plat principal qui, lui, offre le choix de ce qu'on veut manger. Ce peut-être bien sûr une petite assiette de sashimi ou poisson cru, ou un assortiment de tempura, friture de crevettes et légumes. Mais si c'est de la viande que vous souhaitez, je pourrais suggérer le tonkatsu, tranche de porc panée, accompagnée d'une salade chou émincé. Sinon, un grand classique est le poisson grillé au sel (sakana no shioyaki). Cela peut être du saumon, du maquereau, du chinchard, du bar... ou quelques poissons typiques du Japon et qu'on ne connaît pas dans nos contrées...

La seconde formule la plus courante consiste en un plat unique, à la rigueur accompagé d'une petite salade ou d'un bol de soupe. Ce sont en général de grands bols, soit de riz avec viandes ou légumes, soit de pâtes avec bouillons et garniture dessus. Je vous ai parlé du tonkatsu en menu complet, voici la version en plat Katsudon3unique. Le poc pané vient garnir une sorte d'omelette, et le tout recouvre le riz: c'est le Katsudon. Et il existe plein de garnitures possibles dans ces bols de riz dont le nom générique est Donburimono. Avec du poulet, des légumes, de la tempura, Soy_ramenetc... Quant aux bols de pâtes, ce sont des plats appelés Lâmen et qui sont là-bas assimilé à de la cuisine chinoise, bien que cela soit une version très japonisée. Il faut donc demander à manger de la chūka ryori. Et là encore, les pâtes constituent la base, le bouillon peut avoir différents goûts et il existe un grand choix de garnitures.

Il existe aussi la version japonaise de ces pâtes, ce sont les soba et les udon. Que 800px_Udon_M1336sobal'on mange aussi bien froid que chaud. Ces plats sont en général d'une quantité assez modeste, et un gros appétit ne sera probablement pas rassasié avec un seul bol. Ils représentent pourtant un des repas de midi les plus consommés au Japon. Car très vite fabriqués, et le plus souvent aussi rapidement engloutis, ils permettent aux salaryman pressés de ne passer pour leur déjeuner que moins d'un quart d'heure, et vite retourner à leur travail. 

Autres versions de plats uniques avec du riz, je ne voudrais omettre de vous présenter deux spécialités bien Curry_and_ricejaponaises, même si la première est d'inspiration indienne, puisqu'il s'agit de riz au curry. Les Japonais l'ont cependant très largement adapté, en y mettant beaucoup de sauce dans laquelle on ne trouve que relativement peu de garniture. Et, impensable en Inde, il existe au Japon le Beef Curry...
unagi_00002 Le second plat est quant à lui typiquement japonais. Souvent présenté dans une belle boite en bois laqué, le riz est surmonté de filets d'anguille grillés: c'est le Unajū. J'avoue avoir connu quelques mésaventures avec des plats d'anguille en France, notamment dans la région bordelaise, avec un arrière-goût persistant de vase... Mais les unagi japonaises, d'abord cuites à la vapeur puis grillées, sont tout simplement fabuleuses...

Tous ces menus et plats uniques, outre le fait qu'ils sont très goûteux, présentent aussi l'avantage d'être financièrement très abordables, puisque, converti dans notre monnaie, leur prix moyen oscille entre 4,50 et 10 euros! (voir l'article "Japon pas cher"). Le si fameux et si représentatif poisson cru est bien plus onéreux, 800px_Sashimi_dish_Yellow_tail_amberijack01Fugu_sashiqu'il se déguste en sushi ou en sashimi. Je tiens cependant à vous en montrer deux versions assez luxueuses: celle de gauche insiste sur la fraîcheur du poisson en mettant en décoration ce qu'il reste du poisson après que le cuisinier a habilement levé les filets et les a découpés en morceaux délicats. Quand à la photo de droite, il s'agit d'un magnifique plat de sashimi de fugu, ce légendaire poisson qui porte dans certains de ses organes, un poison qui, tous les ans, fait immanquablement quelques victimes mortelles... Ainsi que je vous l'ai promis au début: "Attention, danger!" ...si c'est un particulier et pêcheur du dimanche qui vous invite à partager le fruit de ses exploits canne à pêche à la main...

Et puisque nous en sommes au chapître de l'aventure et du courage, je voudrais conclure en vous présentant le plat généralement le plus difficile pour un Français. Comme peuvent l'être, pour un Natto_mixedJaponais, certains de nos fromages...coulants et odorants! Ce que vous voyez là sont des grains de soja fermentés qui, mélangés énergiquement, produisent des fils qui en découragent plus d'un! Cela s'appelle du Nattō. Mais sachez qu'il n'y a aucune honte à ne pas pouvoir en manger, c'est une spécialité du Kantō, et notamment de la petite ville de Mito au nord de Tōkyō, et bien des habitants du Kansai n'y ont jamais goûté de leur vie!... Je puis toutefois vous garantir une chose: si l'on aime, ou si l'on finit par aimer après de nombreuses tentatives, cela fait vraiment partie des incontournables et des inoubliables!!


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11 mars 2008

Un certain complexe de supériorité ?

Vous l'aurez sans doute noté à la lecture des autres articles, j'y fais souvent l'éloge des Japonais. Ma démarche n'est cependant pas dictée par la pensée - que j'estime ridicule - "tout est pourri ici, vive là-bas". Elle tente seulement de présenter ce que je considère comme étant le meilleur de ce pays et de ses habitants pour que cela éclaire et peut-être inspire le lecteur. M'adressant à des Français, il est normal que je me fasse un peu le défenseur du Japon, non? De la même manière, lorsque je suis avec des Japonais, il n'y a pas meilleur avocat de la France que moi...! La mentalité japonaise, que je reconnais apprécier dans bien des cas, n'a toutefois pas que des côtés positifs, il serait absurde de prétendre le contraire. Et si on nous reproche souvent, à nous Français, d'être trop repliés sur nous-même, d'ignorer superbement l'étranger, d'être par trop convaincus de la supériorité de notre pays sur tous les autres - et je serais personnellement plutôt favorable à cette critique (je m'empresse de préciser que je parle là d'une généralité qui, bien entendu, comporte des exceptions...), je considère également que, de leur coté, les Japonais n'ont rien à nous envier. Et que, pour deux mentalités réputées si différentes ou même opposées, leur conviction profonde ne diffère pas tant que cela de la nôtre sur ce point particulier. 

A première vue, le Japon d'aujourd'hui peut sembler très ouvert sur le monde. Quelque soit l'angle sous lequel on examine ce pays, qu'il soit politique, économique, financier, touristique ou culturel, aucun de ces domaines n'échappe à l'influence, voire à la dépendance à l'étranger. Le Japon est politiquement très dépendant des Etats-Unis (on reconnaît là-bas que, "lorsque les Etats-Unis s'enrhument, c'est le Japon qui éternue"...), il est économiquement dépendant du monde entier ou presque, et les Japonais qui s'expatrient sont aussi très nombreux. Si je prends pour exemple les relations franco-japonaises, celles qui m'intéressent, le rapport est de 1 contre 10 en leur faveur pour ce qui est des résidents japonais à Paris (environ 20.000, contre 2 à 3.000 Français à Tōkyō ?) comme pour ce qui est du tourisme (près d'1 million de Japonais viennent chaque année en France, contre moins de 100.000 Français qui visitent le Japon).

Qu'en est-il sur place? En débarquant dans une ville comme Tōkyō, on est en général marqué par la qualité de l'accueil dont les Japonais sont capables. De leurs compatriotes comme des étrangers. Et se ballader dans la capitale nippone permet de découvrir une ville où la présence étrangère semble omniprésente. Ce ne sont que magasins, enseignes ou restaurants chinois, coréens, italiens ou encore français (voir aussi Vive la France!). Mais aussi brésiliens, portugais, russes, espagnols, mexicains... En réalité, on trouve de tout à Tōkyō, plus encore peut-être que dans n'importe quelle autre ville du monde. Les Japonais semblent vraiment ouverts au monde entier.

Mais le sont-ils vraiment? Se sont-ils ouverts à ce qu'il y a dans le monde et s'en sont-ils vraiment imprégnés? Se sont-ils occidentalisés comme on le dit si souvent? A vrai dire je ne le crois pas. Je crois les Japonais extrêmement intéressés par ce qui se passe à l'étranger, toujours en quête d'informations nouvelles, toujours aux aguets pour dénicher le meilleur, et... suffisamment modeste pour en reconnaître la qualité. Mais avec aussi toujours la conviction qu'ils sont capables de faire mieux. Ce que l'on trouve au Japon et qui a une origine étrangère, c'est très souvent non pas l'étranger qui l'a exporté mais le Japon qui l'a importé. Cela peut sembler anodin, c'est d'une importance capitale. Car en procédant à l'importation, c'est-à-dire en en demeurant l'acteur principal, le Japon conserve toujours un droit de regard sur ce qui entre chez lui, ainsi que la possibilité d'adapter ce qu'il importe aux critères japonais qui feront de cette importation un succès. Le résultat: tout y est japonisé. Je parlerais même volontiers d'une occidentalisation typiquement japonaise. Et si l'on examine de près, par exemple les produits français que l'on trouve au Japon, on s'aperçoit rapidement que dans leur très grande majorité, ils ont subi une adaptation, voire une amélioration notable. J'ai eu il y a peu l'occasion de m'entretenir avec un grand chef français doublement étoilé, et lui demander si les restaurants gastronomiques des grands chefs français représentés au Japon offraient avec fidélité la même grande cuisine que celle de leurs restaurants parisiens ou de province. Sa réponse fut claire: non. Lorsqu'ils ouvrent un restaurant en leur nom au Japon, m'expliqua-t-il, c'est en général sur invitation et financement japonais. Et quelque soit leur renom international, tous ces grands chefs se voient contraints (non, "poliment conviés" me disait-il...) d'adapter leur carte aux goûts de la clientèle japonaise... Et si elle répond aussi a une stratégie de développement bien établie, l'amélioration systématique des produits ou savoir-faire étrangers découle en grande partie d'un aspect particulier de la mentalité japonaise, la conviction qu'ils sont meilleurs que les autres. Une sorte de complexe latent de supériorité. Parfois à en être arrogants. Je me souviens avoir évolué professionnellement dans le monde de la Formule 1 et y avoir débuté en 1989, c'est-à-dire à une époque qui a connu richesse et opulence de moyens grâce à une bulle financière. Les Japonais avec qui je travaillais (pilote, motoristes...) étaient pour la plupart des pros de longue date de la compétition automobile, mais comme moi des néophytes de la catégorie reine. Ils étaient néanmoins persuadés qu'un succès rapide leur était promis, tellement leur supérorité technique alliée aux moyens financiers énormes dont ils disposaient semblait évidente. Je me souviens encore de leur optimisme parfois écrasant et quelque peu condescendant lors de la période préparatoire d'avant-saison. Lequel fut rapidement modéré, puis complètement étouffé à la fin de la campagne 1989 : élimination au stade des pré-qualifications à 16 Grand Prix sur...16! Et si je cite ici une expérience personnelle, je crois que celle-ci sera aisément rejointe par de nombreux témoignages de Français ayant ressenti cette forme d'arrogance japonaise. Notamment dans le monde des affaires.

Même s'ils savent se retenir et contenir cette arrogance, je crois les Japonais non seulement patriotiques, mais même capables de ne voir en ce qui est bien à l'étranger que quelque chose, non pas de bien dans l'absolu, mais de bien parce qu'il peut leur être utile. Pour faire encore mieux. Voire pour dominer. Pour que l'élève domine le maître. C'est je crois la mentalité qui a prédominé au début de l'ère Meiji, en 1868, lorsque le Japon avait été contraint, quelques années auparavant, d'ouvrir son pays et donc son marché aux commerçants américains. Cette contrainte avait été l'oeuvre du commodore américain Matthew Perry, et sa force militaire était tout à fait convaincante face à son homologue japonaise. L'idée de l'empereur Meiji, ou son génie, fut de ne pas s'opposer à ce qui ne pouvait être vaincu, à savoir l'armée moderne américaine, mais au contraire de l'accueillir, de l'assimiler... pour un jour la dominer. Cela fut presque le cas jusqu'à Pearl Harbor, cela le fut certainement comme le prouve la victoire du "petit" Japon face au "monstre" russe en 1905 ou le succès initial de son expansionisme dans le Pacifique et notamment durant la guerre sino-japonaise (qui n'en a pas toujours pas fini de tourmenter le Japon tellement celui-ci y poussa loin l'horreur et l'abjecte...). Et que dire, du point de vue économique, de l'assimilation, toujours dictée par la même mentalité, du capitalisme à l'occidental : malgré sa taille bien modeste, malgré l'absence presque totale de toute ressource naturelle, le Japon en est devenu, depuis des années déjà, le deuxième "grand" du monde...

Alors si je puis, pour conclure, me permettre d'exprimer un conseil, ce serait celui de ne jamais oublier, lorsque l'on travaille avec des Japonais, que ceux-ci n'ont dans le fond de leur tripes que la volonté de comprendre, d'assimiler et le cas échéant de dépasser ce qui aura fait qu'ils auront accepter de collaborer avec un étranger. S'ils estiment que l'amélioration d'un produit étranger peut prendre du temps et que dans l'intervalle, leur propre production peut être mise en échec par une rivalité où ils n'ont pas l'avantage, ils seront tout à fait capables de faire miroiter une association avec les auteurs de ce produit en leur achetant fort cher les droits d'exploitation au Japon de ce produit...pour le laisser en sommeil le temps d'écouler et rentabiliser au mieux leur propre produit. Plus que toute autre considération, celle qui domine est "le Japon avant tout!". Celui qui réussit au Japon dans la durée est celui qui en a conscience, qui a pris ses précautions au niveau contractuel, et surtout qui ne s'endort pas sur ses lauriers, bien plus fragiles au Japon qu'ailleurs, et investit constamment en R & D pour toujours conserver son avantage initial...

Même si, bien évidemment, tout cela peut se passer avec le sourire, dans la courtoisie, voire même la cordialité et la sympathie...!


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21 mars 2008

On l'a échappé belle...

"2008 : 150ème anniversaire des relations franco-japonaises".

logo_frEn réalité, il conviendrait de dire : "2008 : 150ème anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises". Car en 1858, les relations commerciales avaient déjà débutées un petit peu auparavant. C'est souvent la même chose : on commence par faire la guerre (ou menacer qu'on va la faire...), puis par gagner un peu d'argent et soigner son portefeuille, et comme on voit que ça peut durer, on officialise des relations diplomatiques pour que ces relations commerciales soient fondées sur un accord politique qui en garantit la stabilité...

Car c'est en 1852 que le commodore Matthew Perry est envoyé au Japon avec pour mission de forcer le Japon et son shōgun Yoshinobu, le dernier des Tokugawa, à renoncer à sa politique d'isolement ou Sakoku qui aura duré plus de 210 ans et d'ouvrir les frontières de son pays au commerce américain. Il y accoste début 1853. Avec des atouts militaires tels que l'autorité japonaise est rapidement convaincue de devoir se plier aux exigences américaines... Et dès l'année suivante, les relations initialement tendues entre ces deux pays commencent à se normaliser, d'abord par la signature d'une première convention dite de Kanagawa, puis d'un traité, lequel débouchera sur la signature de nombreux traités plus ou moins équivalents entre le Japon et quelques pays européens, dont la France, et ce dès 1855. Et c'est donc en 1858, le 9 octobre très précisément, que sera signé le "Traité de paix, d'amitié et de commerce entre la France et le Japon", qui officialise ainsi le début des relations franco-japonaises modernes dont nous fêtons le 150ème anniversaire cette année.

Or, savez-vous que ces 150 années de relations n'ont pas vraiment débuté pour nous sous les meilleurs hospices? En effet, moins de 10 ans après la signature de ce traité, la France de Napoléon III, alors considérée comme l'une des principales puissances militaires européennes, sinon la première, est sollicitée pour envoyer au Japon une mission militaire qui officiellement devra repenser l'arsenal de Yokosuka. Et officieusement moderniser l'armée du Shōgun, qui sent celle-ci décliner par rapport à l'armée impériale qui, de son coté, a reçu le renfort des américains et des anglais... JulesBrunetC'est en 1867 qu'arrive cette mission, commandée par Jules Chanoine, dont l'adjoint est un certain Jules Brunet. Ce dernier est un remarquable militaire, polytechnicien, et à l'époque capitaine d'artillerie. Il remplit avec succès et conviction sa mission d'instructeur des troupes du Shōgun. Mais malheureusement pour lui, le Japon d'alors est en proie à de véritables bouleversements dûs à une redistribution des pouvoirs : ceux du Shōgun s'affaiblissent, tandis que se renforcent ceux de l'empereur. Et bien sûr, les grandes familles seignoriales japonaises se divisent, les unes fidèles au Shōgun, les autres favorables à l'Empereur. Et c'est sous la contrainte des partisans de celui-ci que le dernier des Tokugawa devra finalement restituer le pouvoir suprême à Mutsuhito, plus connu sous le nom d'Empereur Meiji. Mais l'avènement de cette nouvelle ère ne se fait pas, comme on le prétend souvent, de façon complètement pacifiste, et une guerre civile éclate début 1868, une guerre connue sous le nom de "guerre de Boshin".

Jules Brunet est manifestement un homme de conviction et de fidélité; il ne peut abandonner les hommes qu'il a formé. Il est d'autre part plus que possible qu'il ait été fortement influencé par le fait que l'armée impériale a choisi pour se moderniser le savoir-faire de la perfide Albion.... JulesBrunet_UpIl prend alors la décision de rester coûte que coûte du coté de ses "amis", et se retrouve de fait considéré comme déserteur, car entre-temps la France, en tant que nation, observe une position neutre dans ce conflit intérieur japonais. Normal, le Traité de paix de 1858 est toujours en vigueur. Essuyant maintes défaites, Brunet se retrouvera à Hakodate, dans l'île d'Hokkaidō, à la tête d'une poignée de quelques milliers de "résistants" toujours fidèle à l'amiral Enomoto, dernier soutien du Shōgun. C'est alors le tragicomique épisode de la création d'une "République indépendante d'Ezo".  Le_FilmMais le 30 juin 1869, cet ultime barroud d'honneur s'achève lorsque l'empereur Meiji envoie 8000 hommes d'infanterie, devant lesquels les quelque 800 survivants d'une idéologie féodale sont contraints de se rendre. Et tandis qu'Enomoto se mettra au service de l'Empereur, Jules Brunet prendra la fuite et rentrera en France, où il sera condamné puis réhabilité, et où il poursuivra sa brillante carrière militaire. Telle est l'histoire, moins connue que celle de Nathan Algren mais dont il est pourtant le véritable inspirateur, de celui que l'on appelle "Le Dernier Samouraï", incarné par Tom Cruise, dans le film d'Edward Zwick sorti en 2003...
Yes, the last samouraï is french!!

Le Japon, et en particulier l'empereur Mutsuhito, aurait pu nous en vouloir pour cet épisode malheureux, suivi d'une demande d'extradition du "déserteur" que la France refusa... Mais heureusement pour nous, notre pays, en cette seconde motié du XIXème siècle, possédait bien d'autres atouts, notamment en terme de technologie industrielle, et son savoir-faire militaire était toujours autant apprécié. Et quelques années plus tard, les échanges franco-japonais s'intensifient. Des Japonais viennent participer aux Expositions Universelles de Paris pour apprendre à maîtriser les fruits du progrès occidental, tout en permettant au grand public de découvrir une culture et une sensibilité artistique qui a déjà conquis quelques initiés, comme les impressionnistes Renoir ou Van Gogh. Ils contribuent ainsi à développer notamment à Paris ce qu'on appelle le japonisme. Pendant ce temps, un autre Français parviendra à séduire l'empereur nippon et à en être un véritable ami, Louis-Emile Bertin, lui aussi polytechnicien, ingénieur, chercheur, savant, inventeur..., à qui le Japon doit notamment sa puissance maritime et une bonne partie de ses victoires sur la Chine et sur la Russie.

Lui aussi mériterait-il peut-être qu'on lui consacre un film...!


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24 mars 2008

Hommage à Tange Kenzō

ShinjukuParktower_20070317Qui a voyagé au Japon, s'est balladé à Tōkyō, et n'a été étonné, surpris, émerveillé ou subjugué par l'audace architecturale de nombreuses constructions que l'on qualifie souvent du terme générique et global "moderne"? Avec toujours cette habitude d'y associer le mot de tradition, la modernité du Japon est sans cesse évoquée dès qu'on parle de ce pays. En raison du spectacle qui saute aux yeux du visiteur qui découvre la capitale japonaise et ses grands centres que sont Ginza, Shinjuku et autres Shibuya.

Un homme est véritablement la grande figure de l'architecture moderne Sans_titre_1japonaise. Un nom est aujourd'hui aussi mythique que celui de Le Corbusier chez nous. Un nom qu'on se doit de connaitre - à défaut de savoir en détail ce qui a fait que ce personnage est devenu une légende au Japon. Ce nom, c'est celui de Tange (prononcez Tangué...). Incontestablement LE grand monsieur de l'architecture japonaise moderne.

Tange Kenzō est né en 1913 dans la commune de Sakai, située dans la partie sud de la préfecture d'Osaka. Mais c'est en Chine qu'il passera les toutes premières années de sa vie, à Hankou puis à Shanghai dans les concessions britanniques, en raison de mutations successives de son père qui est employé de la banque Sumitomo. Il revient au Japon à l'âge de sept ans, et s'installe dans la ville d'Imabari d'où est originaire son papa, dans la préfecture d'Ehime (île de Shikoku) qui borde la Mer Intérieure ou Setonaikai. Sans_titre_2Il y effectue sa scolarité primaire et la première partie de ses études secondaires. Il intègre ensuite le Lycée d'Hiroshima, (ancien nom de l'Université d'Hiroshima actuelle). On raconte que c'est dans la bibliothèque de cet établissement que son destin se décidera, grâce à la rencontre avec un livre sur Le Corbusier. Il en sera profondément marqué, jusqu'à sa réflexion philosophico-politique qui passera du marxisme, alors en vogue dans les milieux estudiantins japonais, à l'existentialisme, qui prône la liberté, la responsabilité et la subjectivité individuelle.

En 1935, il intégre la prestigieuse Université Impériale de Tōkyō (actuellement Université de Tōkyō, en japonais Tōkyō Daigaku ou Tōdai, encore aujourd'hui considérée comme la numéro 1 toutes catégories confondues de l'enseignement supérieur japonais) où bien entendu, il choisit la branche architecture. Il quittera cette Université en 1938 au bout des quatre années du premier cycle pour intégrer la vie professionnelle, mais il y retournera en 1941 afin d'y pousuivre ses études de second et troisième cycle. Et en 1946, il achève ses études et devient professeur assistant au sein de cette même Université, en formant ce qu'on pourrait appeler le "centre de recherche Tange".
TokyoTocho_Office_BuildingEn 1951, invité par le CIAM (Congrès International d'Architecture Moderne) qui se tient cette année là à Londres, il y présente, 6 ans après le bombardement atomique qui a marqué de façon indélébile et bouleversé l'Histoire mondiale, le "Projet pour Hiroshima" dont sont issus "le Parc et le Musée pour la Paix".
Tout au long de sa carrière (dont vous pouvez voir les principales réalisations dans l'album photo qui lui est consacré), Tange a reçu les plus grandes récompenses ou distinctions nationales et internationales. Yoyogi_GymnasiumEn 1966, il est honoré par la Médaille d'Or AIA (American Institute of Architects). Andō Tadao sera le seul autre architecte japonais à le rejoindre en 2002 à ce palmarès qui a célébré les plus grands, dont Le Corbusier en 1961. Distingué en 1980 dans l'Ordre de la Culture japonais, il recoit le Prix Pritzker en 1987; en 1993, il est honoré par le "Praemium Imperiale", parfois considéré comme le Prix Nobel des Arts, et l'année suivante il est décoré de "L'Ordre des Trésors vivants". Il s'éteint en le 22 mars 2005, à l'âge de 91 ans.

Les spécialistes en architecture (que je suis bien loin d'être...) pourraient sans doute disserter sans fin sur le Kagawa_Prefecture_Gynasiumstyle, l'originalité, l'esprit, l'inventivité, la modernité, bref en un mot le génie de Tange. Bornons-nous ici à souligner ce qui saute à nos yeux d'amateurs: des constructions aux formes particulièrement originales, souvent en béton, d'abord brut, puis plus tard recouvert de parois de verre ou de pierres, FujiTVStudioOdaibamélant des lignes épurées à une rare complexité des structures ou de la conception. Pour moi, Tange est éminemment japonais, il compose en architecture ce que les nippons aiment. Il me semble retrouver dans ses réalisations l'esprit de l'art floral nippon: au delà de l'esthétisme qui se dégage d'emblée, il y a comme une simplicité du résultat masquant un savoir-faire extrêmement approfondi au niveau technique, et surtout cette chose qui est un élément essentiel de l'Ikebana, la maîtrise de l'espace. Celui qui est à l'intérieur même de l'oeuvre, comme celui dans lequel celle-ci se situe.

Je ne saurai reproduire ici la longue liste des projets conçus et dessinés par Tange, bien d'autres sites le font déjà à merveille, et je ne suis pas sûr qu'il soit important de connaitre le nom, le lieu ou la date d'une construction pour en apprécier l'architecture. Mais allez plutôt faire un tour dans l'album photo et vous  verrez quelques unes de ses réalisations parmi les plus connues. Ce sont pour l'essentiel des oeuvres que l'on trouve au Japon, dans la capitale, mais aussi dans des villes de province (une seule photo représente Singapour). Et si sa carrière et son talent l'ont conduit à travers le monde entier, la France doit aussi quelques bâtiments à Tange, dont celui qui héberge le Musée des Arts asiatiques de Nice, érigé en 1997. Tentez-donc de découvrir parmi toutes les photos laquelle nous montre une oeuvre parisienne que l'on doit au Maître japonais, située Place d'Italie dans le 13ème arrondissement...

Et pour les passionnés, retrouvez la quasi intégralité de la vie et des oeuvres de Tange sur le site officiel "Kenzo Tange Associates".


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26 mars 2008

Crimes et Châtiments

Cela remonte certes à quelques années maintenant (!), je me rappelle fort bien mon tout premier cours de Droit Pénal. Dans cet amphi de la Faculté de Paris 2, où je me suis senti un peu perdu et déconcerté. Par le nombre des étudiants de première année, plus de 2000 me semble-t-il, et par l'ambiance des cours magistraux. Un professeur, que mon voisin me dit connu, une pointure dans sa spécialité... et qui lisait, le nez dans son micro et les yeux dans ses notes, sans jamais lever la tête vers la très attentive assistance que nous formions (normal, les premiers jours, on est encore sage!)... quel ennui! Puis tout à coup, il me fit tendre l'oreille et me sentir soudain très concerné par ses propos: "le taux de la criminalité citadine est directement proportionnelle à l'importance de la population. Plus une ville est grande et peuplée, plus le nombre de crimes et délits augmente. C'est vrai dans toutes les villes du monde. Sauf dans une : Tōkyō. Et ne me demandez pas pourquoi cette ville constitue une vraie exception, avec un taux de criminalité qui n'est en rien ce qu'il devrait être dans une telle mégalopole de plus de 10 millions d'habitants: je suis comme tout le monde, j'analyse des statistiques, je consulte des rapports, j'entends des arguments et je lis des explications... Mais pour être franc, je n'en sais rien...!"

Moi je le sais (cela est prétentieux n'est-ce pas?...). Enfin, c'est comme pour le reste, je ne vous propose que mon point de vue. Mais pour le savoir, il suffit de comprendre... ce qu'est un Japonais! A savoir, en l'espèce, un être qui ne considère pas que la morale et la raison, qui notamment déterminent ce qui est bien et ce qui est mal, soient des notions forcément ringardes et dépassées (comme je l'entends souvent dire chez nous...). Un croyant, sans doute, mais que je trouve souvent plus proche de la superstition  que de la religion, du moins tel que nous l'entendons en Occident. Une personne particulièrement apte à supporter la sanction individuelle mais qui est très faible face à la sanction collective. Un citoyen fondamentalement éduqué pour être respectueux du bien d'autrui. 130Et enfin quelqu'un qui bénéficie d'un environnement favorable. Telles sont je crois les principales raisons qui expliquent que Tōkyō est la mégalopole la plus sûre du monde, qu'une jeune fille peut y marcher seule, à minuit et en mini-jupe, aussi bien à Shinjuku, réputé pour être un des quartiers "chauds" de la ville, que dans les petites ruelles sombres et désertes des quartiers résidentiels, sans (pratiquement) jamais être importunée ou agressée, ni physiquement, ni verbalement. Ou que, comme cela m'est arrivé récemment, je puisse entrer dans un kombini (ces supérettes ouvertes 24h sur 24 et que l'on trouve tous les 500m, au moins dans tous les grands quartiers du centre-ville...) à 5 heures du matin, à cause d'un décalage horaire très énervant, et que je me retrouve seul dans ce magasin avec son employé... lequel n'éprouvait strictement aucune espèce de gêne ou de crainte à étaler devant lui (et devant moi...!) le produit de sa caisse qu'il allait sans doute bientôt rendre et qu'il lui fallait compter...! Et je me rappelle fort bien avoir vu que les billets de 10.000 se comptaient par dizaines... Impensable chez nous!

Ces raisons, qui de mon point de vue sont les principales, je les détaille en conférence, permettez que je n'en dise que quelques mots ici.
Je crois tout d'abord le Japonais très réceptif à l'idée d'une morale et d'une raison transcendantes sur lesquelles reposent notamment les règles de conduite que chacun se doit d'observer. Les Japonais n'ont pas peur de dire que telle chose est bien ou tel acte est mal. Non pas pour une raison concrète ou matérialiste, mais parce qu'il en est ainsi. Et la langue japonaise recelle quantité de mots pour parler concrètement de cette notion transcendante immatérielle: o-kami (les divinités) ou otentosama (celle du soleil en particulier), qui font référence à la religion shinto; hitosama qui désigne "les gens" ou "l'opinion publique" en général; ou encore un mot intraduisible par un seul nom en français, seken. Un mot qui associe "opinion publique" à "conscience collective". Tous des mots que l'on utilise souvent dans une expression: o-kami ou hitosama ou seken ga yurusanai, c'est-à-dire "les dieux" ou "les gens" ou "l'opinion publique ne le pardonneront pas". Pour tenter de faire comprendre ce que peut être ce seken, j'ai souvent tendance à citer le dernier vers de ce magnifique poème de Victor Hugo, tiré de La légende des siècles, et qui s'intitule "La Conscience": "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn"... Il est des actes répréhensibles qui poursuivent leur auteur au-delà de la vie.
Cette morale transcendante est toutefois respectée, me semble-t-il, pour des raisons qui ressemblent plus à de la superstition qu'à une réelle conviction religieuse. HPIM6261Bien des rites dits "religieux" au Japon sont d'ailleurs accomplis moins par certitude qu'il faut les faire, mais plutôt avec le sentiment qu'il vaut sans doute mieux les faire, au cas où... Que cela soit la petite prière devant le temple qui semble souvent faite un peu machinalement, ou la bénédiction du chantier lors de la pose de la première pierre: au Japon, on peut être parfaitement athée, mais on procèdera tout de même à ce rite. Au cas où... ou alors pour ne pas se faire remarquer...
Il faut aussi savoir qu'au Japon, lorsqu'un criminel est pris et jugé, la sanction qu'il reçoit est certes individuelle; mais dans la réalité, ou dans la conception japonaise, de la vie en société, cette sanction porte en elle une dimension bien plus collective. Elle s'accompagne forcément d'un sentiment de honte, qui concerne non seulement l'auteur du méfait mais également ses proches (sa famille) ou son entourage, notamment professionnel. Pour un Japonais, la sanction est donc véritablement triple: pénale d'abord, souvent civile aussi avec les dommages et intérêts, et surtout morale. Avec quelque chose de bien plus lourd à porter qu'une inscription au casier judiciaire... Tout cela représente aussurément un frein non négligeable aux crimes et délits. Et un véritable argument de prévention.
Ajoutez à celà que le Japon étant une île, c'est donc un pays où l'on pense depuis des millénaires qu'on ne s'en échappe pas (ou du moins dont on ne pouvait s'échapper jusqu'à l'apparition de l'aviation...) et dans lequel on finit toujours par se faire prendre, voilà de quoi prévenir de façon assez efficace toute tentative criminelle qui serait un rien hésitante.
D'autant que le Japonais a donc, essentiellement de par son éducation civique lorsqu'il est collégien et lycéen, un respect assez remarquable de la propriété d'autrui, que le bien soit privé ou public. J'ai eu l'occasion d'aborder ce sujet dans un autre article intitulé "Le respect du bien public", permettez-moi de vous en conseiller la lecture... 492px_Koban0968Et d'en profiter pour faire ici ce constat que bien des touristes étrangers font lorsqu'ils se balladent dans les rues: la très faible présence des forces de police dans les rues de Tōkyō. Contrairement à bien d'autres grandes métropoles, les rondes de policiers sont choses relativement rares au Japon et souvent limitées à quelques quartiers la nuit, ceux qui sont destinés à accueillir une clientèle "adulte". Par contre, on peut apercevoir par ci par là des petits commissariats de quartiers qui semblent souvent bien plus conviviaux et accueillants que leurs homologues étrangers...   
Enfin, pour expliquer le très faible taux de criminalité à Tōkyō en particulier et plus généralement dans tout le Japon , sans doute faut-il prendre en compte l'environnement particulièrement favorable dans lequel évoluent les Japonais depuis plusieurs décennies maintenant. Deuxième puissance économique mondiale, population globalement très instruite et aisée, chômage réduit, croissance longtemps soutenue... Il est à ce titre instructif d'observer un certaine augmentation de la criminalité chez les seniors depuis quelques années et qui préoccupe de plus en plus de politiciens et autres observateurs japonais. HPIM5543Plus nombreux d'années en années, mais aussi au pouvoir d'achat et aux ressources devenues plus aléatoires à cause de la crise de ces dernières années, victimes de l'éclatement familial et de la mentalité des jeunes générations qui, rompant progressivement avec le passé, ne s'occupent plus autant qu'avant du sort de leurs ainés, les seniors qui ont recours au geste malheureux et définitif pour éliminer leur conjoint et disparaître ensuite seraient en augmentation... Ce qui est certes préoccupant, et sans doute l'un des  symptômes d'une "maladie" que connait la société japonaise, qui mais qui a contrario prouve combien la bonne santé d'une société, notamment d'un point de vue économique, peut contribuer à un faible taux de criminalité. Et quoiqu'on en dise, et même si l'on a souvent tendance à dramatiser à l'excès, le Japon est toujours l'un des pays qui s'en sort le mieux... et donc l'un des plus sûrs au monde.

Et aujourd'hui encore, où les temps sont peut-être un peu plus durs parce que bien des garanties d'hier ne sont plus que des possibilités aujourd'hui (comme celle de l'emploi à vie par exemple), je suis certain qu'on rencontre encore des gens comme celui que j'ai très brièvement rencontré il y a... une trentaine d'années déjà! J'étais à cette époque élève au Lycée Franco-Japonais de Tokyo, et j'avais pour habitude de m'y rendre en vélo. Un jour je m'aperçu que j'avais perdu mon portefeuille que j'avais (sans doute maladroitement) mis dans la poche arrière de mon jeans et d'où il avait dû tomber tandis que je pédalais. J'étais bien sûr dans l'état que vous pouvez imaginer, d'autant que ce portefeuille contenait, outre tous mes papiers, un beau billet de 5.000 yens. En réalité, le nombre importe moins que ce que ce billet représente: c'est le deuxième plus gros billet au Japon après celui de 10.000 yens. Et en le perdant, même si la valeur n'est pas la même, c'était malgré tout comme si j'avais perdu un billet de 200 euros... Surtout à cet âge-là! Quel ne fut mon soulagement quand, le lendemain soir, ma mère reçut un appel téléphonique dont voici l'extraordinaire teneur: "Bonsoir Madame, excusez moi de vous déranger si tard (il était environ 18h30...) à votre domicile privé, mais je suis moi-même salaryman (employé de bureau) et ne suis pas autorisé à passer des coups de fil privés de ma société... Voilà. J'ai aujourd'hui ramassé un portefeuille égaré par votre fils, c'est du moins ce que je conclus de l'examen (excusez-moi encore, mais je recherchais le numéro de téléphone de son propriétaire...) des papiers qui étaient dedans". Et à ma mère qui lui répondit combien j'en serais soulagé et lui demandait où devrais-je me rendre pour le récupérer, il fit cette stupéfiante réponse: "Non, ma société n'est pas loin, mais je ne puis pas non plus recevoir de visite privée pendant mes heures de travail, donc laissez moi s'il vous plait le plaisir de vous le rapporter demain soir"... ce qu'il fit, avec en plus ce geste incroyable de venir chez nous avec un petite boite de gâteau: normal, il se permettait de rendre visite à quelqu'un qu'il ne connaissait pas et à son domicile de surcroît, un petit omiage (cadeau) était de rigueur! Inutile je pense de préciser ce que vous avez deviné: dans le portefeuille qu'il me tendit, se trouvaient l'intégralité de mes papiers... ainsi que le billet de 5.000 yens!!

Voilà, c'est ça le Japon que j'aime!
C'est vraiment celui-là, "mon Japon à moi"!...


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Posté par CYoshizawa à 14:20 - Articles divers - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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