01 avril 2008
(La suite)
The Beach Boys : Kokomo
The mamas and the papas : California Dreamin
Del Shannon : Runaway
Michel Berger : Le paradis blanc
Daniel Balavoine : L'Aziza
Johnny Clegg & Savuka : Asimbonanga
Righteous Brothers : Unchained Melody (Ghost OST)
Jacques Loussier : Pulsions
Eric Clapton : Let it Grow
Vangelis : 1492 Conquest of Paradise
Images : Les Démons de Minuit
Début de soirée : Nuit de Folie
Imagination : Just an Illusion
Earth, Wind & Fire : Fantasy
Stevie Wonder : Happy Birthday
(La suite)
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"April's Sashimi"!
Pour une fois, j'affiche clairement la date de cet article: mardi 1er avril 2008!
Je ne pouvais échapper au "April's sashimi" ou Shigatsu no sashimi comme on dit là-bas, et même si elles ne sont pas réservées à cette (terrible pour certains...) journée et qu'elles alimentent la TV japonaise à longueur d'année, j'en profite pour vous proposer ici quelques extraits d'émissions de caméras cachées dont les Japonais sont friands. On sait que l'humour est une chose très particulière et souvent spécifique à une nation, ce qui réjouit tel pays ne fait pas forcément rire tel autre.
Le rire est presque omni-présent à la TV japonaise. Je ne me lancerai pas ici dans une étude psycho-sociologique de ce phénomène, mais il est certain que c'est là-bas un anti-stress particulièrement apprécié, on peut facilement comprendre pourquoi. Les chaînes regorgent donc d'émissions légères et dites de divertissement, c'est presque la garantie d'un bon taux d'écoute. Il fut même une époque où une chaine (la Fuji TV si mes souvenirs sont exacts) avait pour slogan "C'est pas de la TV si c'est pas drôle!". Ceci dit, force est de constater que, dans ce pays des extrêmes, cette quête du rire à tout prix engendre une escalade dans le comique, dont l'aspect positif est une grande créativité, mais qui aussi parfois amène à commettre des dérapages, et certains "gags" ou supposés l'être sont d'un goût particulièrement douteux, pour ne pas dire franchement immonde.
Mais assez de blabla et place aux images! Et découvrez donc celles qui amusent les Japonais, c'est aussi une bonne façon d'essayer de comprendre leur mentalité que de passer par le biais de ce qui les fait rire.
Pour commencer, un canular imaginé par un gamin de 11 ans. Des toilettes publiques sont piègées, et la mésaventure pour l'utilisateur commence exactement 10 secondes après que celui-ci a vérouillé la porte et se croit enfin seul et tranquille dans un endroit intime...
Nous sommes dans une station de ski. Un centre de relaxation a été construit pour offrir sauna et massages aux skieurs fatigués. On met 100 yens dans la machine, et le massage commence... ou devrait commencer!
Vous aurez sûrement remarqué que la nudité, si elle est censurée à la TV, n'en reste pas moins un grand sujet de rigolade au Japon. Pour le canular suivant, pas de nudité, pas d'accessoire. Mais la surprise et même la terreur n'en sont pas moins grandes pour ces piétons solitaires qui marchent tranquillement dans une petite rue déserte...
Ce sont de grands enfants, ces Japonais, un rien les amuse...
Parfois, c'est un magicien professionnel qui décide de surprendre, et pas dans un théâtre. Celui-ci, maquillé en vieillard, a manifestement plus d'un tour dans son sac pour subjuguer la foule... Patrick Sébastien devrait prendre contact, pour son "Plus grand cabaret du monde"!
La peur des autres fait toujours rire, c'est bien connu... Et les choses les plus simples sont parfois les meilleures!
Voilà, juste un petit aperçu récréatif de ce qui amuse les Japonais. Et sans doute pas qu'eux d'ailleurs, comme quoi leur humour (au moins sous cette forme-là) n'est pas inacessible aux spectateurs des autres pays!
Ah! j'allais oublier! Ce n'est pas vrai, bien sûr, le mot Shigatsu no sashimi ou "April's Sashimi" n'existe pas! Les Japonais ont tout simplement repris l'expression anglaise et parlent de "l'April Fool"!...
Comment? Vous y avez cru...à ce poisson? hi hi!!
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02 avril 2008
Proverbes, dictons et pensées
Je crois qu'il peut être intéressant de cerner la mentalité d'une nation en tentant de comprendre ses proverbes, ses dictons ou encore par les pensées qu'inspirent ses histoires courtes ou ses contes.
Permettez donc que je vous en propose quelques uns ici, parmi ceux qui sont les plus connus et que je trouve particulièrement représentatifs de la pensée japonaise.
Et pour commencer, quelques proverbes ou assimilés:
Akusen mi ni tsukazu
(le mauvais argent ne reste pas longtemps chez son acquéreur)
"Bien mal acquis ne profite jamais"
Fugen jikkō
(parler peu, mais agir)
"Plus d'actes et moins de paroles"
Hi no nai tokoro ni kemuri wa tatanu
"Il n'est point de fumée sans feu"
Hito wa mikake ni yoranu mono
(les gens ne sont pas ce qu'ils paraissent)
"Les apparences sont souvent trompeuses"
Isseki nichō
(abattre 2 oiseaux avec une pierre)
"Faire d'une pierre deux coups"
Iwanu wa iu ni masaru
"Ne pas dire est mieux que dire"
Kaeru no ko wa kaeru
(le petit d'une grenouille est une grenouille)
"Tel père, tel fils"
Ku areba raku ari
(s'il y a peine, il y a plaisir)
"Après la pluie, le beau temps"
Makeru ga kachi
(la défaite est une victoire)
"Qui perd gagne"
Mokuteki no tame niwa, shudan o erabazu
(quand il s'agit d'atteindre le but, ne pas regarder aux moyens employés)
"La fin justifie les moyens"
Nido aru koto wa sando aru
(ce qui arrive 2 fois arrive 3 fois)
"Jamais deux sans trois"
Rui o motte atsumaru
"Qui se ressemble s'assemble"
Sawaranu Kami ni tatari nashi
(les dieux qu'on ne touche pas ne causent pas de malheurs)
"Il ne faut pas réveiller le chat qui dort"
Shiru mono wa iwazu, iu mono wa shirazu
(ceux qui savent de disent pas, ceux qui disent ne savent pas)
"Plus on sait, plus on se tait"
(et celui qui beaucoup parle, souvent ignore)
Toki wa kane nari
"Le temps c'est de l'argent"
(source: LeJapon.org)
Comme vous l'aurez assurément remarqué, ces proverbes ou dictons ne sont pas spécifiquement japonais, et nous avons effectivement les mêmes chez nous pour la plupart d'entre eux. J'en soupçonne même certains de n'être que des adaptations de proverbes occidentaux. Je les ai néanmoins volontairement selectionnés parmi tout ceux qui existent (et il y en a de bien plus originaux et ardus à comprendre tant ils font appel à la culture traditionnelle), afin de montrer que ce qui est japonais peut être partagé par d'autres et qu'inversement, bien des pensées occidentales ont été totalement assimilées par les Japonais. C'est une remarque que je fais souvent à mes interlocuteurs et que je me permets ici : certes, il y a de réelles différences entre Français et Japonais. Mais au lieu de toujours parler de ce qui nous différencie, il me paraît bon de considérer aussi ce qui nous rapproche...
Sachez donc que ces quelques proverbes et dictons sont tout à fait intégrés dans la mentalité japonaise. Certains d'entre eux sont particulièrement éclairant quant à cette mentalité, notamment celui qui conseille de ne pas réveiller un chat qui dort (ne pas faire de vague, ne pas se faire remarquer, ne pas montrer son individualisme...) ou encore celui qui affirme que celui qui sait se tait et celui qui parle beaucoup le fait surtout pour cacher son ignorance. Combien de fois en effet ai-je entendu des Japonais nous considérer comme des bavards, qui au lieu de passer leur temps à débattre et à argumenter, feraient parfois mieux d'agir en silence!... Que cela soit justifié ou non importe peu en définitive, l'important est de savoir qu'ils ont cette image de nous, pour pouvoir agir en conséquence: continuer de parler pour montrer notre différence, ou se taire pour montrer sa faculté d'adaptation...
Les contes et histoires courtes japonaises sont autant, voire plus éclairantes encore sur la mentalité japonaise. Sans bien sûr les reproduire ici, je conseillerais la lecture des contes d'Akutagawa Ryūnosuke, écrivain majeur du début du 20ème siècle, et notamment "Le fil d'araignée" (Kumo no ito), conte qui ouvre le recueil "Rashômon et autres contes", édité en France par Gallimard. Il y raconte comment, un matin, le Bouddha Sakyamouni arpentait les jardins du Paradis, perdu dans ses pensées.
Quand il aperçu, entre les lotus et à travers l'eau cristalline de l'étang, les damnés qui se morfondaient dans les profondeurs de l'Enfer. Parmi eux, un homme qu'il reconnait. Un bandit, un criminel, mais qui avait dans sa vie fait une bonne action. Alors qu'il se trouvait dans la forêt, il avait épargné la vie d'une araignée qu'il s'apprétait à écraser de son talon. Pris de compassion pour ce geste, le Bouddha Sakyamouni décida de lui offrir une ultime chance de pardon, et attrapant le fil d'une araignée, il le fit glisser délicatement jusqu'aux Enfers. Levant les yeux et apercevant ce fil venant à sa rencontre, l'homme comprit que son salut était peut-être là et, se saisissant du fil, il commença son ascension vers le Paradis. Quand soudain il s'aperçut qu'il n'était pas seul à s'aggriper à ce fil fragile et que tous les damnés tentaient eux aussi de s'échapper. Affolé, il leur cria que ce fil était le sien, que seul lui avait le droit d'y monter. A ce moment précis, le fil, qui jusque là avait miraculeusement supporté le poids de tous, se cassa et tous retombèrent dans les profondeurs de l'Enfer. Attristé par cette attitude et consterné par tant d'égoïsme, le Bouddha Sakyamouni reprit sa ballade dans les jardins du Paradis et replongea dans ses pensées...
Les Japonais, tels que je les vois et les comprends, cultivent un vrai paradoxe: ils sont en même temps convaincus que les règles de morale ou celles édictées par la vie en société sont excellentes, et qu'il est non seulement vital mais également bon pour le salut et le bonheur de chacun de les observer du mieux possible. Ils transmettent souvent le sentiment (plus qu'ils ne le disent explicitement) qu'elles constituent en quelque sorte la fierté d'être japonais. Mais dans le même temps, ils semblent souvent en éprouver comme une certaine oppression, une entrave à une certaine liberté. Peut-être celle de s'égarer, ou comme on dirait en France, celle de péter un plomb... Mais comme ils ne s'y opposent généralement pas, ils préfèrent se les répéter comme pour mieux s'en convaincre et s'en satisfaire. Et c'est pourquoi, je crois, que leur discours ou leur conversation est souvent parsemée, ou parfois se termine par un dicton, un proverbe, ou une pensée philosophique. Comme si, pour se convaincre soit même, il leur fallait le secours d'une phrase dont la signification et la valeur les transcendent, parce qu'elle est l'héritage de la sagesse des générations précédentes, et qu'elle a une portée universelle qui s'applique à tous. Et un conte comme "Le fil d'araignée" est je crois autant poétique que nécessaire à l'équilibre d'un Japonais.
Fortement influencée par le Bouddhisme, la mentalité japonaise peut être également approchée par le biais des kōan, petites phrases en apparence absurdes ou questions manifestement sans réponse, que certaines sectes bouddhistes considèrent comme nécessaires à la méditation et à l'éveil. Issue de cette pensée, je voudrais pour conclure ce court article (mais qui je pense peut permettre une longue réflexion...) par cette petite histoire. Deux hommes s'entretiennent. L'un d'eux sort tout juste d'un monastère où il a effectué une retraite.
"Alors, qu'as-tu appris au cours de cet enseignement?" questionne l'autre.
- J'y suis entré je n'avais rien, j'en sors, je n'ai toujours rien.
- mais alors, si tu n'as rien en sortant, c'est donc que ça ne t'a servi à rien!
- ça m'a servi à réaliser que je n'avais rien ni en entrant, ni en sortant..."
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08 avril 2008
Senpai - Kōhai
On a en France une idée assez précise des relations qui régissent les rapports humains au Japon: on sait que c'est une société très hiérarchisée. Du moins croit-on le savoir. Parce que dès que l'on gratte un peu, je me suis souvent aperçu que beaucoup de Français imaginent la société japonaise en se basant sur les rapports hiérarchiques tels qu'on peut parfois en connaître en France, avec l'image du chef autoritaire, du sous-chef aigri et de l'employé exploité. Le tout, parce que c'est le Japon, est multiplié par dix. Ajoutez à cela la caricature de la langue, souvent présentée et décrite comme une sorte d'aboiements autoritaires et nerveux. On en remet une couche avec "Stupeur et tremblements" d'Amélie Nothomb qui constitue le témoignage objectif, la preuve irréfutable et la référence absolue. Et l'on en arrive au cliché habituel du Japonais hyper discipliné, ne râlant jamais ouvertement, saluant sans cesse ses supérieurs, brimé par ses chefs qui passent leur temps à lui aboyer dessus, stressé par son travail, opprimé par une société qui ne tient jamais compte de l'individu mais ne pense qu'en terme de collectif. Outre le fait que je considère les Japonais au moins autant individualistes que les Français (mais je reviendrai sur cette affirmation dans un prochain article), je crois que la hiérarchie à la japonaise n'a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons en France ni, surtout, à celle que beaucoup imaginent.
Parallèlement à cela, il est dans toute société une élément particulièrement important qui assure la continuité et peut-être la survie même de cette société, je veux parler de la transmission du savoir. Or là encore, les modalités de la transmission du savoir entre les générations en France et au Japon ont certes des points communs, mais aussi de grandes différences qu'il est bon de connaître.
Et si je n'aborderai pas ici l'intégralité de la strucuture hiérarchique japonaise, ces deux considérations me conduisent à vous présenter dans cet article... comment dirais-je? une personne? un concept?... je veux parler de celui (ou celle) que l'on appelle en japonais senpai. Une notion qui bien sûr existe en France, puisqu'on parle de "l'aîné", par opposition au "cadet", mais qui au Japon représente une entité fondamentale, aussi bien pour ce qui est de la transmission du savoir que dans les rapports hiérarchiques qui caractérisent la société japonaise dans son ensemble, et particulièrement le monde de l'entreprise.
Le terme senpai répond en fait à une double définition. Il désigne d'une part, dans le cadre scolaire ou dans la vie professionnelle, tous ceux qui se sont inscrits ou ont été embauché au moins un an avant celui qui s'exprime, et ce quelque soit son année de naissance. Ainsi, en théorie, le senpai pourrait être plus jeune, puisque l'on ne considère que la date d'entrée dans un collectif donné (école primaire, collège, lycée, université ou entreprise). Or ceci n'est pratiquement jamais le cas, étant donné que l'âge est le plus souvent le premier critère retenu pour l'inscription dans les écoles. On entre en première année de ce qui correspond à l'école primaire (ou shōgakkō) à 6 ans, on entre ensuite dans la chugakkō (équivalent du collège) à 12 ans et enfin dans la Kōtōgakkō (équivalent du lycée) à 15 ans pour achever sa scolarité à 17 ou 18 ans, suivant la date de naissance, et dans la foulée poursuivre ses études dans l'enseignement supérieur. Celui-ci dure en général 4 ans, et donc la première embauche se fait à 22 ans. Et ceci est tellement respecté qu'on peut déduire, sans pratiquement aucune crainte d'erreur, l'âge d'un enfant en fonction de sa classe et inversement. Il est ainsi fréquent de ne pas demander son âge à un jeune mais juste lui demander en quelle classe il est.
D'autre part, le senpai ne désigne que celui qui s'est inscrit dans le même établissement scolaire ou universitaire, ou celui qui a débuté sa carrière professionnelle dans la même entreprise.
On a pris l'habitude de traduire senpai par "l'ainé" et son contraire kōhai par "le cadet".
Or si cela n'est sans doute pas totalement faux, je voudrais néanmoins apporter ici une précision. Le caractère qui sert à écrire sen signifie "avant", et celui qu'on utilise pour le kō de kōhai un idéogramme qui veut dire "après". Ainsi, l'important n'est ni l'âge, ni le statut ou la réussite sociale ou professionnelle. Seul importe le fait que le senpai à suivi un chemin analogue au kōhai, mais qu'il l'a fait avant lui. Et à ce titre, il est détenteur d'une expérience et d'un savoir que le kōhai ne peut par définition pas avoir. La relation senpai-kōhai que l'on présente souvent comme verticale, avec le premier qui serait au-dessus du second, est donc en fait caractérisée par l'antériorité et la postériorité d'un être par rapport à un autre. Il n'est donc pas question, à la base, de supériorité et d'infériorité, même si ces notions en sont souvent la conséquence naturelle. Cela par contre n'empêche pas le respect, bien au contraire. Et si cette relation marche si bien au Japon et qu'elle n'est à ma connaissance jamais remise en question, c'est bien parce que ce respect se manifeste dans les deux sens. Le cadet respecte l'ainé en l'écoutant, et l'ainé respecte le cadet en lui transmettant son savoir et en lui permettant d'accumuler de l'expérience.
Si elle existe à moindre niveau dans les premières étapes de la vie scolaire, la relation senpai-kōhai commence à se faire ressentir au niveau du lycée et devient essentielle à l'université, car non seulement elle influence les relations entre les étudiants durant leur scolarité, mais de plus elle conditionne la vie future en société et en entreprise. Car bien souvent, un Japonais retrouvera dans sa vie professionnelle en tel collègue, tel client ou tel partenaire, un être sorti de la même université ou de la même école. Et cela pourra parfois avoir une influence déterminante. J'ai le sentiment qu'en France, seules les Grandes Ecoles ou les Ecoles dites Supérieures, notamment de commerce, sont vraiment sensibles à ce type de relations entre étudiants qui les ont fréquentées ainsi que des réseaux que cela peut leur permettre de constituer. Ainsi, par exemple, elles publient des annuaires d'anciens élèves, permettant à toutes les nouvelles promotions de connaitre celles qui les ont précédées et de savoir ce que sont devenus leurs ainés, quels métiers ils exercent, quelles fonctions au sein de quelles entreprises ils occupent. Avec bien entendu, la possibilité de profiter de ce même parcours éducatif pour nouer une relation privilégiée. Par contre, il me semble que les Universités françaises n'offrent pas vraiment cette possibilité, du moins pas autant que ces Grandes Ecoles, et surtout bien moins que les universités japonaises. Etre issu de la Sorbonne ou de Jussieu n'est définitivement pas comparable à être diplômé de Tōdai ou de Waseda (deux des universités majeures du Japon).
C'est ainsi que tout naturellement la relation senpai-kōhai se retrouve dans le monde du travail. Il est même de notoriété publique que telle ou telle société recrute principalement ses nouveaux éléments dans telle ou telle université. Exactement de la même façon qu'en France, on connait grosso modo le destin professionnel, par exemple, des énarques. Mais au Japon, cela dépasse largement le cadre de la fonction publique et de l'Administration, et même les entreprises privées procède de façon quasi identique. Il ne s'agit pas uniquement de copinage, mais l'on sait que telle ou telle université dispense tel ou tel enseignement et développe telle ou telle qualité chez ses étudiants qui correspond aux besoins de l'entreprise.
Lorsque des nouvelles recrues sont embauchées, les senpai, c'est-à-dire non pas ceux qui ont auparavant fréquentés les mêmes écoles, mais cette fois tous les employés qui sont déjà en place et dans des fonctions à peu près analogues, ont un rôle important à jouer. Les chefs directs donnent des ordres, des missions à remplir. Les senpai, qui sont des collègues, eux-mêmes sous les ordres de ces chefs, mais avec l'avantage d'avoir une certaine expérience, ont le devoir de conseiller leurs "cadets" et de les renseigner, sur les méthodes à mettre en application pour mener à bien ces missions, mais aussi plus globalement sur ce qu'on appelle la culture d'entreprise, c'est-à-dire les grandes règles, le plus souvent non écrites et non formalisées mais néanmoins essentielles, qui font la "personnalité" de la société considérée. On peut à ce titre les considérer comme de véritables tuteurs.
C'est ainsi que l'entreprise devient elle-même une entité dont on peut par la suite se réclamer. Et de même qu'il dira "oui, je connais cette personne, c'est un de mes senpai de Waseda", un Japonais pourra parler d'une personne en disant "oui, je connais cette personne, c'est un de mes senpai du tant où je travaillais pour la banque Mizuho". Et c'est notamment ainsi qu'au Japon, les liens se créent et que progressivement les réseaux se forment.
Enfin, cette relation senpai-kōhai est particulièrement sensible dans un monde dans lequel elle s'exprime pleinement et qui est celui du sport. On pense d'emblée aux arts martiaux, mais on peut l'étendre à tous les sports. Au Japon, l'apprentissage d'un sport se fait bien moins au quotidien par le professeur que par les senpai. Contrairement à ce qui est écrit ça et là, le senpai n'est pas du tout qu'un simple relais entre le professeur et l'élève. Il est celui qui prend en charge l'essentiel de l'instruction, et je dirais même l'éducation de ses cadets, le professeur n'intervenant qu'en de rares occasions. J'ai personnellement pratiqué du judo pendant de longues années. Au Japon, un cours de judo se passe le plus souvent sans que le professeur n'intervienne. On le salue au début et à la fin de l'entraînement. Mais pendant la durée de celui-ci, il va s'asseoir dans un coin et surveille ce qui se passe. Ou même il s'absente. Il n'intervient parfois que pour inciter l'élève à mieux réfléchir pourquoi son geste ne marche pas, pour le gronder de son manque d'effort (alors même que vous, vous êtes mort, au bout du rouleau!) ...et parfois lui donner un conseil. Mais l'essentiel de l'enseignement (la technique, la tactique, l'état d'esprit...) sera dispensé par le senpai. Qui pourra parfois, pour asseoir son autorité ou forger le caractère du cadet et l'entrainer au mal, à l'effort, au courage, et développer sa capacité à endurer les situations difficiles tant physiquement que moralement, avoir recours aux brimades ou au bizutage. Ce qui est souvent mal interprété par les étrangers. Ainsi formé, le cadet, s'il dispose en plus des facultés intrinsèques et le talent nécessaires, pourra supplanter son ainé en terme de résultat en compétition. Et c'est pourquoi on arrive au Japon à une situation qui nous est guère habituelle chez nous: un jeune judoka, qui vient d'obtenir le titre de champion du monde, se voit contraint de porter les sacs de ses ainés, qui eux n'ont pas dépassé le stade de la finale régionale...! Parce que, encore une fois, les résultats sportifs les plus fantastiques ne modifient en rien le fait que le senpai est le prédécesseur ou l'ainé. Et que, ces succès en compétition ne faisant que prouver que son enseignement était bon, on ne peut que le respecter plus encore!
J'évoquerai pour terminer cet article une anecdote personnelle qui m'a beaucoup étonné. En effet, il est très courant, et je crois assez juste, de considérer que les originalités qui caractérisent vraiment les Japonais ne s'appliquent pas aux étrangers. Autrement dit, au Japon, un étranger restera fondamentalement un étranger, quoi qu'il fasse, quelle que soit la durée de son séjour et quelle que réussie soit son intégration. Je crois que tous les étrangers ayant vécus au Japon témoigneront en ce sens: à la base, un étranger demeure un étranger, et cette considération prime sur toute les autres. Eh bien, je dirai que si cela est vrai dans la plupart des cas, cette relation senpai-kôhai est peut-être une des très rares exceptions qui puisse échapper à cette règle quasi absolue.
J'ai en effet, dans ma jeunesse, eu l'occasion d'accompagner pendant environ un mois un judoka extraordinaire: Fujii Shōzō, qui fut champion du monde de sa catégorie (à cette époque appelée "poids moyen") pendant 10 ans! On ne compte même plus ses titres nationaux... Cet immense champion avait accepté d'animer un stage en France, et pour des raisons qui n'intéressent personne et donc dans lesquelles je n'entrerai pas, je me suis retrouvé à l'assister pendant tout son séjour. Or un jour, il exprima le souhait de profiter de ce séjour en Europe pour se rendre en Suisse et y retrouver un ami à lui. Cette rencontre put être organisée, et nous voici partis pour Neufchâtel. La suite est non seulement comique mais éminemment instructive.
Cet ami en question n'était pas un Japonais, mais un Suisse du nom de K... qui avait dans sa jeunesse pratiqué le judo et fréquenté la prestigieuse université de Tenri... la même université, située dans la région du Kansai, que ce Fujii avait également intégré mais avec trois années de retard. K... était l'un des très rares étrangers à y avoir suivi l'intégralité des quatre années du cycle standard. Et il y avait été complètement adopté. Parce qu'il avait appris la langue et qu'il la parlait comme un Japonais. Et surtout parce qu'il avait totalement intégré l'esprit et la culture de cette université en particulier et du Japon en général. Et quand j'arrivais enfin chez lui après bien des heures de route, je découvris un spectacle qui me fit me plier de rire... intérieurement bien sûr, vous comprendrez que je ne pouvais, par politesse et respect, extérioriser ce qui me mettait de si bonne humeur: je vis un Suisse, donc un occidental, s'exprimer en japonais, mais avec cet accent si caractéristique qu'est le Kansai-ben (imaginez, pour bien comprendre, un Japonais parlant le français...avec l'accent de Marseille!). Et deuxième surprise, bien que près de deux décennies s'étaient écoulées depuis leur dernière rencontre, je les vis tous deux reprendre la relation senpai-kōhai qui avait été la leur 20 ans plus tôt (K... étant donc de trois ans le senpai de Fujii) et engager une conversation des plus surprenantes, dont je vous restitue ici, sinon le contenu exact, au moins l'ambiance générale : "Alors, Fujii, t'as bien bien réussi dans le judo, toi hein? sacré farceur va!" disait K... avec cet accent inimittable et une attitude rappelant celle d'un grand frère. Et l'immense champion qu'était le Maître Fujii, respecté par tous dans le monde et idôlatré au Japon, de répondre, confus, presque rougissant, en se faisant soudain tout modeste : "oui senpai, merci beaucoup senpai!"...
Pour ce Japonais-là, "vrai" Japonais dans l'âme, cet étranger-là, bien avant d'être un "étranger", était tout d'abord un senpai...
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10 avril 2008
Jacques a dit...
J'aimerais dans cet article proposer quelques éléments de réflexion à ceux qui entretiennent des relations professionnelles avec le Japon, notamment quant à la façon de séduire ses partenaires nippons. Et je crois qu'il y a, dans cet objectif, beaucoup à apprendre de la part de l'un des Français qui a très certainement le plus contribuer aux relations franco-japonaises ces denières années. Qu'on aime le personnage ou non, que l'on soit de même bord politique ou non, que l'on approuve ce que fut son action politique n'a rien à voir ici.
Mais pour ma part, je souhaiterais saluer l'incontestable "japonophile" qu'est Monsieur Jacques Chirac et lui rendre hommage à travers des extraits de quelques discours qu'il a prononçés ou des interviews auxquelles il a répondu à travers le monde durant sa carrière politique. Quels que soient les lieux ou les thèmes de ces discours, Jacques Chirac a très souvent fait allusion au Japon, pays dans lequel on dit qu'il s'est rendu plus de 40 fois... Je crois qu'il est dans l'intérêt de beaucoup de les connaître, c'est sans doute pour certains la possibibilité d'y puiser une justification et un soutien à leurs actions vers le Japon, ce peut être pour d'autres la découverte d'arguments pour y tenter une aventure professionnelle... C'est quoi qu'il en soit une façon de mieux connaître ce pays et un moyen de mieux comprendre ce qui l'unit au nôtre. Car de son côté, le Japon est très conscient de l'intérêt que nous lui portons, comme en témoigne M. Kōno Yōhei, Ministre japonais des Affaires Etrangères, dans son discours sur la politique européenne du Japon du 13 janvier 2000: "Nombreux sont les français qui, à l'instar de M. le Président de la République Jacques Chirac sont de fervents nippophiles, très au fait de la culture japonaise."
Discours de M. Jacques CHIRAC Président de la République à SINGAPOUR
"Cette Asie est en marche vers son nouvel équilibre. Aux côtés du Japon, qui a vocation à occuper un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité..."
(Singapour, le 29 février 1996)
Interview accordée par M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à la NHK
"Le Japon est le premier partenaire de la France en Asie. L'Asie est une région dont le développement économique est actuellement spectaculaire et je souhaite naturellement que la France puisse profiter, bénéficier de ce développement en Asie."
(Paris, le 14 novembre 1996)
DISCOURS PRONONCE PAR M. JACQUES CHIRAC, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, A L'OCCASION DE LA XIXe CONFERENCE DES CHEFS D'ETAT DE FRANCE ET D'AFRIQUE
"La France aime et connaît l'Afrique. Fraternellement attentive aux évolutions de vos pays, elle s'est faite partout votre avocat. Deuxième donneur d'aide publique dans le monde, après le Japon,..."
(Ouagadougou, le 5 décembre 1996)
DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE - LA PRÉSIDENCE FRANCAISE DU SOMMET D'ÉVIAN
"La mondialisation appelle le dialogue. C'est pourquoi j'ai souhaité, prolongeant les initiatives déjà engagées par le Japon, l'Italie et le Canada, réunir à Evian le 1er juin des responsables de pays émergents et de pays pauvres, afin que nous évoquions ensemble, et très librement, les grands enjeux du monde contemporain."
(Paris, le 21 mai 2003)
Allocution de clôture de monsieur Jacques CHIRAC, Président de la République, au congrès mondial des jeunes agriculteurs
"...l'Union européenne n'a de leçons à recevoir de personne. Elle est aujourd'hui leur premier client pour les produits agricoles. Elle absorbe 85% des exportations agricoles africaines et près de 50% des exportations agricoles sud-américaines. Au total, l'Union européenne importe plus des pays en développement que les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon réunis."
(Paris, le 16 juin 2003)
DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A L’OUVERTURE DE LA 58ème SESSION DE L’ASSEMBLÉE GENÉRALE DES NATIONS UNIES
"La responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité est dévolue au Conseil de sécurité. Il est donc essentiel à sa légitimité que sa composition reflète l’état du monde. L’élargissement s’impose. A de nouveaux membres permanents, car la présence de grands pays est nécessaire. La France pense naturellement à l’Allemagne et au Japon..."
(New York, 23 septembre 2003)
DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, POUR L'ACCUEIL DU PROJET ITER :
"ITER, c'est aussi le fruit d'une collaboration entre l'Union européenne, la Chine, la Russie, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Nous nous sommes mis d'accord pour participer à l'un des plus grands programmes scientifiques de tous les temps et ceci dans un but pacifique. Et nous l'avons fait en France.
Je tiens tout particulièrement à remercier le Japon, qui vient de faire preuve d'un remarquable sens et esprit de responsabilité et de consensus. J'ai d'ailleurs immédiatement écrit au Premier ministre japonais, M. KOIZUMI, pour le remercier."
(Cadarache, le 30 juin 2005)
Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l’occasion de l’ouverture de la XIIIème Conférence des Ambassadeurs
"Pour relever les nouveaux défis de la sécurité collective, pour garantir la paix, le monde a besoin d’un Conseil de sécurité fort, reflétant mieux les réalités et les équilibres d’aujourd’hui. Il est temps de réaliser l’élargissement, trop longtemps différé, de cette enceinte essentielle. La proposition présentée par l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon répond aux exigences d’efficacité et de représentativité des différentes régions..."
(Paris, le 29 août 2005)
Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à Reims
"Dans ce monde où s’ouvre le champ des possibles, nulle situation ne peut être considérée comme acquise. La recherche et l’innovation ne sont plus l’apanage des pays les plus avancés : elles se mondialisent à leur tour. Les pays émergents ne se contentent plus de fabriquer des produits conçus par d’autres. Ils innovent désormais, y compris dans les domaines de haute technologie. Ils se lancent dans des productions à forte valeur ajoutée. La Chine a multiplié par deux son effort de recherche en cinq ans. Elle compte déjà aujourd’hui plus d’ingénieurs que l’Europe tout entière. L’Inde, le Brésil mettent aussi les bouchées doubles.
Face à cette concurrence nouvelle, aucun grand pays ne reste inactif. Les Etats-Unis mobilisent leurs scientifiques pour exploiter toutes les potentialités des nouvelles technologies. Le Japon a engagé un effort d’investissement massif dans la recherche et l’innovation : il commence aujourd’hui à "relocaliser" son industrie."
(Reims, le 30 août 2005)
De mon point de vue, il est possible de tirer trois enseignements principaux de ces quelques extraits et que je résumerais ainsi:
-pour séduire le Japon, ses habitants comme ses hommes politiques, Jacques Chirac a tout d'abord appris à connaitre ce pays et à continuellement réactualiser ses connaissances, et ce en s'y rendant en personne. On a évoqué d'autres raisons plus inavouables, je ne tiens pas à entrer ici dans de telles polémiques. Mais à mon avis, beaucoup d'hommes d'affaires ou d'entrepreneurs français rêvent du marché japonais et des opportunités commerciales qu'il représente sans toutefois faire le nécessaire pour connaitre ce qui en constitue les fondamentaux. Notamment en évoquant des raisons de coûts ou de temps pour ne pas s'y rendre. Je crois qu'il s'agit là d'une profonde erreur d'appréciation et de jugement.
- deuxième point, le Président Chirac, où qu'il se soit trouvé et quel qu'aient été les thèmes de ses discours ou la nationalité de ses interlocuteurs, n'a pas souvent manqué l'occasion de citer le Japon, même si celui-ci n'était pas directement concerné par ses allocutions. C'est une très habile façon de montrer l'amitié qu'il porte à ce pays, et les Japonais n'auront pu qu'être favorablement surpris à chaque fois qu'ils découvraient que le Président français faisait référence à eux.
- enfin troisième point, Jacques Chirac a toujours sû séduire les hommes politiques japonais, non pas en leur offrant quelque chose que lui jugeait intéressant de leur proposer, mais en leur montrant qu'il leur apportait son soutien pour ce qui constitue depuis des dizaines d'années leur rêve à eux: siéger de façon permanente au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Un soutien qu'il aura exprimé à de très nombreuses reprises. Je sais les Japonais, qu'on dit fiers de leur nationalité et parfois assez dédaigneux de ce qui n'est pas issu de leur pays, particulièrement sensibles au regard que leur porte l'étranger et très demandeurs en terme de reconnaissance internationale. A mon avis, les hommes d'affaires français devraient eux aussi, à leurs niveaux respectifs, s'interroger sur leurs capacités à contribuer à la réalisation ou à la concrétisation des aspirations profondes de leurs partenaires japonais. Et je reste persuadé que les possibilités sont nombreuses, quels que soient le secteur d'activité ou la nature des relations professionnelles, d'apporter un "plus" dans ces relations en suggérant qu'elles peuvent être de nature à satisfaire les rêves de ces partenaires nippons. Des rêves qui ne sont pas directement exprimés dans le cadre de ces relations (qui sont le plus souvent purement commerciales), mais que celles-ci peuvent, au passage, aider à concrétiser. Cela peut être un intérêt personnel de l'interlocuteur, dont le rêve non avoué est tout simplement de visiter la France aux frais de sa société, ou alors une amélioration de l'image de l'entreprise qui veut prétendre à une dimension internationale, ou encore la suggestion d'un objectif plus important que celui auquel la relation initiale peut conduire... Cela peut être une foule de choses, mais pour les déterminer avec précision, il faut les connaitre. Et pour les connaitre, il faut aller au Japon, rencontrer ses partenaires dans leur élément, dans leur environnement, et les observer, les écouter et les "sentir" soi-même. Et comprendre, avant même que de leur proposer quelque chose (un produit ou un service), quelles sont les attentes et les demandes des Japonais. J'ai souvent eu l'occasion de soumettre une idée simple à la réflexion d'industriels français qui s'étonnaient que leur production ou leur savoir-faire, pourtant réputés excellents au niveau mondial, n'obtenaient pas dans ce pays des résultats commerciaux au niveau de leurs espérances : se vend vraiment bien au Japon, non pas ce qu'il y a de meilleur, mais ce dont les consommateurs japonais ont besoin. Tout en sachant que ce dont ils ont le plus besoin est le plus souvent ce qu'il y a de meilleur...
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11 avril 2008
La France redécouvre le Japon
"La France redécouvre le Japon.
En apparence, le moment n'est pas le plus opportun pour la visite au Japon du premier ministre, François Fillon - la première en dix ans d'un chef de gouvernement français. Son homologue Yasuo Fukuda est paralysé, sa popularité au plus bas et le moral des entrepreneurs décline. La morosité de la situation de la seconde puissance économique du monde a été récemment épinglée par The Economist avec un titre, "Japain", stigmatisant un "Japon qui ne s'en sort pas". Au-delà de la conjoncture difficile de l'Archipel, la visite que M. Fillon devait commencer jeudi 10 avril peut être le signe que le charme des visites d'hommes politiques à Pékin s'épuise et qu'il convient de se réintéresser à des "valeurs sûres" : le Japon ou la Corée du Sud (9e économie du monde).
Certes, ce sont là des économies arrivées à maturité avec lesquelles on ne peut guère espérer des contrats à la volée. Les échanges s'inscrivent dans la durée. Mais ce sont aussi des économies stables, innovantes et disposant d'un pouvoir d'achat élevé. L'économie du Japon "pèse" à elle seule plus que celles de la Chine et de l'Inde réunies. Il finance une bonne partie du déficit américain et il dispose encore des deuxièmes réserves de change du monde. La célébration, cette année, du 150e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la France et le Japon, la présidence de l'Union européenne par la première et celle du G8 en juillet en Hokkaido par le second, favorisent un renforcement des liens entre les deux pays.
La marque d'intérêt que manifeste Paris par cette visite est d'autant plus appréciée à Tokyo que les Japonais étaient marris de la préférence de la France pour la Chine depuis la fin du mandat de Jacques Chirac, l'homme d'Etat français qui a le plus d'affinités avec l'Archipel.
Prêchant pour leur paroisse, les Japonais ne manqueront pas de souligner auprès de leurs interlocuteurs français les incertitudes qui pèsent sur l'expansion de leur grand voisin : l'intoxication de trois mille Japonais par des raviolis fabriqués en Chine a fait des ravages dans l'opinion, et, en mars, les importations de produits alimentaires en provenance du continent ont chuté de 28 %. Il n'y a pas que les consommateurs à être échaudés : selon une enquête de l'hebdomadaire économique Toyo Keizai, les entrepreneurs nippons implantés en Chine s'inquiètent de la qualité des produits et de l'augmentation des coûts de production. C'est le cas aussi d'entrepreneurs sud-coréens, taïwanais ou hongkongais.
Ces réserves sur la Chine, au moment où l'on peut s'interroger, à quatre mois de l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, sur sa conception du respect des droits de l'homme, justifient-elles ce regain d'intérêt de Paris pour un Japon qui paraît, lui, carrément en panne et auquel les tenants du néolibéralisme n'épargnent pas leurs doctes leçons comme à un enfant en crise de croissance ?
Outre que le Japon rapporte plus à la France que la Chine et qu'il s'inscrit dans une perspective de stabilité à bien plus long terme - quels que soient ses problèmes : endettement public faramineux, vieillissement rapide -, ce pays, qui a toujours une machine productive très performante, est appelé longtemps encore à indiquer le cap technologique dans la région. Il est aussi en mutation. L'impasse politique actuelle contribue paradoxalement à clarifier les enjeux : quel modèle socio-économique les Japonais souhaitent-ils ?
Un remède miracle.
La coexistence à la Diète de deux majorités - celle du parti gouvernemental, libéral-démocrate (PLD), à la Chambre basse, et celle de l'opposition (PDJ) à la Chambre haute - indique qu'entre 2005, avec le raz de marée du PLD à l'Assemblée nationale, et juillet 2007, avec la victoire du PDJ au Sénat, les électeurs japonais ont " changé leur fusil d'épaule". En 2005, lors de la vague populiste en faveur du premier ministre Junichiro Koizumi, adulé des milieux d'affaires, les électeurs pensaient qu'un petit gouvernement et les "réformes" brandies comme un remède miracle résoudraient leurs problèmes. Deux ans plus tard, ils n'ont plus les mêmes espoirs : les disparités sociales se sont accrues et le niveau de vie de beaucoup, comme le fonctionnement des services publics, s'est détérioré. Un sondage réalisé en décembre par deux politologues indique que l'appréciation des Japonais sur l'état de leur société est négative et que 70 % d'entre eux sont inquiets pour leur avenir personnel.
Que souhaitent-ils ? Selon le même sondage, pour les deux tiers, un modèle social de type scandinave avec un système de protection sociale publique, et, dans une moindre proportion, le retour à la société de type traditionnelle valorisant le travail. Moins de 7 % sont en faveur d'un modèle social à l'américaine mettant l'accent sur la compétition et l'efficacité. Les Japonais paraissent favorables à un capitalisme caractérisé par son efficacité, mais aussi une contribution positive à des objectifs sociaux. Ce sondage, certes indicatif, est révélateur du clivage qui se dessine. Mais celui-ci est encore loin d'être fonction des appartenances partisanes : ni le PLD ni le PDJ ne présentent une vision unifiée en matière de politique socio-économique. Il suppose donc un réalignement des forces politiques. Le premier ministre Fukuda a compris la demande de l'opinion et il a choisi de recentrer les questions internes. Mais il est contré par une opposition qui s'arroge la "priorité aux conditions de vie" et entend bien faire "dérailler" le gouvernement, et il est paralysé par les luttes internes au sein de son propre parti.
La transition politique qui se dessine ne se réduit pas à une simple alternance au pouvoir ou à la traditionnelle bataille entre réformistes et "vieille garde". La question qui se pose au Japon revient à inventer, avec un héritage historique et socioculturel différent de celui de l'Occident, un fonctionnement du capitalisme adapté à la mondialisation à la fois par son efficience et par une contribution positive à la protection sociale. Une quête commune à d'autres pays de la région que pointe Daniel Bell dans Beyond Liberal Democracy, Political Thinking for East Asian Context (Princeton University Press, 2006). Au Japon, la partie est loin d'être gagnée, mais elle paraît engagée. Et le regain d'intérêt de Paris pour l'Archipel est d'autant plus souhaitable que la crise du capitalisme américain incite les milieux politiques à s'interroger sur un renforcement des mécanismes de gouvernance mondiale." (10 avril 2008).
Ce texte est de M. Philippe Pons, correspondant du journal Le Monde au Japon.
L'un des Français, avec me semble-t-il M. Jean-Marie Bouissou, qui connaissent le mieux ce pays. Oh bien sûr, il y en a sûrement d'autres qui m'excuseront de ne pas tous les citer ici, mais je prends la liberté de vous recommander tout particulièrement les ouvrages de ces deux messieurs. Et notamment "Le Japon des Japonais", écrit par M. Pons en collaboration avec M. Pierre-François Souyri, Directeur de la Maison Franco-Japonaise à Tōkyō, publié aux éditions Liana Levi, à mon avis le meilleur guide pour une initiation sur le Japon, ses habitants et leur mentalité.
Et si je reprends ici cet article publié sur internet le 10 avril 2008, c'est parce qu'il me paraît particulièrement instructif, en intégrant à ses informations d'actualité pure (le voyage du Premier Ministre M. Fillon au Japon du 10 au 12 avril 2008, l'état général actuel du Japon d'un point de vue politique, économique et social...), quelques notions fondamentales qui devraient inciter les entrepreneurs français à la réflexion. Avec en particulier cette idée qui m'est chère et que je développe très souvent lors de mes interventions en tant que formateur ou conférencier, et qui est qu'à la différence des pays émergeants vers lesquels tout le monde se tourne actuellement, parfois avec raison, souvent par mode, le Japon est par excellence le partenaire économique, financier et surtout commercial vers lequel il conviendrait de s'intéresser en priorité. Car ainsi que le souligne M. Philippe Pons, "le Japon rapporte plus à la France que la Chine et (...) il s'inscrit dans une perspective de stabilité à bien plus long terme".
Cela fera quarante ans l'année prochaine que le prédécesseur de M. Pons, M. Robert Guillain, également correspondant du Monde au Japon, faisait découvrir à la France le formidable essor économique de ce pays ravagé par la Seconde Guerre Mondiale et qui, en une seule génération, était devenu le "Japon troisième grand" (publié au Seuil), et en vérité la deuxième puissance économique du monde libéral puisque dans son classement M. Guillain y incluait l'URSS. Deuxième grand du monde capitaliste, le Japon l'est non seulement resté, mais il a de plus appris à intégrer la mentalité occidentale dans sa culture. Assurément asiatique, le Japon n'en est pas moins l'interlocuteur le plus proche de nos coutumes, de nos habitudes, de notre mentalité.
Il est grand temps je pense qu'on prenne conscience dans notre pays que, s'il conserve des pratiques, un mode de vie ou encore une façon de penser qui lui sont propres et qu'il nous faut sans conteste apprendre, comprendre et prendre en compte, le Japon est un pays avec lequel je suis persuadé que nous avons bien plus de points communs qui nous rapprochent que de différences qui nous éloignent...
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12 avril 2008
(La suite)
Eagles : Hotel California
John Lennon : Imagine
John Lennon : Woman
Simon & Garfunkel : Sound of silence
The Best Of Bluegrass : Roll in My Sweet Baby's Arms
Manau : La tribu de Dana
Pink Floyd : Another Brick in the Wall
Five Letters : Ma Keen Dawn
Captain & Tennille : Love will keep us together
F.R. David : Words Don't Come Easy
Phil Collins : You Can't Hurry Love
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