13 janvier 2008
Minasan Yōkoso !
皆さんようこそ!
*Soyez tous les bienvenus!
Mon Japon à moi est un blog qui rassemble des articles sur le Japon et les Japonais tels que je les vois et les comprends. Ces articles sont le témoignage d'un vécu et le point de vue d'un franco-japonais ayant passé sa vie privée et professionnelle entre ses deux pays à conjuguer deux cultures et deux mentalités (supposées ?) très différentes; ils tentent d'apporter un premier éclairage sur ce pays encore peu ou mal connu et sur ses habitants, en effleurant quelques uns des aspects, qui me semblent fondamentaux, d'une mentalité qui demeure souvent incomprise.
Les sujets proposés sont inspirés par ceux que, dans le cadre de mes activités professionnelles, je traite de façon plus détaillée et plus complète à travers des conférences (à l'attention du grand public) ou dans des stages de formation (à destination des professionnels) axés sur l'initiation à la langue et/ou à la mentalité japonaise, notamment dans le monde des affaires. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à me contacter à: claude.yoshizawa@hotmail.fr .
Mon nouveau challenge:

La création d'un
Centre culturel franco-japonais à Toulouse
Consultez aussi:
> A travers le net déchaîné...! <
> Ma J-Music contemporaine à moi <
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Yaneka: le blog
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> Retrouvez ici l'actualité du Japon <
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Voici la liste, régulièrement réactuallisée et complétée, des articles publiés. Il vous suffit de cliquer sur un titre pour que le billet s'affiche.
Catégorie: "Articles divers":
• Japon pas cher
(En quoi Tōkyō n'est pas que la ville chère que l'on croit)
• Le respect du bien public
(Hygiène et propreté)
• Le maniement des baguettes
(infos, intox...et un petit bijou d'humour!)
• Bêtement disciplinés?
(discipline ou refus de la soumission aveugle?)
• Vive la France!
(ou combien la France est appréciée au Japon)
• Vive la France! (2)
(Quelques Français qui sont à l'origine du renom de
la France au Japon)
• A la gloire de l'éphémère
(un aspect essentiel de la mentalité japonaise)
• Kantō et Kansai
(rivalité amicale entre deux grandes régions)
• Un jour à Tōkyō
(le début d'une de mes conférences sur la capitale)
• Nomi ni ikimashō!
(Un aspect très important des relations professionnelles
avec les Japonais)
• "Vous connaissez le Japon?"
(Un savoir parfois bien approximatif...non?)
• Tradition et modernité
(Comment la ville de Tōkyō peut nous apprendre
ce que signifient ces mots dans la mentalité japonaise)
• Tōkyō l'insolite
(Petite ballade en images à travers un Tōkyō inhabituel)
• Survol historique
(un très rapide résumé de ce qu'il faut au moins connaître
de l'Histoire du Japon)
• "Tabe ni ikimashō!"
(quelques unes des spécialités culinaires japonaises que
je vous recommande...)
• Un certain complexe de supériorité?
(un aspect moins reluisant de la mentalité japonaise...)
• Hommage à Tange Kenzo
(le plus grand architecte japonais sans doute)
• Crimes et Châtiments
(pourquoi Tōkyō est-elle la ville la plus sûre du monde?)
• Sales gaijin!
(les Japonais seraient-ils racistes?...)
•"April's Sashimi!"
(un peu d'humour à la sauce japonaise...!)
•"Proverbes, dictons et pensées"
(une autre façon d'aborder la mentalité japonaise)
• Senpai-kōhai
(un aspect très particulier des relations "hiérarchiques")
• Jacques à dit...
(quelques enseignements à tirer des discours présidentiels)
• La France redécouvre le Japon
(un aspect fondamental des relations franco-japonaises)
• Manger japonais...oui, mais comment?
(quelques règles de politesse à table)
• Le Japon s'invite en France
(comment la culture japonaise s'intègre dans notre culture)
• L'individualisme à la japonaise
(en quoi les Japonais sont pour moi autant individualistes
que les Français...)
• L'endroit et l'envers...
(cette façon qu'ont les Japonais d'accorder souvent plus
d'importance à ce qui est caché qu'à ce qui est visible...)
• "Assari"
(de la sobriété et du dépouillement...)
• L'inédite influence du Japon sur la France
(ou en quoi le Japon n'est plus qu'une simple mode...)
• Les maux du sumō
(ou comment le petit monde du sumō est sans doute
assez représentatif du Japon en général)
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Catégorie: "Ma J-music à moi":
• Ma J-music à moi (1)
(Fuse Akira, Sawada Kenji, Yamaguchi Momoe, Yoshida Takurō,
The Blue Comets)
• Ma J-music à moi (2)
(Southern All Stars, Yamamoto Linda)
• Ma J-music à moi (3)
(Ozaki Kiyohiko, Chiaki Naomi)
• Ma J-music à moi (4)
(les musiques et chansons des dessins animés à succès
des années '60 et '70)
• Ma J-music à moi (5)
(les plus célèbres thèmes de génériques d'émissions pour
les grands...)
• Ma J-music à moi (6)
(quelques uns des artistes étrangers qui ont marqué
le Japon de leur passage...)
• Ma J-music à moi (7)
(Yuki Saori, Mori Shinichi, Miyako Harumi)
Mode d'emploi:
Il vous suffit de cliquer sur l'un des titres des articles pour en retrouver le contenu intégral. En fin de lecture, le retour à la page d'accueil, au bas de chaque page, vous permet de retrouver la liste intégrale des articles publiés.
Vous trouverez également un complément d'informations sur certains mots: il vous suffit pour cela de cliquer sur ceux qui sont écrits en gras. Par exemple, Kinkakuji.
N'hésitez pas à consulter les Albums Photos (disposés dans la colonne de droite) qui vous offrent des illustrations photographiques supplémentaires en rapport avec la plupart des thèmes traités dans les différents articles. N'hésitez pas non plus à laisser un commentaire, vos avis ou vos expériences constitueront un précieux complément à ces articles.
Bonne lecture à tous!
Claude Yoshizawa.
吉澤クロード
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17 février 2008
A la gloire de l'éphémère.
Rien n'est plus beau ni plus cher au coeur que ce qui est éphémère.
Précisément parce que ce qui est éphémère ne dure pas, et que le temps pour l'apprécier est compté.
Tel est, de mon point de vue, l'un des traits essentiels de la pensée japonaise.
Les exemples qui illustrent cet aspect de la mentalité nippone sont innombrables. On le retrouve dans la
culture, la philosophie, le mode de vie, jusque dans la gastronomie. Parmi tous les styles culinaires qui existent au Japon, celle qu'on appelle Kisetsu ryōri ou cuisine de saison est l'une des plus typiques et l'une des plus prisées. Parce qu'elle utilise des produits que l'on ne retrouve pas tout au long de l'année, des produits qui sont donc rares et reproduisent dans les assiettes les particularités de la nature du moment, ses goûts, ses couleurs...
La nature, dont on dit si souvent que les Japonais sont très proches, est également louée par le caractère
éphémère de ce qui la compose; on y retrouve toute la pensée bouddhique, comme par exemple à travers la contemplation d'une simple feuille, qui de verte et bien vivante, rougira à l'automne et tombera, peut-être dans un ruisseau et lentement se décomposera et finira par disparaitre. La compréhension, et surtout l'acceptation du caractère éphémère de tout ce qui vit permet d'accepter la mort sans que celle-ci soit dramatique et traumatisante. Il est dans la nature des choses qui vivent de mourir un jour...
Les japonais ont je crois une vision différente des occidentaux de ce qui est éphémère. Moins pessimiste dirais-je. Parce que notamment leur environnement les conduit à penser ainsi. Prenons par exemple l'architecture. En occident, c'est la pierre qui depuis des millénaires a servi de matériau de base aux constructions. Un matériau qui, sans être éternel bien sûr, a néanmoins une durée de vie extrêment plus longue que celui qui a toujours servi au Japon, à savoir le bois. Plus résistant aux séismes parce que souple (un peu comme le roseau, "je plie et ne romps point"...), et encore à condition qu'ils ne soient pas trop forts, le bois subit en revanche les agressions du temps, des phénomènes naturels tels que vent, pluie ou gel, et surtout disparait à tout jamais à cause des incendies, si redoutés là-bas.
Conscients que rien ne dure vraiment très longtemps, les japonais n'en sont pas moins en quête de longévité. Il est humain de tenter de faire durer le plus longtemps possible ce qui a pour vocation de ne pas durer. Ainsi, ils ont appris a dominer le coté éphémère du bois. Notamment en privilégiant souvent ce que représente une chose plutot que ce qu'elle est. Je m'explique. Prenez le Kinkakuji ou "Pavillon d'Or", l'un des
temples les plus célèbres du Japon. Il a subit depuis sa construction maintes agressions, la dernière en date étant un incendie volontaire dû à un moine mentalement déficient qui le ravagea entièrement en 1950. Ce qui signifie que le temple que l'on admire actuellement et dont on apprécie entre autre la dimension historique n'est en fait qu'une constrction qui n'a pas 70 ans... Mais personne ne songerait à s'en offusquer. Même s'il ne s'agit finalement que d'une (simple?) copie de l'original, l'important n'est pas le bâtiment que l'on a sous les yeux, mais bien le symbole qu'il représente. L'oiseau qui le domine fièrement est d'ailleurs un phoenix, qui toujours renait de ses cendres... Le bâtiment est éphémère, le temple et ce qu'il représente traverse les siècles.
Mais il y a au Japon une chose bien spécifique, typique, et qui illustre particulièrement bien cet aspect de la mentalité japonaise. Je vous propose de la découvrir à travers des photos que j'ai prises en avril 2007. Des photos de cerisiers (sakura) en fleur... Avec pour les accompagner, cette unique précision: la fleur de cerisier est extrêmement fragile et ne résiste ni à une pluie même légère, ni à une brise même douce. Il n'est pas rare que la floraison ne dure que quelques jours, parfois un ou deux à peine. Et en dehors de toute autre considération, dont la simple beauté du spectacle offert, c'est son caractère particulièrement éphémère qui fait de ce moment l'un des plus émouvants de l'année pour un japonais.
Alors regardez...et admirez... :

Ces photos ont été réalisées dans le quartier appelé Chidorigafuchi, à Tōkyō.
On aperçoit les douves qui entourent le Palais Impérial, du 
coté où se trouve le Budōkan, l'équivalent du POPB parisien.
Bâti pour y accueillir l'épreuve de Judo, en démonstration pour les J.O de Tōkyō en 1964, le Budōkan est une enceinte couverte pouvant contenir environ 10 000 spectateurs suivant sa configuration et qui propose aussi bien des 
épreuves sportives diverses que des concerts.
Et lorsque vient la très éphémère période de la floraison des cerisiers, les Tokyoïtes s'y retrouvent par dizaines de milliers, les photographes amateurs et professionnels se régalent.


En quelques jours à peine, les pétales auront recouvert les trottoirs et les rues comme le ferait la neige en hiver, et les rues de Tōkyō retrouveront un visage plus citadin... jusqu'à l'année suivante.
Car l'éphémère ne dure certes pas, mais il peut parfois se reproduire... pour l'éternité ou presque.
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08 avril 2008
Senpai - Kōhai
On a en France une idée assez précise des relations qui régissent les rapports humains au Japon: on sait que c'est une société très hiérarchisée. Du moins croit-on le savoir. Parce que dès que l'on gratte un peu, je me suis souvent aperçu que beaucoup de Français imaginent la société japonaise en se basant sur les rapports hiérarchiques tels qu'on peut parfois en connaître en France, avec l'image du chef autoritaire, du sous-chef aigri et de l'employé exploité. Le tout, parce que c'est le Japon, est multiplié par dix. Ajoutez à cela la caricature de la langue, souvent présentée et décrite comme une sorte d'aboiements autoritaires et nerveux. On en remet une couche avec "Stupeur et tremblements" d'Amélie Nothomb qui constitue le témoignage objectif, la preuve irréfutable et la référence absolue. Et l'on en arrive au cliché habituel du Japonais hyper discipliné, ne râlant jamais ouvertement, saluant sans cesse ses supérieurs, brimé par ses chefs qui passent leur temps à lui aboyer dessus, stressé par son travail, opprimé par une société qui ne tient jamais compte de l'individu mais ne pense qu'en terme de collectif. Outre le fait que je considère les Japonais au moins autant individualistes que les Français (mais je reviendrai sur cette affirmation dans un prochain article), je crois que la hiérarchie à la japonaise n'a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons en France ni, surtout, à celle que beaucoup imaginent.
Parallèlement à cela, il est dans toute société une élément particulièrement important qui assure la continuité et peut-être la survie même de cette société, je veux parler de la transmission du savoir. Or là encore, les modalités de la transmission du savoir entre les générations en France et au Japon ont certes des points communs, mais aussi de grandes différences qu'il est bon de connaître.
Et si je n'aborderai pas ici l'intégralité de la strucuture hiérarchique japonaise, ces deux considérations me conduisent à vous présenter dans cet article... comment dirais-je? une personne? un concept?... je veux parler de celui (ou celle) que l'on appelle en japonais senpai. Une notion qui bien sûr existe en France, puisqu'on parle de "l'aîné", par opposition au "cadet", mais qui au Japon représente une entité fondamentale, aussi bien pour ce qui est de la transmission du savoir que dans les rapports hiérarchiques qui caractérisent la société japonaise dans son ensemble, et particulièrement le monde de l'entreprise.
Le terme senpai répond en fait à une double définition. Il désigne d'une part, dans le cadre scolaire ou dans la vie professionnelle, tous ceux qui se sont inscrits ou ont été embauché au moins un an avant celui qui s'exprime, et ce quelque soit son année de naissance. Ainsi, en théorie, le senpai pourrait être plus jeune, puisque l'on ne considère que la date d'entrée dans un collectif donné (école primaire, collège, lycée, université ou entreprise). Or ceci n'est pratiquement jamais le cas, étant donné que l'âge est le plus souvent le premier critère retenu pour l'inscription dans les écoles. On entre en première année de ce qui correspond à l'école primaire (ou shōgakkō) à 6 ans, on entre ensuite dans la chugakkō (équivalent du collège) à 12 ans et enfin dans la Kōtōgakkō (équivalent du lycée) à 15 ans pour achever sa scolarité à 17 ou 18 ans, suivant la date de naissance, et dans la foulée poursuivre ses études dans l'enseignement supérieur. Celui-ci dure en général 4 ans, et donc la première embauche se fait à 22 ans. Et ceci est tellement respecté qu'on peut déduire, sans pratiquement aucune crainte d'erreur, l'âge d'un enfant en fonction de sa classe et inversement. Il est ainsi fréquent de ne pas demander son âge à un jeune mais juste lui demander en quelle classe il est.
D'autre part, le senpai ne désigne que celui qui s'est inscrit dans le même établissement scolaire ou universitaire, ou celui qui a débuté sa carrière professionnelle dans la même entreprise.
On a pris l'habitude de traduire senpai par "l'ainé" et son contraire kōhai par "le cadet".
Or si cela n'est sans doute pas totalement faux, je voudrais néanmoins apporter ici une précision. Le caractère qui sert à écrire sen signifie "avant", et celui qu'on utilise pour le kō de kōhai un idéogramme qui veut dire "après". Ainsi, l'important n'est ni l'âge, ni le statut ou la réussite sociale ou professionnelle. Seul importe le fait que le senpai à suivi un chemin analogue au kōhai, mais qu'il l'a fait avant lui. Et à ce titre, il est détenteur d'une expérience et d'un savoir que le kōhai ne peut par définition pas avoir. La relation senpai-kōhai que l'on présente souvent comme verticale, avec le premier qui serait au-dessus du second, est donc en fait caractérisée par l'antériorité et la postériorité d'un être par rapport à un autre. Il n'est donc pas question, à la base, de supériorité et d'infériorité, même si ces notions en sont souvent la conséquence naturelle. Cela par contre n'empêche pas le respect, bien au contraire. Et si cette relation marche si bien au Japon et qu'elle n'est à ma connaissance jamais remise en question, c'est bien parce que ce respect se manifeste dans les deux sens. Le cadet respecte l'ainé en l'écoutant, et l'ainé respecte le cadet en lui transmettant son savoir et en lui permettant d'accumuler de l'expérience.
Si elle existe à moindre niveau dans les premières étapes de la vie scolaire, la relation senpai-kōhai commence à se faire ressentir au niveau du lycée et devient essentielle à l'université, car non seulement elle influence les relations entre les étudiants durant leur scolarité, mais de plus elle conditionne la vie future en société et en entreprise. Car bien souvent, un Japonais retrouvera dans sa vie professionnelle en tel collègue, tel client ou tel partenaire, un être sorti de la même université ou de la même école. Et cela pourra parfois avoir une influence déterminante. J'ai le sentiment qu'en France, seules les Grandes Ecoles ou les Ecoles dites Supérieures, notamment de commerce, sont vraiment sensibles à ce type de relations entre étudiants qui les ont fréquentées ainsi que des réseaux que cela peut leur permettre de constituer. Ainsi, par exemple, elles publient des annuaires d'anciens élèves, permettant à toutes les nouvelles promotions de connaitre celles qui les ont précédées et de savoir ce que sont devenus leurs ainés, quels métiers ils exercent, quelles fonctions au sein de quelles entreprises ils occupent. Avec bien entendu, la possibilité de profiter de ce même parcours éducatif pour nouer une relation privilégiée. Par contre, il me semble que les Universités françaises n'offrent pas vraiment cette possibilité, du moins pas autant que ces Grandes Ecoles, et surtout bien moins que les universités japonaises. Etre issu de la Sorbonne ou de Jussieu n'est définitivement pas comparable à être diplômé de Tōdai ou de Waseda (deux des universités majeures du Japon).
C'est ainsi que tout naturellement la relation senpai-kōhai se retrouve dans le monde du travail. Il est même de notoriété publique que telle ou telle société recrute principalement ses nouveaux éléments dans telle ou telle université. Exactement de la même façon qu'en France, on connait grosso modo le destin professionnel, par exemple, des énarques. Mais au Japon, cela dépasse largement le cadre de la fonction publique et de l'Administration, et même les entreprises privées procède de façon quasi identique. Il ne s'agit pas uniquement de copinage, mais l'on sait que telle ou telle université dispense tel ou tel enseignement et développe telle ou telle qualité chez ses étudiants qui correspond aux besoins de l'entreprise.
Lorsque des nouvelles recrues sont embauchées, les senpai, c'est-à-dire non pas ceux qui ont auparavant fréquentés les mêmes écoles, mais cette fois tous les employés qui sont déjà en place et dans des fonctions à peu près analogues, ont un rôle important à jouer. Les chefs directs donnent des ordres, des missions à remplir. Les senpai, qui sont des collègues, eux-mêmes sous les ordres de ces chefs, mais avec l'avantage d'avoir une certaine expérience, ont le devoir de conseiller leurs "cadets" et de les renseigner, sur les méthodes à mettre en application pour mener à bien ces missions, mais aussi plus globalement sur ce qu'on appelle la culture d'entreprise, c'est-à-dire les grandes règles, le plus souvent non écrites et non formalisées mais néanmoins essentielles, qui font la "personnalité" de la société considérée. On peut à ce titre les considérer comme de véritables tuteurs.
C'est ainsi que l'entreprise devient elle-même une entité dont on peut par la suite se réclamer. Et de même qu'il dira "oui, je connais cette personne, c'est un de mes senpai de Waseda", un Japonais pourra parler d'une personne en disant "oui, je connais cette personne, c'est un de mes senpai du tant où je travaillais pour la banque Mizuho". Et c'est notamment ainsi qu'au Japon, les liens se créent et que progressivement les réseaux se forment.
Enfin, cette relation senpai-kōhai est particulièrement sensible dans un monde dans lequel elle s'exprime pleinement et qui est celui du sport. On pense d'emblée aux arts martiaux, mais on peut l'étendre à tous les sports. Au Japon, l'apprentissage d'un sport se fait bien moins au quotidien par le professeur que par les senpai. Contrairement à ce qui est écrit ça et là, le senpai n'est pas du tout qu'un simple relais entre le professeur et l'élève. Il est celui qui prend en charge l'essentiel de l'instruction, et je dirais même l'éducation de ses cadets, le professeur n'intervenant qu'en de rares occasions. J'ai personnellement pratiqué du judo pendant de longues années. Au Japon, un cours de judo se passe le plus souvent sans que le professeur n'intervienne. On le salue au début et à la fin de l'entraînement. Mais pendant la durée de celui-ci, il va s'asseoir dans un coin et surveille ce qui se passe. Ou même il s'absente. Il n'intervient parfois que pour inciter l'élève à mieux réfléchir pourquoi son geste ne marche pas, pour le gronder de son manque d'effort (alors même que vous, vous êtes mort, au bout du rouleau!) ...et parfois lui donner un conseil. Mais l'essentiel de l'enseignement (la technique, la tactique, l'état d'esprit...) sera dispensé par le senpai. Qui pourra parfois, pour asseoir son autorité ou forger le caractère du cadet et l'entrainer au mal, à l'effort, au courage, et développer sa capacité à endurer les situations difficiles tant physiquement que moralement, avoir recours aux brimades ou au bizutage. Ce qui est souvent mal interprété par les étrangers. Ainsi formé, le cadet, s'il dispose en plus des facultés intrinsèques et le talent nécessaires, pourra supplanter son ainé en terme de résultat en compétition. Et c'est pourquoi on arrive au Japon à une situation qui nous est guère habituelle chez nous: un jeune judoka, qui vient d'obtenir le titre de champion du monde, se voit contraint de porter les sacs de ses ainés, qui eux n'ont pas dépassé le stade de la finale régionale...! Parce que, encore une fois, les résultats sportifs les plus fantastiques ne modifient en rien le fait que le senpai est le prédécesseur ou l'ainé. Et que, ces succès en compétition ne faisant que prouver que son enseignement était bon, on ne peut que le respecter plus encore!
J'évoquerai pour terminer cet article une anecdote personnelle qui m'a beaucoup étonné. En effet, il est très courant, et je crois assez juste, de considérer que les originalités qui caractérisent vraiment les Japonais ne s'appliquent pas aux étrangers. Autrement dit, au Japon, un étranger restera fondamentalement un étranger, quoi qu'il fasse, quelle que soit la durée de son séjour et quelle que réussie soit son intégration. Je crois que tous les étrangers ayant vécus au Japon témoigneront en ce sens: à la base, un étranger demeure un étranger, et cette considération prime sur toute les autres. Eh bien, je dirai que si cela est vrai dans la plupart des cas, cette relation senpai-kôhai est peut-être une des très rares exceptions qui puisse échapper à cette règle quasi absolue.
J'ai en effet, dans ma jeunesse, eu l'occasion d'accompagner pendant environ un mois un judoka extraordinaire: Fujii Shōzō, qui fut champion du monde de sa catégorie (à cette époque appelée "poids moyen") pendant 10 ans! On ne compte même plus ses titres nationaux... Cet immense champion avait accepté d'animer un stage en France, et pour des raisons qui n'intéressent personne et donc dans lesquelles je n'entrerai pas, je me suis retrouvé à l'assister pendant tout son séjour. Or un jour, il exprima le souhait de profiter de ce séjour en Europe pour se rendre en Suisse et y retrouver un ami à lui. Cette rencontre put être organisée, et nous voici partis pour Neufchâtel. La suite est non seulement comique mais éminemment instructive.
Cet ami en question n'était pas un Japonais, mais un Suisse du nom de K... qui avait dans sa jeunesse pratiqué le judo et fréquenté la prestigieuse université de Tenri... la même université, située dans la région du Kansai, que ce Fujii avait également intégré mais avec trois années de retard. K... était l'un des très rares étrangers à y avoir suivi l'intégralité des quatre années du cycle standard. Et il y avait été complètement adopté. Parce qu'il avait appris la langue et qu'il la parlait comme un Japonais. Et surtout parce qu'il avait totalement intégré l'esprit et la culture de cette université en particulier et du Japon en général. Et quand j'arrivais enfin chez lui après bien des heures de route, je découvris un spectacle qui me fit me plier de rire... intérieurement bien sûr, vous comprendrez que je ne pouvais, par politesse et respect, extérioriser ce qui me mettait de si bonne humeur: je vis un Suisse, donc un occidental, s'exprimer en japonais, mais avec cet accent si caractéristique qu'est le Kansai-ben (imaginez, pour bien comprendre, un Japonais parlant le français...avec l'accent de Marseille!). Et deuxième surprise, bien que près de deux décennies s'étaient écoulées depuis leur dernière rencontre, je les vis tous deux reprendre la relation senpai-kōhai qui avait été la leur 20 ans plus tôt (K... étant donc de trois ans le senpai de Fujii) et engager une conversation des plus surprenantes, dont je vous restitue ici, sinon le contenu exact, au moins l'ambiance générale : "Alors, Fujii, t'as bien bien réussi dans le judo, toi hein? sacré farceur va!" disait K... avec cet accent inimittable et une attitude rappelant celle d'un grand frère. Et l'immense champion qu'était le Maître Fujii, respecté par tous dans le monde et idôlatré au Japon, de répondre, confus, presque rougissant, en se faisant soudain tout modeste : "oui senpai, merci beaucoup senpai!"...
Pour ce Japonais-là, "vrai" Japonais dans l'âme, cet étranger-là, bien avant d'être un "étranger", était tout d'abord un senpai...
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22 septembre 2008
individualismeL'individualisme à la japonaise
Ô lecteur, toi qui a eu la gentillesse de lire mes précédents articles, et qui a compris que ce que je préférais, quand je parle du Japon, c'est d'établir, dès que cela est possible, un comparatif avec la France et ainsi parler des différences et des similitudes de ces deux pays et de leurs cultures respectives et d'y apporter mon point de vue, tu voudras bien me pardonner: voici un article que je prends la liberté d'écrire pour d'abord me faire plaisir, car il traite d'un des thèmes qui me sont les plus chers...
Combien de fois ai-je entendu dans la bouche des Français l'affirmation suivante: le Français est individualiste, le Japonais n'existe que dans un collectif. A les écouter, les Japonais n'existeraient quasiment pas en tant qu'individus mais uniquement par rapport et grâce à un collectif donné. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire ici d'expliquer ou de justifier ce point de vue, il est suffisamment répandu pour que je puisse, sans plus attendre, dire combien je le considère comme totalement faux. Je m'empresse par contre de vous présenter ma façon de voir les choses, au risque d'en choquer quelques uns, mais peut-être aussi d'en intéresser certains...
Si je prends pour postulat de départ que l'individualisme est un mode de pensée et de fonctionnement d'une société qui place l'individu et la défense de ses intérêts au centre de ses préoccupations aux dépens de toute autre considération, alors j'ai toutes les raisons d'affirmer que la France et le Japon se rejoignent tout à fait dans cette définition. S'il y a une différence, c'est probablement dans la façon de la vivre. Mais sur le principe, je considère que si les Français peuvent être effectivement qualifiés d'individualistes, les Japonais le sont tout autant.
Je crois qu'en France, c'est là un point essentiel de la mentalité japonaise qui est sans doute le moins bien compris (même si bien sûr il existe des exceptions, je ne le répèterai jamais assez). Mais on a globalement ici l'image des touristes japonais voyageant en groupes, et on a dans la tête l'idée, cent fois martelée, qu'au Japon, l'individu est considéré comme une entité négligeable et que seul compte le collectif. Ceci est, de mon point de vue, tout à fait faux. Au Japon aussi, l'intérêt de l'individu prime sur celui du collectif. Par contre, si l'on a tendance à croire en France que l'intérêt de l'individu peut ou doit se réaliser même aux dépens du collectif, on considère généralement au Japon que l'intérêt individuel ne peut se réaliser que GRÂCE au collectif. C'est sans doute là que réside la différence majeure entre ces deux pays. Au Japon, on considère que la finalité de tout système politique, économique ou social est d'être au service de l'épanouissement de l'individu, mais que celui-ci ne peut y parvenir seul, et qu'il a besoin de s'inscrire dans un collectif pour l'atteindre. Il est conscient qu'il n'est pas seul, et que tous ses congénères ont les mêmes droits et les mêmes aspirations que lui. Et qu'il ne pourra jamais s'épanouir seul alors que les autres membres qui composent son collectif n'y parviendraient pas. Prenons l'exemple le plus significatif: beaucoup de Français croient et répètent à qui veut l'entendre que les salariés japonais sont, par conviction ou par obligation, "dévoués corps et âme à la société qui les emploie". Mis à part le caractère excessif et caricatural de la formule, elle n'en demeure pas moins assez exacte, mais pour une excellente raison qu'on oublie systématiquement de préciser et qui change tout, à savoir qu'au Japon, les sociétés redistribuent à leurs employés une partie très importante des profits qu'elles réalisent grâce à leurs efforts. Il existe au Japon un mode de rémunération qui, au salaire de base, ajoute ce qu'on appelle là-bas un "bonus". Et celui-ci ne correspond en rien à un treizième mois récurent et d'un montant fixe. Le "bonus", pratiquement jamais inférieur à un mois de salaire, est d'un montant variable qui dépend directement de l'importance des bénéfices de la société. Plus une société gagne de l'argent, plus le bonus est élevé. Il peut ainsi correspondre à deux mois ou trois mois de salaires, parfois même plus. Calculé et versé deux fois par an, il constitue ainsi un complément très important au salaire de base, puisqu'il représente au minimum deux mois de salaire, et cela peut monter à quatre, six ou même douze mois de salaire supplémentaire! Et même si au Japon aussi, les bénéfices des sociétés sont affectés à d'autres postes que le "bonus", comme la rémunération des actionnaires ou encore les départements R & D (bien plus qu'en France...), il n'en reste pas moins que la redistribution des profits est une réalité bien plus tangible qu'en France. Ainsi, il ne faut pas s'arrêter à cette simple idée que les Japonais consacrent beaucoup de leur temps et de leur énergie à leur société: s'ils le font, c'est parce qu'il y a un retour...concret et palpable! Et l'épanouissement ou le succès ne s'arrête donc pas à celui de la société, mais va donc bien jusqu'à celui de l'individu. Celui-ci est donc bien la préoccupation centrale et finale de la conception sociale du Japon. Et si l'on m'oppose des exemples contraires qui illustrent le fait qu'un individu se sacrifie au profit du collectif parce qu'il pense que ce dernier est plus important que sa simple personne, je répondrai que le Japon accorde effectivement une importance particulière à l'intérêt général et considère qu'il prime souvent sur l'intérêt particulier. Mais il faut comprendre l'intérêt général des individus qui composent un collectif et non l'intérêt de ce collectif en tant que tel. L'éventuelle défense de l'intérêt d'un collectif ne vaut que si les individus qui le composent en récoltent les fruits. C'est pour cela que j'affirme que le Japonais est, au moins autant que le Français, un individualiste.
Et ceci peut se vérifier dans bien des systèmes de fonctionnement de la société japonaise. Prenons par exemple le système éducatif. On peut là encore être abusé par la présence d'uniformes qui évoquent l'effacement de l'individu au profit de l'image collective de l'école ou de l'Université. Mais en creusant un peu dans ce système, on s'aperçoit très vite que la démarche à suivre pour réussir ses études au Japon est éminemment individualiste. Tout d'abord, il y a beaucoup plus de concours que d'examens. Il n'est donc pas seulement question d'un "simple" test afin de juger d'un niveau de connaissances, mais bien d'une compétition entre individus. Et pour réussir un concours ou intégrer une université prestigieuse, l'élément (le plus souvent) le plus déterminant est... la fortune des parents! Laquelle fortune va pouvoir financer des études complémentaires aux études de bases, dans des écoles ou instituts privés (et souvent fort chers) qu'on appelle des Juku. Il est donc évident que ces juku, et donc les meilleures universités, ne sont pas accessibles à tous. Ainsi, même si au Japon, parce qu'on est tout de même dans un pays évolué et puissant, il existe aussi différents mode d'aides et de bourses scolaires pour ceux qui sont moins favorisés que d'autres, il n'en reste pas moins que les différences entre individus (notamment en terme de moyens financiers) sont souvent déterminantes, et on est très loin d'un mode de pensée collectiviste.
Prenons un tout autre exemple, celui des arts martiaux. En japonais, ils se terminent quasiment tous par le vocable "DÔ". Comme Jûdô, Kendô, Aikidô, etc... "Dô" signifie la voie, le chemin. La "voie de la souplesse", la "voie du sabre", etc... Et là encore, il convient de ne pas se laisser abuser par les apparences. Car si l'entraînement dans les arts martiaux se fait toujours de façon collective, la progression dans la "Voie" ou sur le "Chemin" vers la maîtrise de la discipline chosie demeure une démarche souvent intérieure, et toujours solitaire. La pensée de base qui fait le fondement de tous les arts martiaux est donc éminemment individualiste.
Individualiste, le Japonais n'en a donc pas moins une forte conscience du collectif qui l'entoure. C'est sans doute dans cette conscience (qui, elle, est vraiment collective...!) qu'il faut trouver une explication du respect (qui fait l'admiration de nombreux Français...) qu'ont les Japonais des biens publics (j'ai évoqué dans un précédent article intitulé "Le respect du bien public" l'étonnante propreté des W-C dans les trains...), mais aussi du faible taux de la criminalité et de la délinquance qui fait des grandes villes japonaises des exceptions mondiales en terme de sécurité, ...et de bien d'autres aspects de la mentalité ou des coutumes japonaises qui restent encore obscures pour beaucoup de Français.
Ainsi, on enseigne à nos hommes d'affaires qui se rendent au Japon qu'ils doivent à tout prix se munir de cartes de visite. Mais sans réellement leur expliquer le pourquoi et le comment. Alors que c'est de mon point de vue l'un des symbôles les plus caractéristiques de ce que je viens d'exprimer quant à l'individualisme à la japonaise. Au Japon, la carte de visite ou meishi est incontournable, chacun à la sienne. Mais regardez là avec attention. Vous y verrez en gros, et bien centré, non pas le nom de la société, mais bien le nom d'une personne. Ce qui est donc mis en avant est l'individu. Par contre, vous y trouverez généralement des explications très détaillées quant au positionnement de cette personne dans le collectif dans lequel il tient à ce que vous l'inscriviez (qui en général est celui de sa société, mais cela peut être un autre collectif, une association, un groupement sportif, etc...). Vous trouverez le nom de sa société, le département et le service auquel il appartient, l'intitulé de sa fonction précise, et toutes les coordonnées nécessaires pour le joindre. Et lorsqu'il la tend à son interlocuteur dès la première présentation, un Japonais aura pour habitude de dire "Je suis ...., de la société ....". Il se présente en tant qu'individu appartenant à un collectif. Les deux deviennent inséparables. Conséquence intéressante pour un Français: la carte de visite où n'est mentionné que le nom de son détenteur et éventuellement la mention "avec ses compliments" comme on le fait parfois en France ou encore ne comportant pas des informations suffisantes sur sa société est donc à proscrire. Pour ceux qui s'interrogent sur le bien-fondé de la faire imprimer, même si cela est parfois coûteux et difficile en France, en français au recto et en japonais au verso, ils devineront, je suppose, la réponse que je leur conseille... vivement! Et ils sauront de plus ce qu'il convient de dire au moment de la remettre à celui qui sera peut-être leur futur partenaire, en la tenant respectueusement des deux mains et non pas de façon nonchalante à une main, tout en s'inclinant non moins respectueusement, et ce quelque soit le statut de celui qui est en face. Et dernier petit conseil: lorsqu'ils auront eux-même reçu avec ce même rituel celle de leur interlocuteur, qu'ils ne la rangent pas négligemment dans une poche où la jettent dans leur attaché-case: la déposer, au contraire, avec attention et soin, dans un porte-carte, si possible d'une de ces marques qui font le renom du luxe français (auquel les Japonais sont si sensibles...!), c'est, en un seul geste presque anodin, montrer tout l'intérêt et le respect que l'on porte à son homologue nippon...
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29 octobre 2008
A l'attention des professionnels...
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Témoignages:
M. A..., Directeur Export, Société L... (Bouches-du-Rhone):
"Notre société a une filiale au Japon. En tant que responsable de cette filiale, j'y passe une semaine par mois à Tōkyō depuis 1 an et demi. Je n'ai aucun problème avec l'ensemble de ses employés, sauf avec son Président. Vraisemblablement parce qu'il est le "Président" d'une société (mais d'une filiale) et que je ne suis que le "Directeur" d'un département (mais de la société-mère). Il a du mal a accepter les ordres ou les critiques d'un collègue d'un statut réputé inférieur... Comment puis-je résoudre ce problème, compte tenu des spécificités de la mentalité japonaise?"
M. R..., Maire de G... (Héraut):
"J'ai soutenu la création d'un festival en relation avec le Japon sur ma commune, laquelle par ailleurs accueille sur son sol une entreprise japonaise de grande taille. Lors de l'inauguration de cette société il y a plusieurs mois, son Président japonais a semblé regretter le peu d'efforts que faisaient les Français pour s'intéresser à la mentalité ou à la culture de leurs nouveaux dirigeants. J'en ai profité pour lui parler de ce festival, alors en préparation et en recherche de sponsors: il a manifesté le plus grand intérêt et a promis le concours de sa société. Or, lorsque je l'ai sollicité pour un soutien financier, il a alors refusé, prétextant que l'objet de son entreprise était trop éloigné du thème du festival... alors que son but réel était bien de sensibiliser mes administrés à la culture japonaise, ce que précisément le Président japonais disait souhaiter.
D'où peut venir ce revirement soudain? Comment faudrait-il procéder pour bénéficier du concours de cette société pour les prochaines éditions de ce festival que je compte bien rééditer chaque année?"
M. Suzuki, Société T... (Ile-de-France):
" Vous me proposez des séances d'information sur la mentalité japonaise à destination des employés français de notre société japonaise installée en région parisienne, afin que ceux-ci comprennent mieux la façon de penser ou de travailler de leurs dirigeants japonais. Mais puis-je vous demander aussi d'organiser des séances identiques à l'intention des cadres japonais, nous avons parfois nous-même de grandes difficultés à comprendre la mentalité de nos collègues français?... Je suis persuadé que ceci permettrait d'optimiser la cohésion entre personnes d'origines et de cultures bien différentes et qui pourtant sont amenées à travailler ensemble..."
Mme B..., Société A... (Isère):
"Notre société est implantée au Japon depuis 100 ans. Nous souhaitons commémorer cet anniversaire. Pouvez-vous organiser un événement d'entreprise, convivial mais informatif et instructif, qui permettrait à nos employés de mieux connaitre ce pays qui représente un partenaire très important pour nous mais que la majorité d'entre eux n'a jamais pu visiter et au sujet duquel ils ignorent à peu près tout?"
M. C..., Société T... (Finistère):
"Je suis en relation avec le Japon qui représente un client exceptionnel pour notre société. J'ai pu bénéficier de nombreuses formations, de la part de la CCI de ma région jusqu'à des aides européennes. Cependant, celles-ci demeurent essentiellement techniques et directement en rapport avec mon activité professionnelle liée à l'exportation. Mais depuis deux ans que je fréquente ces partenaires japonais, je m'étonne encore souvent de leurs réactions, de leur façon d'appréhender le travail, etc... Je suis persuadé que ceci est dû à des différences culturelles ou de mentalité que je ne parviens ni à identifier ni à expliquer. Pourriez-vous m'aider à mieux les cerner et les comprendre, je suis persuadé que cela m'aiderait beaucoup dans mes relations avec mes homologues nippons?"
Si vous aussi avez le sentiment que quelque chose vous échappe dans la façon de penser ou de travailler des Japonais, si vous aussi êtes sensibles au fait que mieux comprendre les aspects fondamentaux de la mentalité et de la culture japonaise peut réellement optimiser vos relations professionnelles avec des partenaires nippons, n'hésitez pas à me contacter à:
claude.yoshizawa@hotmail.fr
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21 avril 2009
L'inédite influence du Japon sur la France
J'ai le sentiment que pour la France, le Japon a surtout constitué une histoire de mode. Qui vient et qui va. Et qui revient. Comme toute mode.
Cela a sans doute commencé avec ce que l'Histoire retient sous le nom de japonisme. Cette période, dans le dernier tiers du 19ème siècle, durant laquelle quelques intellectuels, quelques critiques d'art et surtout quelques peintres et pas des moindres, puisqu'il s'agit des impressionnistes parmi les plus réputés comme Monet ou Van Gogh, ont reconnu dans l'art japonais en général et dans les estampes en particulier l'expression d'une culture extraordinaire et fascinante. Van Gogh aurait écrit à son frère Théo: "Ah! si je savais peindre comme les Japonais...". Encouragé par des Goncourt ou autre Zola, le public français, et surtout parisien, découvrait les pavillons japonais des Expositions Universelles et commençait à décorer les appartements bourgeois de la capitale d'éventails, paravents et autres bibelots nippons. Je me rappelle avoir également lu dans un ouvrage consacré à cette époque qu'à la fin du 19ème siècle, Paris a compté plus de cent salons de thé japonais...!
Si l'influence japonaise a subsisté jusqu'au début du 20ème siècle dans le monde artistique, comme en témoignent notamment les oeuvres de Toulouse-Lautrec ou le style Art Nouveau, il semble que le Japon ne fut qu'une mode dans l'esprit du grand public qui progressivement s'en détacha. Et quelques secteurs d'activités bien précis mis à part, on ne reparla plus guère du Japon jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, où le Pays du Soleil Levant se fit remarqué surtout par son alliance à l'Italie fasciste et à l'Allemagne nazie ainsi que par des actes belliqueux peu glorieux, de l'invasion colonialiste de la Mandchourie à la bataille de Pearl Harbour, pour enfin clore cette (sombre) page de son Histoire par le désastre d'Hiroshima et de Nagasaki.
Mais à peine vingt-cinq ans plus tard, fin des années 60, la France apprenait, stupéfaite, que ce petit pays du bout du monde, écrasé et détruit en 1945, s'était, en une seule génération, hissé au troisième rang des puissances économiques mondiales, derrière les Etats-Unis et l'URSS. Grâce au livre "Japon troisième grand" du journaliste Robert Guillain, les Français redécouvraient un pays fascinant par son dynamisme, sa capacité à rebondir, sa "sagesse extrême-orientale" et sa culture si différente, mais aussi inquiétant par son expansionnisme économique. Et dans le même temps qu'il obtenait une reconnaissance mondiale grâce notamment aux Jeux Olympiques en 1964 ou à l'Exposition Universelle d'Osaka en 1970, le Japon réactiva à ses dépens une expression ancienne, le "Péril Jaune". Le marché français qui, comme tous les autres marchés du monde, s'était sans guère broncher laissé pénétrer par les produits japonais, s'aperçut soudain que ceux-ci avaient totalement occulté la production nationale et que des industries telles que celles des montres, des appareils photos ou encore des motos ne pouvaient plus rivaliser avec cette invasion d'un nouveau genre. Les solex et autres Motobécane furent étouffés par les 4 grands nippons, Honda, Suzuki, "Yam" et "Kawa". Plus tard, des actes de résistance furent bien tentés mais combien maladroitement, comme ces malheureux (et grotesques) épisodes des magnétoscopes japonais arrêtés à Poitier ou cette Premier Ministre française tentant de déconsidérer les Japonais en les qualifiant de "fourmis"...
Mais malgré ces actes plutôt ridicules et ratés, le Japon revenait lentement "à la mode". De plus en plus de Français découvraient le Judo et autres arts martiaux, le talent d'un Issey Miyake ou le goût de la sauce de soja. Ils se passionnaient pour Kawabata ou Mishima et s'émerveillaient devant les films de Kurosawa. Par manque de places offertes, apprendre le japonais aux "Langues O" devenait de plus en plus difficile pour les grands, tandis que les petits de retour de l'école se précipitaient sur leurs petits écrans pour y suivre les exploits de Goldorak. Mais là encore, les parents, quelque peu sceptiques ou même parfois un peu inquiets en qualifiant les dessins animés japonais de violents,se rassuraient tant bien que mal en se disant: "Bah, ce n'est qu'une mode, qui donc passera au bout de quelques années". Je pense qu'ils n'avaient pas tort: l'intérêt porté pour le Japon de ce temps-là était bel et bien une mode. Sauf que celle-ci a finalement duré, et qu'elle s'est transformée en une réelle influence profonde. Et je crois que, pour la première fois dans l'histoire croisée de ces deux pays qui ont commémoré en 2008 le "150ème anniversaire des relations franco-japonaises", l'Empire du Soleil Levant n'est plus chez nous qu'une "mode". Il fait dorénavant partie intégrante d'une part non négligeable de la culture, de la mentalité et de la vie au quotidien de la France et des Français.
L'exemple le plus représentatif de ce bouleversement en profondeur est je crois celui que nous offre la librairie Tonkam. Ce petit éditeur installé dans le quartier de la Bastille à Paris a eu le nez creux. Ses responsables (que je me rappelle, du temps où je travaillais pour la TV japonaise, avoir interviewés un peu comme des illuminés...) étaient fascinés par la BD version japonaise, et avaient décidé, bien plus par passion que par intérêt économique, d'importer quelques manga et de les traduire... Presque 30 ans plus tard, la France est devenu le 2ème marché mondial des manga après le Japon! Tous les grands éditeurs français s'y sont mis, la taille des rayons des Fnac consacrés à ces ouvrages est devenue carrément impressionnante, les Salons sur le Japon ayant pour cible la jeunesse française en font leur produit d'appel et même parfois leur nom, comme "Mang'Azur" à Toulon. Aujourd'hui, le manga n'est définitivement plus un effet de mode, il fait partie intégrante de la littérature et de la culture françaises.
Le manga est d'ailleurs loin d'être la seule littérature japonaise présente en France, et nombreux sont les fans qui découvrent et s'imprègnent des idées d'auteurs comme Tanizaki, Ôe Kenzaburo ou autres Murakami. Le Haïku est appris et souvent imité en français. Le cinéma japonais, lui aussi objet d'une certaine mode il y a quelques années avec Kurosawa ou Ozu, devient incontournable et presque familier avec des réalisateurs tels que Miyazaki et ses dessins animés extrêmement appréciés ici ou Kitano et ses films souvent noirs.
Alors qu'il n'y a encore que quelques années, on pouvait parler de simple "présence" japonaise en France, force est de reconnaître qu'aujourd'hui, l'influence du Japon sur la France est incontestable dans une multitude de domaines. En voici quelques exemples parmi d'autres. L'alimentation de beaucoup de Français, et pas que de quelques "bobos" parisiens comme c'était le cas il y a encore quelques années, a bien intégré les sushi ou les brochettes de poulet façon yakitori, qu'ils dégustent non seulement dans des restaurants spécialisés (rares sont pourtant ceux tenus par de vrais japonais...) mais aussi en les achetant dans les grandes surfaces: toutes les grandes enseignes en proposent désormais. Manger japonais a été une mode, c'est aujourd'hui devenu une habitude pour beaucoup de nos compatriotes. Et de son coté, si elle demeure bien française, la haute gastronomie de notre pays fait aujourd'hui souvent appel à des ingrédients nouveaux, des modes de cuisson bien différents du passé ainsi qu'une façon de présenter les plats dont l'origine se trouve bel et bien dans la cuisine japonaise. Influence qu'elle n'hésite même plus à cacher, en affichant de plus en plus souvent sur ses menus des beignets "façon tempura" ou des sauces "teriyaki".
Les équipements japonais ne se comptent plus dans notre vie quotidienne, et l'exotisme d'antan lié à leur utilisation a pratiquement disparu. C'est en France que Toyota fabrique sa Yaris, et nombreux sont ceux qui considèrent de niveau de qualité égal les Mercèdes, les BMW et les Lexus, tout en ignorant que cette dernière est une marque japonaise appartenant à Toyota. Et que dire, dans un tout autre genre, des arts martiaux d'origine japonaise, tels que le judo, que les enfants et les ados ne pratiquent guère plus comme sports étrangers mais presque comme s'ils étaient de chez nous. Enfants et ados (voire même plus grands...) qui, sur leur mp3, écoutent en boucle des chansons issues de la "J-Music" (pour Japan Music). Les fan-sites et blogs consacrés aux artistes japonais sont légions et extrêmement bien renseignés. En mai 2008, un groupe japonais, l'Arc en ciel, a rempli le Zénith de Paris tandis que quelques mois plus tard, Miyavi s'offrait l'Olympia... Et si l'on considère qu'une manifestation comme la Japan Expo, qui proposera en 2009 sa 10ème édition, est capable d'attirer plus de 130.000 visiteurs (payants) en 4 jours, on ne peut que se dire que ce qui est ou vient du Japon n'est vraiment plus que le simple effet d'une mode passagère.
Mais ce qu'il y a de plus étonnant, ou de plus remarquable, c'est que cette influence japonaise est de nos jours présente et perceptible jusque dans des contextes d'où le Japon est totalement absent. Prenons la langue française. Celle-ci a complètement assimilé des mots d'origine japonaise, que nous utilisons sans même penser à leur signification première. Ainsi le mot zen n'a plus rien de religieux, il est aujourd'hui le simple synonyme de calme, tranquille ou sage. Mais ce qui m'a personnellement le plus étonné est la décision d'Orange de rebaptiser tous ses forfaits de téléphones portables du nom d'Origami. Sans être dans les secrets des responsables du marketing ou de la communication de cette entreprise, j'imagine que ce mot a aussi été choisi pour son exotisme censé sans doute attirer l'attention des consommateurs. Mais la réalité est là: un opérateur de téléphonie mobile français, qui souhaite toucher une cible française, est dans la capacité de proposer des produits ou des services auxquels il peut donner un nom japonais. Tellement ce nom est sans doute connu et familier des Français, aujourd'hui aptes à le mémoriser facilement.
Le Japon n'est vraiment plus une mode... Et cela n'est peut-être pas plus mal. Car sans tomber dans l'excès du "au Japon, tout il est beau, tout il est parfait", il me semble qu'il y reste quelques bons cotés dont la France pourrait tirer un inégalable profit: la propreté des lieux publics, les commerces ouverts le dimanche, la sécurité qui règne dans les villes, le respect de la propriété commune, les grèves qui ne bloquent pas tout...
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