J'aimerais dans cet article proposer quelques éléments de réflexion à ceux qui entretiennent des relations professionnelles avec le Japon, notamment quant à la façon de séduire ses partenaires nippons. Et je crois qu'il y a, dans cet objectif, beaucoup à apprendre de la part de l'un des Français qui a très certainement le plus contribuer aux relations franco-japonaises ces denières années. Qu'on aime le personnage ou non, que l'on soit de même bord politique ou non, que l'on approuve ce que fut son action politique n'a rien à voir ici. 22_ChiracMais pour ma part, je souhaiterais saluer l'incontestable "japonophile" qu'est Monsieur Jacques Chirac et lui rendre hommage à travers des extraits de quelques discours qu'il a prononçés ou des  interviews auxquelles il a répondu à travers le monde durant sa carrière politique. Quels que soient les lieux ou les thèmes de ces discours, Jacques Chirac a très souvent fait allusion au Japon, pays dans lequel on dit qu'il s'est rendu plus de 40 fois... Je crois qu'il est dans l'intérêt de beaucoup de les connaître, c'est sans doute pour certains la possibibilité d'y puiser une justification et un soutien à leurs actions vers le Japon, ce peut être pour d'autres la découverte d'arguments pour y tenter une aventure professionnelle... C'est quoi qu'il en soit une façon de mieux connaître ce pays et un moyen de mieux comprendre ce qui l'unit au nôtre. Car de son côté, le Japon est très conscient de l'intérêt que nous lui portons, comme en témoigne M. Kōno Yōhei, Ministre japonais des Affaires Etrangères, dans son discours sur la politique européenne du Japon du 13 janvier 2000: "Nombreux sont les français qui, à l'instar de M. le Président de la République Jacques Chirac sont de fervents nippophiles, très au fait de la culture japonaise."

Discours de M. Jacques CHIRAC Président de la République à SINGAPOUR
"Cette Asie est en marche vers son nouvel équilibre. Aux côtés du Japon, qui a vocation à occuper un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité..."
(Singapour, le 29 février 1996)

Interview accordée par M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à la NHK
"Le Japon est le premier partenaire de la France en Asie. L'Asie est une région dont le développement économique est actuellement spectaculaire et je souhaite naturellement que la France puisse profiter, bénéficier de ce développement en Asie."
(Paris, le 14 novembre 1996)

DISCOURS PRONONCE PAR M. JACQUES CHIRAC, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, A L'OCCASION DE LA XIXe CONFERENCE DES CHEFS D'ETAT DE FRANCE ET D'AFRIQUE
"La France aime et connaît l'Afrique. Fraternellement attentive aux évolutions de vos pays, elle s'est faite partout votre avocat. Deuxième donneur d'aide publique dans le monde, après le Japon,..."
(Ouagadougou, le 5 décembre 1996)

DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE - LA PRÉSIDENCE FRANCAISE DU SOMMET D'ÉVIAN
"La mondialisation appelle le dialogue. C'est pourquoi j'ai souhaité, prolongeant les initiatives déjà engagées par le Japon, l'Italie et le Canada, réunir à Evian le 1er juin des responsables de pays émergents et de pays pauvres, afin que nous évoquions ensemble, et très librement, les grands enjeux du monde contemporain."
(Paris, le 21 mai 2003)

Allocution de clôture de monsieur Jacques CHIRAC, Président de la République, au congrès mondial des jeunes agriculteurs
"...l'Union européenne n'a de leçons à recevoir de personne. Elle est aujourd'hui leur premier client pour les produits agricoles. Elle absorbe 85% des exportations agricoles africaines et près de 50% des exportations agricoles sud-américaines. Au total, l'Union européenne importe plus des pays en développement que les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon réunis."
(Paris, le 16 juin 2003)

DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A L’OUVERTURE DE LA 58ème SESSION DE L’ASSEMBLÉE GENÉRALE DES NATIONS UNIES
"La responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité est dévolue au Conseil de sécurité. Il est donc essentiel à sa légitimité que sa composition reflète l’état du monde. L’élargissement s’impose. A de nouveaux membres permanents, car la présence de grands pays est nécessaire. La France pense naturellement à l’Allemagne et au Japon..."
(New York, 23 septembre 2003)

DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, POUR L'ACCUEIL DU PROJET ITER :
Chirac_Iter1"ITER, c'est aussi le fruit d'une collaboration entre l'Union européenne, la Chine, la Russie, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Nous nous sommes mis d'accord pour participer à l'un des plus grands programmes scientifiques de tous les temps et ceci dans un but pacifique. Et nous l'avons fait en France.
Je tiens tout particulièrement à remercier le Japon, qui vient de faire preuve d'un remarquable sens et esprit de responsabilité et de consensus. J'ai d'ailleurs immédiatement écrit au Premier ministre japonais, M. KOIZUMI, pour le remercier."
(Cadarache, le 30 juin 2005)

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l’occasion de l’ouverture de la XIIIème Conférence des Ambassadeurs
"Pour relever les nouveaux défis de la sécurité collective, pour garantir la paix, le monde a besoin d’un Conseil de sécurité fort, reflétant mieux les réalités et les équilibres d’aujourd’hui. Il est temps de réaliser l’élargissement, trop longtemps différé, de cette enceinte essentielle. La proposition présentée par l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon répond aux exigences d’efficacité et de représentativité des différentes régions..."
(Paris, le 29 août 2005)

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à Reims
"Dans ce monde où s’ouvre le champ des possibles, nulle situation ne peut être considérée comme acquise. La recherche et l’innovation ne sont plus l’apanage des pays les plus avancés : elles se mondialisent à leur tour. Les pays émergents ne se contentent plus de fabriquer des produits conçus par d’autres. Ils innovent désormais, y compris dans les domaines de haute technologie. Ils se lancent dans des productions à forte valeur ajoutée. La Chine a multiplié par deux son effort de recherche en cinq ans. Elle compte déjà aujourd’hui plus d’ingénieurs que l’Europe tout entière. L’Inde, le Brésil mettent aussi les bouchées doubles.
Face à cette concurrence nouvelle, aucun grand pays ne reste inactif. Les Etats-Unis mobilisent leurs scientifiques pour exploiter toutes les potentialités des nouvelles technologies. Le Japon a engagé un effort d’investissement massif dans la recherche et l’innovation : il commence aujourd’hui à "relocaliser" son industrie."
(Reims, le 30 août 2005)


De mon point de vue, il est possible de tirer trois enseignements principaux de ces quelques extraits et que je résumerais ainsi:
-pour séduire le Japon, ses habitants comme ses hommes politiques, Jacques Chirac a tout d'abord appris à connaitre ce pays et à continuellement réactualiser ses connaissances, et ce en s'y rendant en personne. On a évoqué d'autres raisons plus inavouables, je ne tiens pas à entrer ici dans de telles polémiques. Mais à mon avis, beaucoup d'hommes d'affaires ou d'entrepreneurs français rêvent du marché japonais et des opportunités commerciales qu'il représente sans toutefois faire le nécessaire pour connaitre ce qui en constitue les fondamentaux. Notamment en évoquant des raisons de coûts ou de temps pour ne pas s'y rendre. Je crois qu'il s'agit là d'une profonde erreur d'appréciation et de jugement.
- deuxième point, le Président Chirac, où qu'il se soit trouvé et quel qu'aient été les thèmes de ses discours ou la nationalité de ses interlocuteurs, n'a pas souvent manqué l'occasion de citer le Japon, même si celui-ci n'était pas directement concerné par ses allocutions. C'est une très habile façon de montrer l'amitié qu'il porte à ce pays, et les Japonais n'auront pu qu'être favorablement surpris à chaque fois qu'ils découvraient que le Président français faisait référence à eux.
- enfin troisième point, Jacques Chirac a toujours sû séduire les hommes politiques japonais, non pas en leur offrant quelque chose que lui jugeait intéressant de leur proposer, mais en leur montrant qu'il leur apportait son soutien pour ce qui constitue depuis des dizaines d'années leur rêve à eux: siéger de façon permanente au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Un soutien qu'il aura exprimé à de très nombreuses reprises. Je sais les Japonais, qu'on dit fiers de leur nationalité et parfois assez dédaigneux de ce qui n'est pas issu de leur pays, particulièrement sensibles au regard que leur porte l'étranger et très demandeurs en terme de reconnaissance internationale. A mon avis, les hommes d'affaires français devraient eux aussi, à leurs niveaux respectifs, s'interroger sur leurs capacités à contribuer à la réalisation ou à la concrétisation des aspirations profondes de leurs partenaires japonais. Et je reste persuadé que les possibilités sont nombreuses, quels que soient le secteur d'activité ou la nature des relations professionnelles, d'apporter un "plus" dans ces relations en suggérant qu'elles peuvent être de nature à satisfaire les rêves de ces partenaires nippons. Des rêves qui ne sont pas directement exprimés dans le cadre de ces relations (qui sont le plus souvent purement commerciales), mais que celles-ci peuvent, au passage, aider à concrétiser. Cela peut être un intérêt personnel de l'interlocuteur, dont le rêve non avoué est tout simplement de visiter la France aux frais de sa société, ou alors une amélioration de l'image de l'entreprise qui veut prétendre à une dimension internationale, ou encore la suggestion d'un objectif plus important que celui auquel la relation initiale peut conduire... Cela peut être une foule de choses, mais pour les déterminer avec précision, il faut les connaitre. Et pour les connaitre, il faut aller au Japon, rencontrer ses partenaires dans leur élément, dans leur environnement, et les observer, les écouter et les "sentir" soi-même. Et comprendre, avant même que de leur proposer quelque chose (un produit ou un service), quelles sont les attentes et les demandes des Japonais. J'ai souvent eu l'occasion de soumettre une idée simple à la réflexion d'industriels français qui s'étonnaient que leur production ou leur savoir-faire, pourtant réputés excellents au niveau mondial, n'obtenaient pas dans ce pays des résultats commerciaux au niveau de leurs espérances : se vend vraiment bien au Japon, non pas ce qu'il y a de meilleur, mais ce dont les consommateurs japonais ont besoin. Tout en sachant que ce dont ils ont le plus besoin est le plus souvent ce qu'il y a de meilleur...


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