16 janvier 2008
Japon pas cher
Pour inaugurer ce blog, et peut-être susciter des commentaires de la part de ceux qui voudront bien le visiter et ainsi lui apporter différents points de vue qui seront tous les bienvenus, j'aimerais vous faire découvrir un aspect du Japon en général, et de Tōkyō en particulier, qui m'a beaucoup impressionné lors de mon dernier séjour dans ce pays, entre fin novembre et fin décembre 2007.
Pendant de longues années, le Japon a été considéré comme un pays où le coût de la vie était l'un des plus élevés au monde. Se rendre et séjourner à Tōkyō réclamait un véritable effort financier. Je crois me souvenir qu'à son cours le plus haut, le yen des années 90 a atteint environ 16 yens pour 1 de nos francs d'alors. Ce qui revient à dire que, dans notre monnaie actuelle, 1 euro aurait été échangé contre 105 yens environ. Or aujourd'hui, avec un euro, on obtient près de 160 yens...
Rien de vraiment étonnant à cela. Nul n'ignore que l'euro s'est énormément apprécié depuis sa création, notamment face au dollar. Et la monnaie japonaise est à l'image du pays (presque) tout entier: il suit fidèlement son allié américain... Doù, entre autres, un taux de change qui nous est devenu extrêmement favorable!
Mais le change n'explique pas tout. Je n'ai pas les chiffres de l'inflation ni ceux de la hausse des prix de ces dernières années au Japon, mais j'ai l'impression qu'elles ont été extrêmement bien contenues. De plus, la crise, notamment de consommation, des années 90 a vraiment favorisé un maintien, voire parfois une baisse des prix. Les produits et services "low coast" ont fait une nette percée.
Il en résulte une vérité nouvelle qui devrait en concerner plus d'un parmi tous ceux qui rêvent de se rendre au Japon: ce pays n'est plus le pays cher qu'il a été. Et séjourner à Tōkyō comme touriste peut s'avérer bien moins coûteux qu'on ne l'imagine généralement.
Bien sûr, il existe toujours des moyens de faire fumer sa carte bleue! Descendre dans les hotels les plus cotés ou les ryokan réputés n'est pas donné à tous. Manger tout le temps français revient cher; le fameux boeuf de Kobe, ou plutot de Matsuzaka est toujours aussi onéreux (le morceau en haut à gauche de la photo est à environ 34 euros...les 100 grammes!). Comme le sont également ces produits de consommation courante chez nous et dont le prix à Tōkyō est limite choquant et incroyable: les fruits! On peut très aisément vous demander de débourser 3 euros pour...une seule pomme! Pour un touriste, il est également vrai que les transports ferroviaires, surtout longues distances, constitueront sans doute une partie non négligeable de son budget, même avec le Railway Pass pour étrangers. Sachez toutefois qu'il existe d'autres modes de transports plus abordables, à condition d'en avoir le temps: les autocars, de jour comme de nuit, par exemple au départ de la gare de Tokyo, et qui desservent les villes principales de tout l'archipel...
Par contre j'ai fait quelques découvertes dont pourront bénéficier tous ceux qui voudront faire des économies. Et toute publicité est entièrement gratuite et désintéressée!
Pour se loger, j'ai trouvé, parmi sûrement bien d'autres, un hôtel à 200m de la gare de Kanda, c'est à dire à une station de la gare de Tōkyō, autrement dit en plein coeur de la capitale.
La nuit est à 6500 yens, soit 40 euros, pour une single! Et comme nous sommes à Tōkyō, la chambre est certes petite, juste la place de se retourner! Mais en revanche, elle est équipée, tenez-vous bien: d'un climatiseur-chauffage, d'une TV, d'une bouilloire et du thé offert, d'un nemaki ou pyjama genre yukata, de chaussons, réveil, radio, téléphone... la salle de bains propose une baignoire avec douche, des toilettes équipées des fameuses "Washlet", un séchoir à cheveux, un petit set brosse à dents/dentifrice/rasoir/ bonnet de douche... bref, tout ce qu'on ne trouve chez nous que dans les palaces parisiens...et encore, vous n'aurez jamais de pyjama!
Pour se restaurer... Pour peu que l'on décide de faire des économies, on peut manger à Tōkyō à des prix inconnus en France. Ceux qui habitent Paris connaissent peut-être les Lamen, ces nouilles servies dans une soupe, d'origine chinoise revue et corrigée par les Japonais, et les Gyōza, petits raviolis frits. Rue Ste-Anne, à midi, les menus les moins chers combinant ces deux plats doivent tourner autour de 10 ou 11 euros. A Tōkyō, une chaine de restaurants (ouverts 24 heures sur 24 comme beaucoup d'autres, ce qui est génial, surtout les premiers jours où, à cause du décallage horaire, on peut se réveiller à 4h du matin avec une petite faim!...) propose un menu Lamen/Gyoza + une assiette de riz au curry pour 780 yens, ce qui fait...moins de 4,90 euros! Même moi qui mange très correctement, j'ai eu du mal à finir...!
Autre découverte: vous connaissez l'indice Big Mac? Eh oui, on en est arrivé là...! Le prix de ce sandwich Mc Donald le plus répandu au monde et identique quelque soit le pays sert aujourd'hui d'indice de comparaison du pouvoir d'achat des différents pays du monde! Eh bien, cela sera sans doute parlant à mes jeunes lecteurs, le prix du Best-of Big Mac est actuellement de 580 yens, ce qui fait environ 3,60 euros. Soit à peu de choses près le prix du sandwich simple en France... Et de plus, bien des magasins sont ouverts 24h sur 24 eux aussi...!
En réalité, la possibilité de se restaurer à des prix très peu élevés n'est pas vraiment une nouveauté au Japon. Une des raisons principales est que, de même que dans presque toutes les grandes métropoles, l'employé japonais, le
salaryman, n'a plus, depuis longtemps déjà, le loisir de rentrer chez lui pour le déjeuner. Les restaurants japonais ont particulièrement bien joué le jeu et pris en compte cette contrainte pour lui permettre de ne pas se ruiner à midi, tout en mangeant malgré tout très correctement, et surtout des plats chauds. Ainsi, bien des menus complets, avec plat principal à base de viande ou de poisson accompagnés de légumes, bol de riz, soupe et condiments, ne coûtent pas plus de 5 euros. De plus, la cuisine japonaise offre de nombreux plats uniques mais assez complets, à base de riz (donburi) ou à base de pâtes (soba, udon, lamen...) auxquels on ajoute viande, poisson ou légumes selon les spécialités. Les Japonais n'ont donc pas eu besoin d'attendre d'être envahis par les fast food américains comme celui cité plus haut pour avoir les leurs. Vous entrez dans un restaurant classique, vous êtes accueilli par un retentissant "irrashaïmase!" (bienvenue!), une petite serviette chaude (oshibori) et un verre d'eau ou une tasse de thé. Et vous n'attendrez généralement pas 5mn avant d'être servi. Le repas sera lui aussi consommé rapidement, c'est une règle de politesse que de ne pas s'attarder à table dès le repas fini et vite céder sa place à ceux qui attendent, parfois en constituant de longues queues à
l
'extérieur lorsque l'établissement est renommé... Le restaurant compte lui aussi sur cette rapidité pour pouvoir faire plusieurs services par table, compensant ainsi par la quantité le faible coût des menus proposés. Et dans ce qu'il convient de nommer les fast food à la japonaise, tout est encore accéléré! A peine entré, vous passez votre commande et vous êtes servi en moins d'une minute. Et il ne vous faudra sans doute pas plus de 10 autres minutes pour être rassasié! Yoshinoya est sans doute l'enseigne la plus connue et la plus répandue, qui propose différents "bols" uniques ou accompagnés d'une petite salade ou de soupe, dont celui qui a fait son succès: le Gyūdon, bol de riz surmonté de tranches de boeuf et d'oignons. Le prix? Moins de 2,50 euros...
Ainsi, si se restaurer à des prix plus que raisonnables n'est pas une réelle nouveauté, 1) le prix peu élevé des menus au Japon 2) le taux de change qui nous est favorable 3) les prix pratiqués en France pour obtenir quelque chose d'équivalent, ces trois raisons en font une bonne de se remplir la panse sans se vider le porte-monnaie!
Un autre exemple d'un produit vraiment pas cher: mais puis-je en faire mention ici? Bon, d'accord, j'en parle juste à titre d'exemple, mais je ne mettrai pas de photo, pour ne pas être accusé d'incitation à la débauche! Fumeurs, encore plus brimés en France depuis le 1er janvier 2008, réjouissez-vous! ...et en évitant toutefois de tuer vos voisins, suicidez-vous plus vite au Japon qu'en France: le paquet de cigarettes, pour ne parler que de la plus célèbre des marques, celle au paquet blanc au chapeau rouge, ne coûte que 320 yens, soit 2 euros! Et 2400 yens la cartouche sous douane à Narita!
Et pour rapporter des cadeaux vraiment pas chers mais non dépourvus de toute originalité, on peut trouver, entre les brosses à dents, les ustensiles de cuisine ou les parapluies à deux sous, des gadgets amusants dans les 100yens shop qui correspondent à nos boutiques "Tout à 2 euros". Sauf que 100 yens, ça fait à peine plus de 0,60 euros...
Bref, ces quelques exemples, et je vous assure qu'on peut en trouver des dizaines d'autres, pour vous dire à tous: s'il est un moment propice pour se rendre au Japon, c'est bien actuellement! Il y a réellement une opportunité d'un point de vue financier dont il serait dommage de ne pas profiter!!
21 janvier 2008
Le respect du bien public
Aah la la! Qu'est-ce que c'est agréable de voyager en train au Japon!...
Première info, qui sera d'importance pour les touristes en vacances à Tōkyō: pratiquement toutes les gares de trains "aériens" et les stations de métro sont équipées de toilettes gratuites. Et elles sont propres!
Aucune crainte à avoir donc pour ce qui est de satisfaire un besoin naturel, ce qui n'est pas forcément le cas dans bien d'autres endroits du monde, à commencer par notre chère capitale, ville qui accueille le plus grand nombre de touristes au monde, et dont les W-C publics sont le plus souvent dans un état de propreté... lamentable! Ou alors faut-il se résoudre à emprunter les toilettes d'un café, auquel cas il faut consommer et donc dépenser quelques euros... Avez-vous conscience de la difficulté que cela représente pour un étranger à Paris, de soulager une envie pressante?
De ce simple exemple, je voudrais évoquer, illustrer et surtout louer cet aspect si remarquable de la mentalité japonaise: le respect du bien disposé à l'usage du public. Que cela concerne un bien privé ou non, tout ce qui est placé dans la ville et destiné à une utilisation publique est invariablement en bon état de présentation, ni détérioré ou tagué, et en bon état de marche. Toilettes, mais aussi téléphones ou autres distributeurs automatiques.
Et plus généralement, ce respect se ressent dès qu'on déambule dans Tōkyō: les rues et surtout les trottoirs sont aujourd'hui dans un état impressionnant de propreté! Bien entendu, jamais de ces crottes de chiens qui nous sont si familières, dans lesquelles on marche si souvent avec pour toute consolation, cette pensée pseudo-superstitieuse en vérité bien hypocrite : "bah, c'est le pied gauche, ça porte bonheur...". Oh non, c'est tout simplement énervant et répugnant!!
Mais ce qui est le plus remarquable, c'est qu'il ne s'y trouve (pratiquement) plus aucun mégot nonchalamment jeté et écrasé! La raison: une politique volontariste des pouvoirs publics, je crois du ressort des autorités de chaque arrondissement, qui, afin d'éviter les toujours possibles accidents tels que les brûlures causées aux enfants ou aux vêtements des autres piétons, ont décrété interdit le fait de fumer en marchant. Cela ne concerne pas toute l'agglomération, mais cependant la plupart des grands quartiers de Tōkyō qui sont souvent, comme chacun le sait, envahis de piétons. Pour cela, ont été installés, dans les artères principales ou à des grands carrefours, de volumineux cendriers, avec de l'eau dans le fond pour que la cigarette jetée dedans s'éteigne et ne fume pas, et qui indiquent un espace fumeur autorisé. Le passant s'y arrête, fume sa cigarette, la jette consciencieusement dans le cendrier et reprend son chemin. Conséquence: les trottoirs de la ville sont quasi impeccables! Mais revenons à nos trains...

Contemplez les photos de celui-ci: un "rapide" que j'ai emprunté entre Tōkyō et Nagano, que l'on pourrait comparer à notre Corail. Premier constat: c'est propre! Agréable et confortable.
Petite remarque: chaque rangée de sièges est montée sur un système qui lui permet de pivoter sur elle-même. Ainsi, où qu'elles soient placées dans un wagon, 3 ou 4 personnes qui voyagent ensemble peuvent s'asseoir face à face si elles le désirent. Très pratique!

Autre élément indéniable de confort: un distributeur automatique de boissons en parfait état de marche. A noter au passage que dans celui-ci, j'y ai même trouvé une eau minérale bien de chez nous, vendue 130 yens, soit environ 0,80 euro...moins cher que chez nous, non? Mais si vous restez assis à votre place, une jeune fille poussant un lourd chariot rempli de boissons froides et chaudes, snacks et bentō passera toujours vous voir, même en seconde classe!
Enfin, ce qui a vraiment attiré mon attention et provoqué ma surprise: l'état de propreté des toilettes!! Rouleaux de papier en nombre plus que suffisant, cuvette, évier, sol, tout est propre et le restera tout au long du trajet! Rien que dans ces toilettes-là, s'exprime tout le respect qu'ont les Japonais de ce qui est d'un usage public. En réalité, le respect qu'ils ont... d'eux-même, non?
Aah la la, qu'est-ce que c'est agréable de voyager en train au Japon!!!
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30 janvier 2008
Le maniement des baguettes
Vous avez des problèmes pour manger avec des baguettes?
"Bah, on se débrouille...et pour la façon correcte de tenir les O-hashi, il suffit de demander à un japonais" penserez-vous... Eh bien aussi incroyable que cela puisse paraitre, énormément de Japonais ne savent pas
les tenir convenablement! Un sur deux, peut-être même plus! Il est étonnant de
constater à quel point l'apprentissage de ce qui est la bonne façon de tenir ses baguettes (à savoir en coincer une entre la base du pouce et la pointe de l'annulaire pour qu'elle soit fixe, et tenir l'autre comme un stylo, avec l'extémité du pouce, de l'index et du majeur pour qu'elle soit mobile) n'est pas dispensé aux enfants qui, prenant de mauvaises habitudes dès leur plus jeune âge, éprouvent les grandes difficultés à s'en défaire devenus adultes...
Par contre il y a deux choses qu'on ne doit jamais faire au Japon, qu'aucun Japonais n'ignore. Et qu'il est conseillé à un Français de bien connaitre. La première est de ne jamais planter ses baguettes dans son bol
de riz. Cela correspond à un rite funéraire. La veillée d'un défunt se fait au Japon dans une pièce qui accueillera famille, amis, connaissances, bref, tous ceux qui voudront s'incliner une dernière fois devant le cercueil. Celui-ci est exposé avec, entre autres, un certain nombre de mets disposés pour respecter une croyance traditionnelle, comme quoi le défunt aurait à entreprendre un long voyage qui le conduit dans son nouveau royaume éternel. Parmi eux, un bol de riz. Dans lequel, pour qu'il puisse manger, on plantera une baguette. Ce geste est donc tout à fait prohibé devant un Japonais, dans un restaurant ou tout autre lieu.
De la même façon, il est tout à fait interdit de faire passer une nourriture de baguettes à baguettes. Si quelqu'un vous tend quelque chose à manger avec ses baguettes, ne vous en saisissez jamais avec les vôtres. Là encore, il s'agit d'un geste réalisé pendant les funérailles, plus précisément après la crémation d'un corps. Sorti du four crématoire, le corps conserve son squelette presque intact. Quelques os, considérés comme plus importants que les autres, seront alors saisis et seront disposés dans l'urne funéraire. Or les proches du défunt assistent le plus souvent à cette cérémonie, et avant de les enfermer dans l'urne, ils se passeront ces quelques os de baguettes en baguettes... Alors si, à table, un Japonais vous propose de goûter à un met en vous le tendant avec ses baguettes, tendez votre petite assiette (torizara) ou même votre bol de riz, pour qu'il puisse l'y déposer. Ce n'est qu'ensuite que vous pourrez vous en saisir avec vos baguettes et pourrez le déguster!
Allez, pour terminer joyeusement ce petit article, je vous propose une petite vidéo loufoque sur la façon de d'utiliser ses baguettes,de fendre celles qu'on trouve généralement dans les restaurants japonais, ainsi que la manière de les tenir. Désolé, je n'ai que la version japonaise sous-titrée en anglais... mais les images parlent d'elles-même!
14 février 2008
Bêtement disciplinés?
On dit souvent que la mentalité japonaise et la mentalité française sont très différentes, voire même opposées. Je reviendrai sans doute sur cette affirmation sur laquelle j'ai beaucoup de réserves. Mais je dois reconnaitre que parfois, elle se vérifie. En voici un exemple.
En France, on a généralement des Japonais l'image d'un peuple extrêmement discipliné. Difficile de prétendre le contraire lorsqu'on se ballade dans Tōkyō. Pour traverser une rue, impensable de le faire en dehors d'un
passage protégé devant lequel on attendra patiemment que le feu passe au vert. Circulation ou pas. Il n'est pas rare de voir une personne immobile à un feu rouge à trois heures du matin alors que la rue qu'elle veut traverser est totalement vide. Et pour faciliter le flot des piétons dans les carrefours qui sont envahis aux heures de pointe, on a même prévu des passages en diagonale où, chose assez étrange, on ne se bouscule pas autant qu'on pourrait l'imaginer au moment où les flots de piétons se croisent...
Que ce la soit pour les piétons ou pour les voitures, les routes sont littéralement recouvertes de peinture. A Tōkyō, on ne tourne pas à gauche ou à droite impunément et au dernier moment, il faut se mettre bien avant dans la bonne file. Ce qui, au passage, ne facilite vraiment pas la vie des provinciaux ou des étrangers qui ne connaissent pas forcément leur chemin, et les panneaux indicateurs ne sont pas toujours d'une grande aide.
Lorsqu'il est question de constituer une queue dans la rue, et ceci arrive très fréquemment devant des boutiques juste avant leur ouverture, devant des restaurants réputés mais très vite pleins à midi, pour attendre le débur d'une séance de cinéma etc..., il sera hors de question que celle-ci gêne le reste des piétons.
Dans les stations de métros et gares de trains aériens, dont les plus importantes atteignent plusieurs millions de voyageurs/jour, la plupart des couloirs et escaliers sont clairement séparés en deux zones, pour que les usagers ne se mélangent et ne se bousculent pas.
On pourrait ainsi multiplier les exemples de discipline au Japon. Et les étendre au rapports hiérarchiques entre supérieurs et subalternes dans les sociétés, entres professeurs et élèves dans les écoles, jusqu'aux... touristes qu'on voit débarquer à Paris en groupes bien structurés, bien disciplinés. Et parfois, on devine le regard un peu moqueur des Parisiens dont on devine la pensée: "disciplinés? oui, admirablement disciplinés. Un peu bêtement disciplinés, même..."
Parce qu'en France, on a une tradition solidement ancrée dans nos esprits gaulois: apporter la contradiction à l'autorité. Celle-ci veut nous obliger à agir d'une certaine manière, notre premier réflexe sera souvent de nous demander comment contourner cette obligation. Parce que l'autorité, qui s'exprime à travers la loi, les décrets et autres règlements, ne prend en compte, comment en serait-il autrement, que l'intérêt général. L'individu cherchera souvent à affirmer son indépendance et son existence en prenant des initiatives qui lui semblent, à lui, adaptées et justes, même si elles s'opposent à ce que lui dicte la loi. Une rue est vide? Je la traverse, même si le feu est rouge. Et même si la loi a prévu une sanction pour ce qui reste une infraction, il n'est pas un agent de police qui songera à verbaliser un piéton pour cela...
D'un point de vue beaucoup plus général, la mentalité française se caractérise par le refus de la soumission docile et aveugle à l'autorité et glorifie la résistance. Jusqu'à lui attribuer une majuscule lorsqu'elle est historique. L'événement historique le plus important de notre Histoire est sans aucun doute la Révolution de 1789. L'abbé Pierre est sans doute autant admiré par le bien qu'il a fait que par sa capacité à se dresser contre ce qu'il considérait comme indécent. L'insurrection est louée lorsqu'elle est celle de la bonté. Celui qui s'oppose à la loi, quand il considère qu'elle a tort, est un héros.
Beaucoup de nos concitoyens confondent me semble-t-il héros de la résistance avec indiscipline ou individualisme. Pour satisfaire son ego ou s'imaginer être un grand résistant ou opposant. Au détriment du respect de l'intérêt général. Le cafetier de Lyon qui, pour se faire un gros coup de pub, brave l'interdiction de fumer dans les lieux publics clos en invoquant des raisons soi-disant artistiques. Le Prost de pacotille qui se croit malin de rouler seul à 130 sur une nationale alors que tous les autres observent la limitation de vitesse, qui ralentit comme un malade en croisant un radar et réaccélère juste après... Là encore, les exemples sont innombrables.
En conclusion de ce constat, je risquerais cette petite réflexion: seul l'excès me semble condamnable. Autant celui qui attend pour traverser une rue vide que le feu passe au rouge, au beau milieu de la nuit, me semble un peu benêt, autant celui qui confond résistance et individualisme forcené me paraît être dans l'erreur. Il y a du bon à butiner aussi bien dans la mentalité française que dans l'attitude japonaise. Et peut-être que si un peu plus d'initiatives personnelles feraient du bien aux Japonais, un peu plus de discipline serait me semble-t-il très profitable aux Français... enfin à certains!
Alors, d'après vous, discipline ou insoumission?
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Vive la France!
Je me demande parfois à quel point les Français ont conscience ou au contraire ignorent combien notre pays bénéficie d'une excellente cote de popularité au Japon...
C'est à l'attention de ceux qui en douteraient encore que je rédige ce petit article. Pour tous ceux qui comptent s'y rendre un jour en touristes, qu'ils sachent qu'à priori ils seront très bien accueillis, et surtout à l'adresse de ceux qui voudraient y entretenir des relations professionnelles pour qu'ils sachent bien quelle image avantageuse de notre pays les précéde. A tous les grincheux ou les rabat-joie qui encore aujourd'hui prétendent qu'il est difficile de faire des affaires avec les Japonais. Certes, ce n'est pas toujours du tout cuit et il faut y consacrer du temps et de l'énergie. Mais il serait bon que chacun sache que la France bénéficie au Japon d'une image globalement excellente qui favorise vraiment nos compatriotes lorsqu'ils investissent le ou au Japon.
Bien sûr, la France évoque souvent pour de nombreux Japonais un pays peuplé de gens peu sérieux, peu responsables, souvent en grève, des gens bavards qui n'en finissent pas de parler, de débattre et d'argumenter au lieu de réfléchir en silence et d'agir... Les clichés sur la France ont la vie aussi dure que les clichés sur le Japon qu'on a chez nous. Au fond, ce n'est que justice.
Par contre il convient de savoir que la France, en tant que nation, est extrêmement bien considérée. Pour un Japonais, la France est synonyme de culture. De grande classe. De luxe. Autant il faut aller aux Etats-Unis si l'on veut rencontrer le progrès, autant il faut se rendre en Europe, et en particulier en France si l'on veut découvrir ce que la civilisation occidentale a de meilleur en terme de culture et de noblesse.
Ainsi, balladez-vous dans les rues de Tōkyō, et vous découvrirez des choses évidentes, d'autres plus insolites. Parmi les premières, la présence dans la capitale nippone de toutes les grandes marques du luxe français, avec en premier lieu celle du groupe LVMH, leader mondial du luxe mais aussi toutes les grandes enseignes françaises, celle que l'on trouve à Paris sur les Champs-Elysées, dans la rue du Faubourg St-Honoré ou du coté de St-Germain des Prés. Bon, d'accord, rien de vraiment extraordinaire de ce coté là, Tōkyō est à l'image de toutes les capitales du monde... A ceci près que, en raison de leur succès local, les grandes marques françaises n'y ont le plus souvent pas qu'une simple représentation, mais des boutiques parfois aussi importantes que leurs homologues parisiennes...
Ensuite, vous trouverez plein de magasins qui proposent des produits rappelant la France ou importés de chez nous. Des boulangers, des débitants de vin... Les distributeurs automatiques de boissons ne sont pas réservés aux marques locales.

Plus insolite, vous pourrez trouver des magasins, des restaurants ou des cafés vraiment très ressemblants à ce qu'on trouve chez nous. Des établissements qui n'ont rien de japonais, et qui semblent avoir été transporté de France et installés tels quels à Tōkyō, avec tout ce que cela peut parfois comporter d'étrange voire de choquant pour certains...

Plus insolite encore, vous pourrez trouver un nombre impressionnant de boutiques qui cette fois-ci n'ont rien de français mais qui ont choisi un nom français. Tout simplement parce que cela "fait classe"!... Et le plus drole, c'est que certaines enseignes s'imaginent etre rédigées en français. C'est vrai que ça y ressemble, mais il faut bien se rendre à l'évidence: ça n'a parfois aucun sens!

D'autres par contre font preuve d'un indéniable humour et on peut même en trouver qui semblent manier le jeu de mot avec une virtuosité certaine. Je suppose qu'il est un Eddy qui aurait applaudi des deux mains!...

Même s'il est vrai qu'il ne s'exporte plus aussi bien que dans les années 70 avec notamment Alain Delon, le cinéma français est toujours présent au Japon. Et il n'est pas rare d'apercevoir sur les petits écrans nippons des publicités pour des produits japonais qui utilisent les plus célèbres de nos stars (n'est-ce pas M. Jean Reno?) qui voient là l'occasion de rentrées financières impressionnantes et d'autant plus appréciées et recherchées qu'en France, c'est une habitude qui décidément ne prends pas...
Bref, tous ces petits exemples pour illustrer un point de vue qui me tient à coeur: la France est globalement très bien acceptée, et même souvent très appréciée et même admirée par les Japonais. Ce ne sera pratiquement jamais un désavantage que de dire au Japon qu'on est français, bien au contraire! Alors, à tous ceux qui, notamment, ont envie d'y commercer et y faire des affaires: allez-y! Vous partez avec un sacré avantage!
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17 février 2008
A la gloire de l'éphémère.
Rien n'est plus beau ni plus cher au coeur que ce qui est éphémère.
Précisément parce que ce qui est éphémère ne dure pas, et que le temps pour l'apprécier est compté.
Tel est, de mon point de vue, l'un des traits essentiels de la pensée japonaise.
Les exemples qui illustrent cet aspect de la mentalité nippone sont innombrables. On le retrouve dans la
culture, la philosophie, le mode de vie, jusque dans la gastronomie. Parmi tous les styles culinaires qui existent au Japon, celle qu'on appelle Kisetsu ryōri ou cuisine de saison est l'une des plus typiques et l'une des plus prisées. Parce qu'elle utilise des produits que l'on ne retrouve pas tout au long de l'année, des produits qui sont donc rares et reproduisent dans les assiettes les particularités de la nature du moment, ses goûts, ses couleurs...
La nature, dont on dit si souvent que les Japonais sont très proches, est également louée par le caractère
éphémère de ce qui la compose; on y retrouve toute la pensée bouddhique, comme par exemple à travers la contemplation d'une simple feuille, qui de verte et bien vivante, rougira à l'automne et tombera, peut-être dans un ruisseau et lentement se décomposera et finira par disparaitre. La compréhension, et surtout l'acceptation du caractère éphémère de tout ce qui vit permet d'accepter la mort sans que celle-ci soit dramatique et traumatisante. Il est dans la nature des choses qui vivent de mourir un jour...
Les japonais ont je crois une vision différente des occidentaux de ce qui est éphémère. Moins pessimiste dirais-je. Parce que notamment leur environnement les conduit à penser ainsi. Prenons par exemple l'architecture. En occident, c'est la pierre qui depuis des millénaires a servi de matériau de base aux constructions. Un matériau qui, sans être éternel bien sûr, a néanmoins une durée de vie extrêment plus longue que celui qui a toujours servi au Japon, à savoir le bois. Plus résistant aux séismes parce que souple (un peu comme le roseau, "je plie et ne romps point"...), et encore à condition qu'ils ne soient pas trop forts, le bois subit en revanche les agressions du temps, des phénomènes naturels tels que vent, pluie ou gel, et surtout disparait à tout jamais à cause des incendies, si redoutés là-bas.
Conscients que rien ne dure vraiment très longtemps, les japonais n'en sont pas moins en quête de longévité. Il est humain de tenter de faire durer le plus longtemps possible ce qui a pour vocation de ne pas durer. Ainsi, ils ont appris a dominé le coté éphémère du bois. Notamment en privilégiant souvent ce que représente une chose plutot que ce qu'elle est. Je m'explique. Prenez le Kinkakuji ou "Pavillon d'Or", l'un des
temples les plus célèbres du Japon. Il a subit depuis sa construction maintes agressions, la dernière en date étant un incendie volontaire dû à un moine mentalement déficient qui le ravagea entièrement en 1950. Ce qui signifie que le temple que l'on admire actuellement et dont on apprécie entre autre la dimension historique n'est en fait qu'une constrction qui n'a pas 70 ans... Mais personne ne songerait à s'en offusquer. Même s'il ne s'agit finalement que d'une (simple?) copie de l'original, l'important n'est pas le bâtiment que l'on a sous les yeux, mais bien le symbole qu'il représente. L'oiseau qui le domine fièrement est d'ailleurs un phoenix, qui toujours renait de ses cendres... Le bâtiment est éphémère, le temple et ce qu'il représente traverse les siècles.
Mais il y a au Japon une chose bien spécifique, typique, et qui illustre particulièrement bien cet aspect de la mentalité japonaise. Je vous propose de la découvrir à travers des photos que j'ai prises en avril 2007. Des photos de cerisiers (sakura) en fleur... Avec pour les accompagner, cette unique précision: la fleur de cerisier est extrêmement fragile et ne résiste ni à une pluie même légère, ni à une brise même douce. Il n'est pas rare que la floraison ne dure que quelques jours, parfois un ou deux à peine. Et en dehors de toute autre considération, dont la simple beauté du spectacle offert, c'est son caractère particulièrement éphémère qui fait de ce moment l'un des plus émouvants de l'année pour un japonais.
Alors regardez...et admirez... :

Ces photos ont été réalisées dans le quartier appelé Chidorigafuchi, à Tōkyō.
On aperçoit les douves qui entourent le Palais Impérial, du 
coté où se trouve le Budōkan, l'équivalent du POPB parisien.
Bâti pour y accueillir l'épreuve de Judo, en démonstration pour les J.O de Tōkyō en 1964, le Budōkan est une enceinte couverte pouvant contenir environ 10 000 spectateurs suivant sa configuration et qui propose aussi bien des 
épreuves sportives diverses que des concerts.
Et lorsque vient la très éphémère période de la floraison des cerisiers, les Tokyoïtes s'y retrouvent par dizaines de milliers, les photographes amateurs et professionnels se régalent.


En quelques jours à peine, les pétales auront recouvert les trottoirs et les rues comme le ferait la neige en hiver, et les rues de Tōkyō retrouveront un visage plus citadin... jusqu'à l'année suivante.
Car l'éphémère ne dure certes pas, mais il peut parfois se reproduire... pour l'éternité ou presque.
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20 février 2008
Kantō et Kansai
Autant en France on généralement l'habitude de diviser le pays en Nord et Sud ( langue d'oil et langue d'oc, nord ou sud de la Loire, etc...), autant les japonais ont pour habitude de parler de l'Ouest et de l'Est de leur pays. Avec pour symbole de cette distinction, deux grandes régions principales (qui toutefois ne devront pas faire oublier les spécificités et l'importance de toutes les autres régions): des barrières douanières ayant été installées depuis longtemps sur le route Tōkaidō qui longe le Pacifique, on a fait rapidement la distinction entre la grande région qui étaient à l'Ouest de celles-ci, Kansai, et celle qui était à l'est, Kantō. Aujourd'hui, 
le Kansai, autrement appelé Kinki, désigne la grande région d'Ōsaka, Kyōto et Kōbe notamment ( Nagoya en fait également partie selon certains ). Quant à la région du Kantō, c'est bien évidemment celle de la mégalopole formée essentiellement par Tōkyō, Kawasaki et Yokohama. Il ne s'agit pas là de "régions" dans le sens administratif du terme, mais plutôt historique, économique, commercial et surtout culturel. Et malgré que Tōkyō soit aujourd"hui la capitale administrative et politique du pays et la ville à laquelle on pense souvent en premier quand on évoque le Japon, une très grande majorité de Japonais considèrent que "l'âme" du Japon est plutôt à trouver dans le Kansai.
Tout d'abord pour des raisons historiques. Ce n'est qu'au début du 17ème siècle, sur décision du shôgun Tokugawa Ieyasu, que la capitale du Japon fut installée à Edo, ancien nom de Tōkyō, initiant ainsi l'ère du même nom qui allait durer jusqu'à l'ère Meiji (1868). Afin notamment de bien montrer que le pouvoir politique et militaire n'était plus propriété de l'empereur, qui depuis des siècles résidait dans l'ouest du pays, principalement à Nara et Kyōto. De cette décision, découle en grande partie la distinction actuelle entre l'Est et l'Ouest. Car si bien entendu Tōkyō s'est développé dans tous les domaines, notamment économiques, financiers ou culturels et fait figure de ville incontournable pour quiconque, et notamment tout étranger, qui voudrait entreprendre des relations professionnelles avec le Japon, c'est bien à Kyōto et à Ōsaka que l'on trouvera encore l'essentiel de la culture traditionnelle japonaise, aujourd'hui alliée à un très grand dynamisme économique, industriel et commercial.
Au premier plan de cette culture traditionnelle, celle que connaissent le mieux les touristes: les temples bouddhistes et les sanctuaires shintō. A propos, savez-vous comment les distinger d'un coup d'oeil? Seuls les sanctuaires shintô possèdent un Torii, portail qui symbolise dans cette religion le passage du monde réel au monde spirituel, du profane au sacré: celui dont vous voyez ici la photo est sans doute l'un des plus célèbres, le torii du sanctuaire Itsukushimajinja à Miyajima.
C'est incontestablement à Kyōto et à Nara que l'on trouve les temples les plus connus et les plus visités du Japon. Juste quelques exemples pour mémoire. A Nara, le Hōriūji, dont la construction initiale remonte au tout début du 7ème siècle. Un de
ses bâtiments est considéré comme la plus vieille construction en bois du monde et l'Unesco l'a classé au Patrimoine mondial de l'Humanité. Egalement le Tōdaiji, considéré lui comme le bâtiment en bois le plus grand du monde et qui abrite un très majestueux Bouddha.
A Kyōto, le Kiyomizudera, construit sur un impressionant échaffaudage, ou le Rokuonji et son célébrissime "Pavillon d'Or" ou Kinkakuji. Ou encore le Ryōanji, au coeur duquel se trouve le jardin de pierres considéré comme le plus abouti des jardins zen.
Autre particularité culturelle qui distingue (et parfois oppose) Kantō et Kansai: la langue. A Tōkyō, on parle le hyōjungo, la langue dite standard. Ou officielle, pour ceux qui auraient tendance à s'enorgueillir d'une langue qui en réalité ne comporte pas grand charme. Par contre, à Ōsaka ou Kōbe, sévit le plus célèbre des dialectes régionaux qui sont extrêmement nombreux au Japon, le Kansaiben (cliquez donc, vous trouverez de nombreuses explications et expressions). C'est une langue qui chante autant que l'accent provençal chez nous, et qui comporte de nombreux mots qu'on ne retrouve pas à Tōkyō. Un seul exemple ici: dans la capitale, on dit arigatō pour dire merci, dans le Kansai, on préfère le mot ōkini... Et c'est d'autant plus charmant que c'est dit par une femme, celles de Kyōto sont réputées pour être parmi les plus belles du Japon...!
Coté gastronomie, le goût qui prédomine dans le Kansai est considéré par de nombreux Japonais comme plus
fin, plus élaboré et meilleur que celui que l'on trouve à Tōkyō. Et c'est principalement à Kyōto que l'on trouve les plus grandes écoles de celles qui accompagnent les repas dans les plus grands restaurants traditionnels ou Ryōtei, que l'on appelle Geiko ou Maiko mais qui sont plus connues sous le nom générique de Geisha (littéralement "personne des arts").
En fait, quand on écoute les Japonais parler, on s'aperçoit qu'ils entretiennent volontiers une certaine rivalité entre habitants du Kantō et ceux du Kansai. Les Tokyoïtes (un peu comme les Parisiens?) considérent parfois les autres Japonais et en particulier ceux du Kansai comme des "provinciaux" en appuyant sur la nuance péjorative de ce terme. En contre partie, il existe au Japon ce même snobisme provincial que l'on rencontre parfois chez nous et qui consiste à se moquer (gentiment) des habitants de la capitale: "ils sont tous fadas, ces parigots!" comme on entend souvent à Marseille...
Et si je cite ici la cité phocéenne, celle-ci peut nous aider je pense à mieux comprendre cette "rivalité" Kantō - Kansai à travers l'exemple suivant. Le premier sport français est le football. Et même si l'Olympique Lyonnais est le champion incontesté de ces dernières années et attire l'attention d'un grand public, ce sont toujours, et quelque soit le classement de ces deux équipes, les matchs PSG - OM qui déclenchent les plus grandes passions et ce sentiment de rivalité éternelle. Il en est exactement de même dans le sport national japonais qu'est le baseball. Quelle que soit l'équipe championne, les grandes "affiches" sont constituées par les rencontres qui opposent les "Tigers" d'Ōsaka et Kōbe et les "Giants" de Tōkyō!
Bien sûr, cette rivalité est plus symbolique et sympathique que vraiment concrète ou belliqueuse. Cependant, les Japonais reconnaissent eux-même qu'il existe une réelle différence de mentalité. Le résumé est un peu simpliste et caricatural, mais il est néanmoins intéressant de le prendre en compte car il n'est pas pour autant entièrement faux, loin de là. Parce qu'ils vivent dans la capitale dont la vocation depuis ses origines est d'être le centre politique et administratif du pays, les habitants de Tōkyō sont souvent considérés comme ayant développé une mentalité de légalistes, de besogneux des procédures administratives voire d'êtres un peu psychorigides, selon la définition que donne Wikipedia de ce mot: "le caractère manque de souplesse, l’autocritique est absente, en revanche l’autoritarisme et la méfiance sont très actifs". A l'inverse, les habitants du Kansai, essentiellement parce qu'ils sont des commerçants dans le sens noble du terme, ont un coté plus accueillant, plus chaleureux (même si cela peut n'être que de façade, comme savent si bien le faire les "commerciaux"...), plus facilement ouvert au visiteur, que celui-ci soit japonais ou étranger, et surtout plus pragmatique et plus pratique. On m'a encore récemment rappelé cette histoire qu'on raconte au Japon pour montrer la différence de mentalité: un habitant de Tōkyō, à qui on donne l'indication de traverser un carrefour deux fois pour se rendre sur le coté "diagonalement" opposé, suivra scrupuleusement les conseils de traverser d'abord une rue puis ensuite la seconde, dans l'ordre que son interlocuteur lui aura donné. Un habitant d'Ōsaka à qui on donne les mêmes indications, choisira... de regarder lequel des feux est vert pour choisir laquelle des rues il traverse d'abord et ainsi aller plus vite au but!
Et c'est sur cette dernière remarque que je terminerais cette (trop) courte présentation des principales différences entre Kansai et Kantō: je crois qu'il serait dans l'intérêt de beaucoup de Français qui souhaitent initier ou développer des relations commerciales avec les Japonais de se tourner, non pas systématiquement vers Tōkyō parce que c'est la capitale et que tout le monde en parle, mais de plus s'intéresser au Kansai et notamment à Ōsaka. Parce que les critères de succès y sont aussi bien réunis qu'à Tōkyō (dynamisme
économique, marché potentiel important - plus de 20 millions d'habitants, soit presque le tiers de la population française - ou encore moyens de transport locaux très importants et grande ouverture internationale - je rappelle, pour ce qui nous concerne directement, que plusieurs vols au départ de CDG-Roissy desservent quotidiennement l'Aéroport International du Kansai ou Kansai Kokusai Kūkō (deuxième aéroport d'Ōsaka) qui a pour particularité d'être construit sur une île entièrement artificielle).
Bien des Français pourront sans doute témoigner qu'au niveau privé, ils ont développé une bonne communication et de vraies relations d'amitiés avec des Japonais originaires du Kansai. Il peut tout à fait en être de même pour ce qui concerne les relations professionnelles. Peut-être mieux, plus facilement et surtout plus rapidement qu'avec des partenaires potentiels de Tōkyō.
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28 février 2008
Un jour à Tōkyō
Ceci est le début de la conférence que j'ai proposée à différentes reprises, Paris, Nice (Centre Universitaire Méditerranéen), Toulouse... Cette conférence est accompagnée d'un diaporama dont vous retrouvez ici la plupart des photos tout au long du texte.
Mesdames et Messieurs, en débutant cette présentation, il me semble percevoir d’emblée de votre part comme un certain désappointement, peut-être même une
légère critique : "Un jour à Tōkyō … c’est court!!".
Vous avez bien raison, et c’est vrai qu’un tel voyage mérite bien qu’on prévoie un séjour… un peu plus long. Car il est certain que vous aurez envie un jour ou l’autre, peut-être le deuxième, de découvrir les œuvres d’art et tous les trésors que proposent les musées, d’assister à un tournoi de sumo, d’emmener vos enfants dans des parcs d’attractions, d’assister à une représentation de kabuki ou de nō, voire même peut-être de tenter de comprendre quel plaisir certains Japonais peuvent éprouver en restant, parfois pendant des heures, devant ces espèces de flippers verticaux qu’on appelle pachinko, dans le seul but d’essayer de
gagner le plus possible de petites billes d’acier… Le troisième jour, vous serez peut-être tentés par une excursion en dehors de Tōkyō, une ascension du Fujisan ou Mont Fuji, la découverte du Grand Bouddha de Kamakura, du très remarquable temple de Nikkō ou plus proche, un petit saut à
Yokohama, pour visiter son port, son pont suspendu ou son quartier chinois… Et peut-être même déciderez-vous ensuite de quitter la capitale à bord du Shinkansen, le TGV japonais, et d’aller à la découverte des temples et des jardins de Kyôto ou Nara, des grands châteaux féodaux de Nagoya, Ōsaka ou Himeji, de la ville d’Hiroshima avec toujours présent, le douloureux souvenir d’un événement tragique que nul n’a oublié, ou plus loin encore, de l’île de Kyūshū, avec ses volcans et ses sources thermales… Quelle que soit la saison, le Japon représente une destination touristique extraordinairement variée et riche en plaisirs comme en enseignements.
Oui, mais le premier jour… avant de voir tel ou tel endroit précis, on peut avoir envie de se faire une première impression, de voir un peu globalement à quoi ressemble cette ville de Tōkyō. Et puis, après un vol d’environ 12 heures sans escale, on a surtout besoin de se dégourdir les jambes et de s’aérer le cerveau. C’est pourquoi, comme vous seriez sans doute amener à le faire, je vous propose de partir nous balader, de flâner à travers les rues, de contempler le spectacle qu’elles nous offrent et de voir ce qu’une telle promenade peut nous apprendre sur cette mégalopole et surtout sur ses habitants. Car il y a incontestablement une relation entre une ville et la mentalité de ceux qui la peuplent : sa situation géographique influence leur façon de vivre, et eux la façonnent suivant leur façon de penser.
Et pour se faire une première idée de ce à quoi peut bien ressembler Tōkyō, la toute première image que je vous propose est celle-ci : le plan des lignes de transport en commun… Pourquoi cette image ? Mais parce que quand on arrive dans une ville qu’on ne connaît pas, on commence en général par se munir d’un plan comme celui-ci, sans doute l’un des meilleurs moyens mis à la disposition du touriste pour l’aider à s’orienter, ou pour l’aider à retrouver son hôtel s’il s’est perdu…
A première vue, ce plan peut paraître un peu effrayant. Pourtant, on peut en tirer quelques indications utiles. Ce plan est celui que vous pourrez trouver sur place : or, vous voyez le titre, il est écrit en français : on peut donc en déduire que les Japonais accorde une certaine attention au tourisme français, ce qui est sans doute assez rassurant pour un compatriote qui débarque pour la première fois au Japon.
D’autre part, l’examen un peu attentif de ce plan indique qu’à Tōkyō, le transport ferroviaire est double : il y a un métro sous- terrain comme dans la majorité des grandes villes du monde, dont les lignes sont représentées ici par des traits de différentes couleurs, mais il existe également une sorte de métro aérien, qui est représenté par des lignes hachurées en noir et blanc, un métro qui est géré par la JR, en quelque sorte l’équivalent japonais de la SNCF, et dont une ligne nous intéresse en particulier : c’est la ligne Yamanote, qui forme une boucle au centre de Tōkyō. Retrouvons-la sur le plan général…
Il faut savoir que cette ligne est plus qu’une simple ligne de chemin de fer, c’est pour les habitants de Tōkyō une sorte de repère géographique un peu symbolique : elle définit le centre, non pas
forcément historique, mais un centre, je dirais de vie, de travail ou de loisirs, duquel le logement est de plus en plus écarté à cause du développement économique du pays qui fait que le foncier des centre-villes coûte de plus en plus cher. Et de la même façon qu’il est de plus en plus difficile, en terme financier, de se loger dans le centre de Paris, voire même dans Paris intra muros, habiter à l’intérieur de la ligne Yamanote est en général signe de richesse et de luxe. Et ce qui est vrai pour l’immobilier, qui concerne les Tokyoïtes, est également valable pour le touriste de passage, à savoir notamment les restaurants et surtout les hôtels : ceux du centre ville seront dans leur grande majorité plus chers que si l’on consent à s’éloigner quelque peu et à trouver un hébergement à l’extérieur de cette ligne Yamanote.
A propos, sachez que cette boucle fait environ 35km de tour. Précision claire pour certains d’entre vous, peut-être moins évocatrice pour d’autres. A l’intention de ceux-
ci, je me suis un peu amusé…Imaginez que l’on tourne cette photo d’un quart de tour…comme ceci…et que de surcroît on y ajoute ces traits bleus, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?... Mais oui, notre capitale, Paris, entouré d’un boulevard périphérique dont le tracé est quasiment celui-ci et, deuxième coïncidence, dont la longueur, à quelques centaines de mètres près, est de… 35km ! …Eh oui, le centre de Tōkyō correspond donc exactement à l’intégralité de Paris !
Et pour pousser la comparaison encore plus loin, il est vrai un peu au delà du
raisonnable… vous serez d’accord pour placer le monument le plus connu de la capitale à cet endroit, n'est-ce pas?
Eh bien, je serais très étonné d’apprendre qu’il ne s’agit pas là que d’une coïncidence, exactement à cet endroit mais sur le plan de Tōkyō cette fois, se trouve le quartier de Shiba, où a été construite, pour rivaliser avec notre Tour Eiffel, la Tōkyō Tower ou "Tour de Tōkyō" qui, avec ses 333m, dépassait lors de sa construction de quelques mètres son modèle français et a fait pour cela la fierté des Tokyoïtes, à l’époque du fort développement économique du pays et de son besoin de reconnaissance mondiale…

Voici, du sommet, le spectacle assez grandiose qui s’offre aux yeux du visiteur : Tōkyō s’étant à perte de vue…
Voilà, si le début vous a intéressé, n'hésitez pas à me contacter et je vous présenterai cette conférence en entier!...
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Vive la France! (2)
Nous l'avons vu dans un autre article ("Vive la France!"), notre pays jouit au Japon d'une très grande popularité et d'une excellente image. Mais savez-vous qu'est-ce qui, ou qui en est à l'origine? Bien sûr, les figures historiques comme Napoléon ou De Gaulle n'y sont pas étrangères. Bien sûr, la Révolution française est connue au Japon. Mais ce qui a conduit les Japonais à vraiment s'intéresser et apprécier notre pays, nous le devons à des hommes et des femmes dont certains vous étonneront sans doute.
Ainsi, vous serez surpris d'apprendre que, dans le "Best 10" de ceux qui ont contribué à la renommée de la France au Japon, on trouve deux de nos compatriotes dont la quasi majorité des Français n'a jamais entendu parler! C'est pourquoi je tiens à commencer par eux. Un petit hommage, modeste mais nécessaire et surtout plus que mérité. Parce qu'à défaut d'être vraiment reconnus dans leur propre pays, leur nom est parmi les plus connus pour les Japonais de plus de quarante ans. Il s'agit des artistes Claude Ciari et Paul Mauriat.
Claude Ciari est un guitariste né à Nice en 1944. Membre fondateur d'un groupe de rock français appelé "Les Champions" et qui a été populaire dans les années '60, il commence une carrière de solo en 1964. Son principal titre de gloire est d'avoir accompagné Gene Vincent ("Be-Bop-A-Lula"). Mais c'est au Japon qu'il accomplira l'essentiel de sa carrière, puisque, arrivé en 1967, il y épousera une Japonaise en 1975 et prendra même la nationalité japonaise! En 2005, il est honoré par la ville de Nishinomiya, près de Kōbe, où il réside, et reçoit le Prix du Citoyen Culturel de la Ville. C'est incontestablement l'un des "Français" qui a le plus fait pour notre pays sans que celui-ci n'en sache (pratiquement) rien. Et si vous voulez bien me pardonner cette anecdote tout à fait personnelle, il ne m'est pratiquement jamais arrivé, en plus de 15 ans de vie au Japon et 40 (et quelques!) années de rencontres avec des Japonais, de dire que je me prénommais Claude sans que mon interlocuteur nippon ne me réponde: "Comme Claude Ciari?".
Voici comment, entre autres, il a contribué au renom de la France au Japon: un petit extrait retrouvé sur You Tube où il interprète "La Foule" d'Edith Piaf.
Paul Mauriat, autre nom que bien peu de Japonais ignore...et qu'encore moins de Français connaissent sans doute! Sauf bien sûr les professionnels, puisqu'il a notamment orchestré des chansons de Maurice Chevalier ou de Charles Aznavour comme La mamma ou La Bohême...
Né en 1925 et décédé en 2006, c'est un compositeur-arrangeur-chef d'orchestre, et considéré comme la N°1 du style musical appelé Easy Listenning. Une musique d'orchestre douce, qu'on appelle souvent chez nous, avec beaucoup de dédain, "musique d'ascenseur", mais qui a été très appréciée, au Japon notamment dans les années '70 et '80, mais aussi dans le monde entier, puisque l'une de ses compositions les plus célébres "L'amour est bleu" (1968) a été vendue à plus de 5 millions d'exemplaires, récompensée par un Grammy Award et N°1 au Hit Parade américain pendant 5 semaines d'affilée... Au Japon, où il se rend pour la première fois en 1969, il réussira une carrière époustoufflante avec près de 1200 représentations! Et c'est aussi au Japon, à Ôsaka qu'il effectuera sa dernière apparition en 1998, mais son Grand Orchestre continue encore actuellement ses tournées. Plus connu encore que ses homologues, Raymond Lefèvre ou Franck Pourcel, il est l'un des artistes français qui, avec notamment plus de 40 millions d'albums, a vendu le plus de disques dans le monde... On le retouve ici dirigeant son orchestre dans "L'Amour est bleu".
Bien sûr, d'autres artistes français sont célébrissimes au Japon. Je ne ferai que les citer ici tant, cette fois, ils sont connus en France: Maurice Chevalier, Edith Piaf, Charles Aznavour, Yves Montand, Barbara, Georges Brassens, Jacques Brel (qui est français pour le monde entier sauf pour les Belges!)... Avec, tant elle est décriée en France, une mention spéciale pour... Mireille Mathieu! C''est sans doute l'une des plus connues de nos chanteuses au Japon, et qui ainsi a contribué, bien plus qu'on ne veut en général le reconnaître, à y développer l'image de la France. Image dont les premiers bénéficiaires sont toutes les entreprises françaises qui, hier ou aujourd'hui, ont des relations d'affaires avec ce pays... Je crois qu'on n'en tient souvent pas assez compte.
Le cinéma français a lui aussi énormément contribué à faire aimer notre pays au Japon. A commencer par les 
grands classiques comme "La Grande Illusion" et autres "Hotel du Nord". Et si la liste des acteurs et actrices plus que célèbres au Pays du Soleil Levant est très longue (de J.Gabin à J.Reno, de B.Bardot à S.Marceau...) je voudrais ici rendre un hommage à celui qui est incontestablement le plus connu d'entre eux et à qui la France doit plus qu'elle ne le fera probablement jamais, je veux parler d'Alain Delon. Pas un Japonais ne doit ignorer son nom, des millions d'entre eux l'ont adoré dans "Plein Soleil". Bien des Français lui reprochent, me semble-t-il, une prétention démesurée. Mais en ce qui concerne le Japon, il est incontestablement "le Français le plus connu" et l'un de ceux qui a fait là-bas le plus pour l'image de notre pays.
La gastronomie française est bien entendu aussi grandement "responsable" du renom de la France au Japon. 
Avec à sa tête deux de nos plus grands chefs, Bocuse et Troisgros (à droite). Et s'ils ont magnifiquement suivi et perpétré cette image de l'excellence française, dans un pays qui détient lui-même une des cuisines les plus raffinées du monde, Robuchon et autres Ducasse peuvent avant tout les en remercier... Et avec eux bien des chefs français, plus dans l'ombre, partis faire fortune à Tōkyō ou d'autres villes japonaises, ainsi que des artisans, dont nos meilleurs représentants connus ou non, de tous les autres métiers liés à la gastronomie: la patisserie, la boulangerie, les métiers du vin...
Il y a bien sûr beaucoup de personnes qui pourraient ou mériteraient d'être citées dans un tel article, je ne peux hélas le faire tant elles sont nombreuses. Alors pour terminer cette évocation des principaux Français contemporains qui ont en quelques sortes "initier" le développement de la France au Japon et contribué à lui donner l'image qu'elle y a, je voudrais citer deux personnes qui elles, ont largement permis de faire évoluer cette image. En effet, si celle-ci a presque toujours été excellente, elle a essentiellement été cantonnée à des domaines plus ou moins culturels ou artistiques. Et le grand public japonais n'a véritablement découvert qu'assez récemment que la France savait aussi être performante dans les domaines industriels, financiers ou commerciaux, et produire de grands managers ou capitaines d'industrie. Jusque-là, clichés aidants, la France était surtout réputée (entre autres défauts..!) pour ses grèves à répétition ou encore son protectionnisme (produits manufacturés japonais limités à l'importation ou sous quotas, comme les automobiles ou les magnétoscopes...). Deux personnes ont modifié de façon importante cette image auprès du Japonais "moyen".
Carlos Ghosn, actuel PDG de Renault, qui a réussi un redressement spectaculaire et unanimement salué au Japon de Nissan, dont il fut nommé Directeur Général en 1999, Président l'année suivante et PDG en 2001, alors même que les constructeurs de l'historique allié américain Ford et Daimler-Chrysler avaient estimé impossible un tel redressement en raison de l'importance des dettes de l'entreprise au bord de la faillite...
Le deuxième Français que je voudrais citer ici pour avoir grandement contribué à modifier
l'image de la France au Japon est Philippe Troussier. Nommé sélectionneur de l'équipe nationale de football à l'issue d'un Mondial un peu raté en France en 1998, il mènera cette équipe à la victoire dans la Coupe d'Asie des Nations en 2000 et dans la Coupe Kirin (2000 et 2001) et surtout réussira le meilleur résultat jusqu'à ce jour de l'équipe nationale en Coupe du Monde en accédant aux huitièmes de finale.
Alors oui, sans doute, ni Claude Ciari ni Paul Mauriat ne peuvent être considérés comme des héros, ils n'ont fait que leur métier de musiciens, et ne sont même pas à ce titre ce qu'on pourrait appeler des "légendes". Mais parce qu'ils étaient français, ils ont conduit les Japonais de leur époque à s'intéresser à notre pays. Et c'est parce qu'ils ont donné une bonne image d'eux-même et de la France, que celle-ci en a lentement tiré profit et a été de plus en plus appréciée.
Et bien qu'ils ne soient pas forcément les premiers à qui l'on penserait, et même si bien entendu de nombreuses personnes ont oeuvré dans le même sens, dans l'ombre et sans rayonnement médiatique, c'est bien grâce à la consécration personnelle d'hommes et de femmes tels que ceux que je viens d'évoquer que la France tout entière s'en sort gagnante et qu'elle est si appréciée au Japon....
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29 février 2008
Nomi ni ikimashō!
La langue japonaise, à l'instar de toutes les autres, comporte un certain nombre de particularités. L'une d'entre elles me paraît tout à fait intéressante: c'est celle d'avoir des mots qui n'ont pas toujours, dans la conversation de tous les jours, la signification qu'on leur attribue à l'origine - ou dans les dictionnaires.
Par exemple, le mot o-cha. A le base, il signifie "le thé". Mais dans la bouche des Japonais, il signifie souvent "une boisson" de façon beaucoup plus générale. Ainsi, si quelqu'un vous dit o-cha wo nomi ni ikimashō, cela ne signifie pas "allons boire un thé" mais "allons boire quelque chose". Quoi? Sans doute une boisson chaude, comme l'est le thé en général. Cela peut-être un café, un chocolat... mais pas forcément et cela peut être finalement n'importe quoi d'autre! Ainsi la mot o-cha est-il en japonais un terme assez générique qui désigne "une boisson"; plutôt chaude, et non alcoolisée. Mais à la réflexion, c'est un peu comme en français; quand on dit "on va boire un café?" cela n'implique pas forcément que la boisson que vous choisirez sera impérativement celle-là. Conclusion: si un Japonais vous propose d'aller boire un o-cha, comprenez on va boire...ce que vous voulez, mais on va boire quelque chose!
De la même manière, le mot jūsu (de l'anglais "juice") ne signifie pas obligatoirement un jus de fruit, et désigne le plus couramment une boisson fraîche non alcoolisée. Cela englobe donc tous les sodas. Ainsi, dans un restaurant, il n'est pas rare d'entendre l'échange de phrases suivant entre un client et la serveuse: "Sumimasen, jūsu kudasai! - Hai, nani ni shimasuka? - Cōla kudasai!" soit: "S'il vous plait, donnez-moi un jus! - Oui, que désirez-vous? - Un Coca s'il vous plait!" Vous l'aurez compris, la traduction telle que je l'ai écrite est fausse: le véritable sens littéral de la première phrase est "s'il vous plait, donnez-moi une boisson fraîche non alcoolisée".
Et exactement de la même manière, le mot sake ne désigne pas exclusivement ce que nous, en France, appelons "saké", c'est-à-dire cette boisson alcoolisée faite à base de riz. Mais de façon plus générique, il signifie "une boisson alcoolisée". Seul le contexte permet de comprendre exactement laquelle des significations il faut retenir. Si par exemple, vous entendez la phrase o-sake wa ikagadesuka?, cela voudra dire le plus souvent
"voulez-vous prendre une boisson alcoolisée?". Vous pourrez répondre Hai, nihonshu kudasai! soit "oui, je prendrais...du saké!". Vous me suivez? L'explication est simple: pour désigner ce que nous appelons "saké", les Japonais emploient souvent le mot nihonshu, soit littéralement "la boisson alcoolisée japonaise". En résumé, en japonais, le mot sake désigne aussi bien le saké qu'une boisson alcoolisée en générale, bière comprise, tandis que le mot nihonshu désigne spécifiquement le saké!
Une petite précision à ce propos. On a pris l'habitude en France d'expliquer ce qu'est le sake par l'expression "alcool de riz". Ceci est une erreur, car en français, le mot alcool ainsi utilisé désigne le produit de la distillation. Or le sake n'est pas distillé, c'est le produit d'une fermentation. Il convient donc de dire "vin de riz". Ceci peut paraître anodin; ça ne l'est sûrement pas, par exemple pour ce qui concerne le négoce ou le débit, la classification, les licences ou les taxes n'étant pas les mêmes suivant qu'elles concernent un "vin" ou un "alcool"...
Le japonais est donc une langue pleine de nuances. Certains diront floue et peu précise. Je crois qu'il s'agit plutôt d'une façon de s'exprimer qui correspond bien à la mentalité des Japonais. Cette façon qui leur est si typique d'éviter tant que faire se peut de dire quoi que ce soit de polémique, de trop direct, de trop précis, ou qui puisse être considéré comme tel. Je ne crois pas qu'il faille y voir de l'hypocrisie ou une forme de lâcheté. Mais plutôt la volonté de ne pas faire de vagues inutiles, la volonté de rester "lisse". La controverse, la polémique ou le débat contradictoire sans fin, qui n'a pour principale raison d'être que le seul plaisir de débattre, ne sont pas leur tasse de thé. C'est ce trait de leur mentalité et de leur culture qui les conduit, je crois, à souvent s'exprimer avec des phrases qui peuvent paraître un peu vagues. En réalité elles ne le sont pas tant que cela, elles expriment des idées souvent bien précises. Pour bien les comprendre et en saisir la véritable signification, il suffit juste, d'abord d'avoir conscience que ce qu'on entend peut vouloir dire autre chose, et ensuite d'apprendre à les décoder. C'est simple, ça ne demande que... des années d'apprentissage!
Ainsi, lorsqu'en fin de journée ou en début de soirée, un Japonais vous dit "nomi ni ikimashō", que l'on pourrait traduire par "allons boire" ou "allons boire un verre", la plupart du temps, l'invitation n'est pas celle d'aller se rafraîchir ou même d'aller boire un petit apéritif. Mais bien celle, comme on dirait familèrement, d'aller "se bourrer la g..."! En réalité, cette simple phrase nous en apprend énormément sur la mentalité japonaise.
Et avant même que de parler de mentalité, j'évoquerais tout d'abord un aspect physiologique des Japonais. Je ne me lancerai pas ici dans de grandes explications (que je ne possède d'ailleurs pas de façon suffisamment précise et sûre) mais j'en resterai plutot à un constat objectif et que beaucoup ont dû faire: bien des Japonais ne "supportent" pas l'alcool, dans le sens où ils en subissent les effets ennivrants beaucoup plus vite que d'autres populations. Et quand je dis vite, c'est même très vite! Un demi verre de
bière, et vous avez souvent face à vous quelqu'un qui n'est plus celui que vous aviez devant vos yeux quelques secondes auparavant! Beaucoup de Japonais ont une fâcheuse tendance à devenir tout rouge à la moindre absorption d'alcool. J'ai entendu dire qu'il s'agirait d'une particularité physiologique des asiatiques. Seuls une partie d'entre eux possèderaient la faculté, liée à la digestion, de "résister" et de retarder l'ivresse dûe à l'absorption d'alcool, alors que par comparaison, il paraîtrait que la quasi-totalité des européens en seraient capables. N'en ayant ni la confirmation ni l'argumentation scientifique, je ne m'attarderai pas sur ce sujet, mais la réalité est bien visible: les Japonais sont en général ivres très vite et... de façon impressionnante! Qui a été à Tōkyō aura sûrement aperçu, dans les rues des quartiers animés la nuit ou dans les trains, ces silhouettes titubantes d'êtres complètement saoûls que leurs amis ont toutes les peines du monde à soutenir et à aider à marcher droit!...
Les Japonais ont un rapport tout à fait particulier à l'alcool. Sans doute en partie à cause de cette
particularité physiologique. Très apprécié en tant que boisson, dont les principales déclinaisons au Japon sont la bière, le sake ou nihonshu, le shōchū (qui est lui le produit d'une distillation, fabriqué à partir de blé, de patates ou encore de chataignes), le whisky et enfin les brandy comme le cognac, je dirais que dans la société japonaise, pour n'en rester qu'à deux considérations que j'estime essentielles, l'alcool est en même temps condamné et très subtilement utilisé.
Condamné, il l'est très souvent dans la journée. A part de rares occasions où l'on se doit "d'arroser" un événement tel que la signature d'un contrat par exemple, on ne verra pratiquement jamais de salaryman (employé d'entreprise) s'autoriser le moindre verre, même de bière, à l'heure du déjeuner ou pendant ses heures de travail. Parce qu'ils sont particulièrement sensibles aux effets négatifs de l'alcool, les Japonais voient d'un très mauvais oeil un collègue de bureau qui, parce qu'il aurait un peu bu, n'aurait plus le rendement optimal qu'il se doit d'avoir au bureau. Et le problème pour celui qui se laisserait aller est qu'il sera immédiatement identifié et trahi par un visage qui semblera avoir passé deux heures sous une lampe à UV!
Il est d'autre part totalement condamné pour ce qui concerne la conduite automobile. La tolérance zéro (la vraie!) est la règle depuis déjà fort longtemps, et si bien sûr il y a au Japon comme partout (mais moins que partout...) des contrevenants et des accidents dus à l'alcool, les Japonais ont très majoritairement admis qu'on ne buvait pas (du tout) quand on conduisait. L'acceptation de cette règle par le plus grand nombre étant d'autant simplifiée que la voiture est loin d'être le moyen de locomotion le plus utilisé pour se rendre au travail, c'est pour beaucoup de Japonais un loisir.
L'alcool reste néanmoins un produit de consommation très prisé des Japonais. Et si beaucoup en boivent pour les mêmes raisons que dans notre pays, par goût bien sûr, mais aussi pour la convivialité ou le coté festif que procurent les boissons qui en contiennent, les Japonais "utilisent", pourrait-on dire, l'ivresse due à l'alcool dans deux buts bien précis.
Le premier est bien connu et largement médiatisé: ce serait, pour l'employé japonais hyper stressé, la possibilité de se désinhiber et d'exprimer tout ce qu'il a a sur le coeur, chose que la société japonaise ne tolèrerait pas dans la sobriété mais pardonnerait dans l'ébriété. L'alcool et l'ivresse à laquelle il conduit seraient en même temps le moyen qui permet le grand déballage et qui de plus lui en fournit l'alibi et l'excuse. Je ne voudrais pas nier que ce phénomène existe bel et bien, je tiens cependant à le relativiser. Il n'y a pas qu'au Japon que l'on boit pour se donner le courage d'exprimer ce qui nous pèse ou nous stresse. Bien des Français se "lachent" et disent, avec l'aide de l'alcool, ses quatre vérités à leur interlocuteur ou parlent d'un tiers avec une franchise inhabituelle et sans prendre les pincettes d'usage, alors qu'ils ne le feraient probablement pas en état de sobriété. Que la vie professionnelle soit plus stressante au Japon qu'en France, c'est possible. Et qu'il y ait plus de gens qui utilisent l'alcool pour se détresser au Japon qu'en France, c'est également probable. Mais prétendre que l'alcool ne servirait qu'à cela au Japon, ou même affirmer que quand les Japonais vont boire le soir, c'est avant tout dans cet objectif, celui d'injurier son patron ou ses supérieurs, il y a là à mon avis une caricature et un excès qu'il convient de dénoncer comme tels.
Car s'il est vrai que dans les grandes villes comme Tōkyō, en fin de journée, dès 17 ou 18 heures, les restaurants et les nomiya, qui comme leur nom l'indique, sont des établissements où l'on va essentiellement pour boire (en japonais nomu), sont pris d'assaut par les salaryman, la très grande majorité d'entre eux y vont dans un autre but, qui est donc le deuxième dont je voudrais parler ici: inviter ou répondre à une invitation que l'on
nomme settai. Ce mot qui, de façon générique est l'équivalent japonais du mot "invitation", prend dans ce cas une nuance tout à fait particulière. Il désigne l'invitation professionnelle. Ce qu'on appelle en France le diner d'affaires. Or si chez nous, celui-ci ne concerne bien souvent qu'une petite partie des employés d'une société et en particulier ses cadres ou ses dirigeants, au Japon, le settai touche toute la hiérarchie d'une entreprise. Chacun, quelque soit son niveau, son poste ou son ancienneté, peut être amené à "aller boire" le soir après le travail, parfois plusieurs fois par semaine. Et pas du tout pour aller déverser ses rancoeurs et critiquer ses supérieurs. La meilleure preuve en est que l'un des cas de figure les plus courants de ces settai est l'invitation que fait un supérieur
à ses collègues de niveaux inférieurs. Et s'il les invite, ce n'est pas du tout pour se faire injurier toute la soirée! Non, dans ce cas, l'invitation répond à un objectif qui répond à quatre préoccupations. Tout d'abord, favoriser la cohésion des personnels, non seulement entre supérieurs et subalternes, mais aussi entre gens de même niveau hiérarchique puisqu'ils trinqueront ensemble en bonne camaraderie. Deuxièmement, s'entretenir entre collègues de travail, dans un cadre convivial et détendu, de sujets divers et variés que le cadre strict d'un bureau n'autorise normalement pas. Vous savez bien, ce genre de conversations qui occupent parfois des collègues de bureau qui discutent de leurs dernières vacances à la neige ou de la grippe de leur progéniture...! Troisièmement, apprendre à mieux connaitre ses adjoints, ses employés ou ses collègues. Parce que là encore, c'est l'occasion de poser des questions personnelles et d'ordre privé. Et enfin quatrième but, éventuellement, écouter les doléances d'un collègue ou parler de problèmes divers. Mais je peux vous assurer que ce dernier aspect n'est que marginal, ce serait une hérésie de penser que tous les Japonais qui vont boire le soir, et ils sont tous les jours des millions, ne le font que pour exhorciser leur stress.
Les settai sont aussi très courants entre partenaires professionnels de sociétés différentes. Ce sont les occasions privilégiées de fêter un événement, un contrat, un partenariat commercial, etc... C'est le moyen de remercier un fournisseur de sa fidélité. Mais c'est aussi l'occasion favorite des dirigeants japonais de se concerter et de s'entretenir sur les différents aspects d'une affaire. En effet, bon nombre de négociations ou de mises au point des grandes lignes d'une opération se font dans ces endroits. Pourquoi là et non pas dans
un bureau? Tout d'abord parce que, stratégiquement, c'est un endroit neutre, il ne s'agit pas de la société de l'un chez qui l'autre se rend. On peut donc aborder une discussion de façon beaucoup plus "égale" ou "équitable". D'autre part, c'est un endroit convivial, il prédispose à l'entente cordiale. Et l'alcool est là, pour arrondir les angles, pour assouplir les convenances. On peut tomber la veste et relacher le noeud de sa cravatte. Et surtout, on peut discuter, de façon beaucoup moins rigide que dans un bureau, des points délicats ou qui risquent de poser problème. Quand il est dans un bureau, un Japonais se sent souvent comme prisonnier de sa société. Il ne pourra dire que ce que ses supérieurs l'ont autorisé à dire. Il n'est pas vraiment libre de dire ce qu'il pense. Alors non pas qu'il le soit tout à fait dans les nomiya ou qu'il trahisse des secrets d'entreprise, mais il a un peu plus de lattitude pour s'expliquer. C'est pourquoi beaucoup d'entretiens commencés dans les bureaux se
poursuivent devant un verre de sake ou de shōchū. Ce sera l'occasion d'expliquer par exemple que, si telle ou telle chose se déroule d'une façon peu usuelle, c'est en fait parce tel directeur en interne à souhaité qu'il en soit ainsi. Ou si une opération prend du retard, au bureau, on demandera au partenaire les raisons qui l'expliquent et les nouveaux délais envisagés mais de façon assez conventionnelle. Par contre le soir, on pourra "briser la glace" grace à l'alcool, et discuter de façon plus détendue mais souvent plus approfondie du problème: "Vous avez des difficultés ces temps-ci? Quelque chose ne vous convient pas dans les modalités fixées au départ?". En résumé, toute la partie officielle du travail se fait en entreprise, et l'essentiel de la partie officieuse, autour d'un verre. Ou plutôt d'une